Yan-Helino&t, JfMQQ Dei
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privé de la liberté de ses pensées lorsque le corps répare ses forces dans le sommeil. L'homme juste pensait donc en ce temps, et en tout autre, à ce qu'il voulait. Mais Thomme devenu pécheur n'est plus digne qu'il y ait à cause de lui des exceptions dans les lois de la nature. Il mérite d'être dépouillé de sa puissance sur une nature inférieure, s'étant rendu par sa rébellion la plus méprisable des créatures, non-seulement digne d'être égalé au néant, mais d'être réduit dans un état qui soit pour lui pire que le néant.
XIX. Ne cessez donc point d'admirer la sagesse, et l'ordre merveilleux des lois de l'union de l'âme et du corps, par lesquelles nous avons tant de divers sentiments des objets qui nous environnent. Elles sont très-sages. Elles nous étaient même avantageuses en tous sens en les considérant dans leur institution ; et il est trèsjuste qu'elles subsistent après le péché, quoiqu'elles aient des suites fâcheuses; car l'uniformité de la conduite de Dieu ne doit pas dépendre de l'irrégularité de la nôtre. Mais il n'est pas juste , après la rébellion de l'homme , que son corps lui soit parfaitement soumis. Il ne le doit être qu'autant que cela est nécessaire au pécheur pour conserver quelque temps sa misérable vie , et pour perpétuer le genre humain jusqu'à la consommation de l'ouvrage, dans lequel sa postérité doit entrer par les mérites et la puissance du réparateur à venir ; car toutes ces générations qui s'entre-suivent, toutes ces terres qui se peuplent d'idolâtres, tout l'ordre naturel de l'univers qui se conserve , n'est que pour fournir abondamment à Jésus-Christ les matériaux nécessaires à la conslruction du temple éternel. Un jour viendra que les descendants des peuples les plus barbares seront éclairés de la lumière de l'Évangile , et qu'ils entreront en foule dans l'Église des prédestinés. Nos pères sont morts dans l'idolâtrie, et nous connaissons le vrai Dieu et notre adorable Sauveur. Le bras du Seigneur n'est point raccourci. Sa puissance s'étendra sur les nations les plus éloignées; et peut-être que nos neveux retomberont dans les ténèbres lorsque la lumière éclairera le nouveau monde. Mais recueillons, Ariste, en peu de mots les principales choses que je viens devons dire, a£n que vous les reteniez sans peine , et que vous en fassiez le sujet de vos méditations.
XX. L'homme est composé de deux substances, esprit et corps. Ainsi, il a deux sortes de biens tout différents à distinguer et à rechercher, ceux de l'esprit et ceux du corps. Dieu lui a aussi donné deux moyens très-sûrs pour discerner ces différents biens , la raison pour le bien de l'esprit, les sens pour le bien du corps , l'évidence et la lumière pour les vrais biens, l'instinct confus pour les faux biens. J'appelle les biens du corps de faux biens, ou des
biens trompeurs, parce qu'ils ne sont point teis qu'ils paraissent à nos sens; et que, quoiqu'ils soient bons par rapport à la conservation de la vie, ils n'ont point en propre l'efficace de leur bonté : ils ne l'ont qu'en conséquence des volontés divines ou des lois naturelles, dont ils sont les causes occasionnelles. Je ne puis main-* tenant m'expliquer plus clairement. Or, il était à propos que l'esprit sentit comme dans les corps les qualités qu'ils n'ont pas, afin qu'il voulût bien , non les aimer ou les craindre , mais s'y unir ou s'en séparer selon les besoins pressants de la machine , dont les ressorts délicats demandent un gardien vigilant et prompt. Il fallait que l'esprit reçût une espèce de récompense du service qu'il rend à un corps que Dieu lui ordonne de conserver, afin de l'intéresser dans sa conservation. Gela est cause maintenant de nos erreurs et de nos préjugés. Cela est cause que, non contents de nous unir à certains corps et de nous séparer des autres, nous sommes assez stupides pour les aimer ou les craindre. En un mot , cela est cause de la corruption de notre cœur, dont tous les mouvements doivent tendre vers Dieu, et de l'aveuglement de notre esprit, dont tous les jugements ne se doivent arrêter qu'à la lumière. Mais prenons^ garde , et nous verrons que c'est parce que nous ne faisons pas de ces deux moyens dont je viens de parler, l'usage pour lequel Dieu nous les a donnés ; et qu'au lieu de consulter la raison pour découvrir la vérité, au Heu de ne nous rendre qu'à l'évidence qui accompagne les idées claires , nous nous rendons à un instinct confus et trompeur, qui ne parle juste que pour le bien du corps. Or, c'est ce que le premier homme ne faisait pas avant son péché ; car ^ns doute il ne confondait pas les modalités dont l'esprit est capable avec celles de l'étendue. Ses idées alors n'étaient point confuses , et ses sens parfaitement soumis ne l'empêchaient point de consulter la raison.
XXI. L'esprit maintenant est aussi bien puni que récompensé par rapport au corps. Si on nous pique, nous en soufl'rons , quelque effort que nous fassions pour n'y point penser. Cela est vrai. Mais, comme je vous ai dit, c'est qu'il n'est pas juste qu'il y ait en faveur d'un rebelle des exceptions dans les lois de la nature , ou plutôt que nous ayons sur notre corps un pouvoir que nous ne méritons pas. Qu'il nous suffise que, par la grâce de Jésus-Christ, les misères auxquelles nous sommes assujettis aujourd'hui seront demain le sujet de notre triomphe et de notre gloire. Nous ne sentons point les vrais biens. La méditation nous rebute. Nous ne sommes point naturellement touchés de quelque plaisir prévenant dans ce qui perfectionne notre esprit. C'est que le vrai bien mérite d'être
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aimé uniquement par raison. Il doit êtr& aimé d'un amour de choix, d'un amour éclairé, et non de cet amour aveugle qu'inspire Tins-* tinct. Il mérite bien notre application et nos soins. Il n'a pas besoin, comme les corps , de qualités empruntées pour se rendre aimable a ceux qui le connaissent parfaitement; et s'il faut maintenant, pour l'aimer, que nous soyons prévenus de la délectation spirituelle, c'est que nous sommes faibles et corrompus ; c'est que la concupis-cence nous dérègle, et que pour la vaincre il. faut que Dieu nous inspire une autre concupiscence toute sainte ; c'est que pour ac~ quérir l'équilibre d'une liberté parfaite, puisque nous avons un poids qui nous pqrte vers la terre, il nous faut un poids contraire qui nous relève vers le ciel.
XXII. Rentrons donc incessamment en nous*mémes, mon cher Ariste, et tâchons de faire taire non-seulement nos sens, mais encore notre imagination et nos passions. Je ne vous ai parlé que des sens, parce que c'est d'eux que l'imagination et les passions tirent tout ce qu'elles ont de malignité et de force. Généralement tout ce qui vient à l'esprit par le corps uniquement en conséquence des lois naturelles n'est que pour le corps. N'y ayons donc point d'égard. Mais suivons la lumière de la raison, qui doit conduire les jugements de notre esprit et régler les mouvements de notre cœur. Distinguons l'âme et le corps, et les modalités toutes différentes dont ces deux substances sont capables, et faisons souvent quelque réflexion sur l'ordre et la sagesse admirables des lois générales' de leur union. C'est par de telles réflexions qu'on acquiert la connais* sance de soi-même, et qu'on se délivre d'une infinité de préjugés. C'est par là qu'on apprend à connaître l'homme ; et nous avons à vivre parmi les hommes et avec nous-mêmes. C'est par là que tout l'univers paraît à notre esprit tel qu'il est, qu'il paraît, dis-je, dépouillé de mille beautés qui nous appartiennent uniquement, mais avec des ressorts et des mouvements qui nous font admirer là sagesse de son auteur. Enfin c'est par là, ainsi que vous venez de voir, qu'on reconnaît sensiblement, non-seulement la corruption de la nature et la nécessité d'un médiateur, deux grands principes do notre foi, mais encore une infinité d'autres vérités essentielles à la religion et à la morale. Continuez donc, Ariste, de méditer comme vous avez déjà commencé, et vous verrez la vérité de ce que je vous dis. Vous verrez que le métier des méditatifs devrait être celui de toutes les personnes raisonnables.
Ariste. — Que ce mot de méditatifs me donne maintenant de confusion, maintenant que je comprends en partie ce que vous venez de me dire, et que j'en suis tout pénétré! Je vous ai cru,
Théodore, dans une espèce d'illusion, par le mépris aveugle que j'avais pour la raison. Il faut que je vous aie traité de méditatif , et quelques-uns de vos amis. Je trouvais de l'esprit et de la finesse dans cette sotte raillerie; et je pense que vous sentez bien ce qu'on prétend dire par là. Je vous proteste néanmoins que je ne voulais pas qu'on le crût de vous, et que j'ai bien empêché le mauvais effet de ce terme de raillerie par des éloges sérieux, et que j'ai toujours crus très-véritables.
Théodore. — J'en suis persuadé, Ariste. Vous vous êtes un peu diverti à mes dépens. Je m'en réjouis. Mais je pense qu'aujourd'hui vous ne serez pas fort fâché d'apprendre qu'il vous en a plus coûté qu'à moi. Savez-vous bien qu'il y avait dans la compagnie un de ces méditatifs, qui dès que vous fûtes sorti se crut obligé, non de me défendre moi, mais l'honneur de la raison universelle que vous aviez offensée en détournant les esprits de la consulter? D'abord que parla le méditatif, tout le monde se souleva en votre faveur. Mais après qu'il eut essuyé quelques railleries et les airs méprisants qu'inspire l'imagination révoltée contre la raison, il plaida si bien sa cause, que l'imagination succomba. On ne vous railla point, Ariste. Le méditatif parut affligé de votre aveuglement. Pour les autres, ils furent émus de quelque indignation. De sorte que si vous étiez encore dans le même esprit, vous en êtes fort éloigné, je ne vous conseillerais pas d'aller chez Philandre débiter des plaisanteries et des lieux communs contre la raison, pour rendre mé~ prisables les taciturnes méditatifs.
Ariste. — Le croiriez-vous, Théodore ! Je sens une secrète joie de ce que vous m'apprenez là. On a remédié bientôt au mal que je craignais d'avoir fait. Mais à qui est-ce que j'en ai l'obligation? N'est-ce pas à Théotime?
Théodore. — Vous le saurez lorsque je serai bien convaincu que votre amour pour la vérité sera assez grand pour s'étendre jusqu'à ceux à qui vous avez une obligation un peu ambiguë.
Ariste. — Cette obligation n'est point ambiguë. Je vous proteste que si c'est Théotime, je l'en aimerai et je l'en estimerai davantage ; car, à mesure que je médite, je sens augmenter l'inclination que j'ai pour ceux qui recherchent la vérité, pour ceux que j'appelais méditatifs lorsque j'étais assez insensé pour traiter de visionnaires ceux qui rendent à la raison les assiduités qui lui sont dues. Obligez-moi donc de me dire qui est cet honnête homme qui voulut bien m'épargner la confusion que je méritais, et qui soutint si bien l'honneur de la raison sans me tourner en ridicule. Je le veux avoir pour ami. Je veux mériter ses bonnes grâces ; et si je
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n'en puis venir à bout, je veux du moins qu'il sache que je ne suis plus ce que j'étais.
Théodore. — Bien donc, Ariste, il le saura. Et si vous voulez être du nombre des méditatifs, je vous promets qu'il sera aussi du nombre de vos bons amis. Méditez, et tout ira bien. Vous le gagnerez bientôt lorsqu'il vous verra de l'ardeur pour la vérité, de la soumission pour la îo\, et un profond respect pour notre maître commun.