‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 39 sur 145 · Entretien précédent. — 2. Num · texte numérisé non relu

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aux différences des temps que renferme son élernllé. Pieu ne chan:^e donc point et ne peut changer ses pensées," se.^ desseins, ses volontés. Il est immuable; c'est une des perfections de sa nature, et néanmoins il est parfaitement libre dans tout ce qu'il fait au dehors. Il ne peut changer, parce que ce qu'il veut, il le veut sans succ/ossion, par un acte simple et invariable. Mais il peut ne le pas vouloir, parce qu'il veut librement ce qu'il veut actuellement.

ÂRisTË. — Je penserai, Théodore, à ce que vous me dites. Passons outre. Je crois que Dieu est immuable. Il me parait évident que c'est une perfection que de n'être point sujet au changement. Cela me suffit. Quand même je ne pourrais pas accorder l'immuabilité de Dieu avec sa liberté, je crois qu'il possède ces deux attributs, puisqu'il est infiniment parfait.

III. Thëotime. — Permettez-moi, Théodore, de vous proposer une petite difficulté. Vous venez de dire que l'efficace des décrets immuables de Dieu n'est déterminée à l'action que par les circonstances des causes qu'on appelle naturelles et* que nous appelons occasionnelles. Ce sont vos termes. Mais, je vous prie, que deviendront les miracles? Le choc' des corps, par exemple, est la cause occasionnelle de la communication du mouvement du choquant au choqué. Quoi 1 Dieu ne pourra-t-il pas suspendre en tel cas l'efTet de la loi générale des communications des mouve- /uents, et ne l'a-t-il pas souvent suspendu?

Théodore. — Une fois pour toutes, Théotime, et vous, Ariste, car je vois bien que c'est à cause de vous que Théotime veut que je m'explique davantage : il appréhende que vous ne preniez pas bien ma pensée; une fois pour toutes, Ariste, quand je dis que Dieu suit toujours les lois générales qu'il s'est prescrites, je ne parle que de sa providence générale et ordinaire. Je n'exclus point les miracles ou les effets qui ne suivent point de ses lois générales. Mais de plus, Théotime, c'est à vous maintenant que je parle, lorsque Dieu fait un miracle, et qu'il n'agit point en conséquence des lois générales qui nous sont inconnues, je prétends ou que Dieu agit en conséquence d'autres lois générales qui nous sont inconnues, ou que ce qu'il fait alors, il y est déterminé par certaines circonstances qu'il a eues en vue de toute éternité, en formant cet acte simple , éternel, invariable , qui renferme et les lois générales de sa providence ordinaire, et encx)re les exceptions de ces mêmes lois. Mais ces circonstances ne doivent pas être appelées causes occasionnelles, dans le même sens que le choc des corps, par exemple, l'est des communications des mouvements, parce que Dieu n'a point fait de lois générales pour régler unifor-

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niément l'efficace de ses volontés par la rencontre de ces circonstances; car dans les exceplionj des lois générales, Dieu agit tantôt d'une manière et tantôt d'une autre, quoique toujours selon que l'exige celui de ses attributs qui lui est, pour ainsi dire, le plus précieux dans ce moment. Je veux dire que si ce qu'il doit • alors à sa justice est de plus grande considération que ce qu'il doit à sa sagesse, ou à tous ses autres attributs, il suivra dans cette exception le mouvement de sa justice; car Dieu n'agit jamais que selon ce qu'il est, que pour honorer ses attributs divins,'que pour Satisfaire à ce qu'il se doit à lui-ménle ; car il est à lui-même le principe et la' fin de toutes ses volontés, soit qu'il nous punisse, soit qu'il nous fasse miséricorde, soit qu'il récompense en nous ses propres dons, les mérites que nous avons acquis par sa grâce. Mais je crains, Théotime, qu'Ariste ne soit pas content de notre écart. Revenons. Aussi bien serons-nous obligés, dans la suite de nos entretiens, d'exposer les principes dont dépend l'explication des difficultés que vous pourriez proposer.

Dieu ou l'Être infiniment parfait est donc indépendant et immuable. Il est aussi tout-puissant, éternel, nécessaire, immense....

Ariste. — Doucement. 11 est tout-puissant, éternel, nécessaire. Oui , ces attributs conviennent à l'être infiniment parfait. Mais pourquoi immense? Que voulez- vous dire?

IV. Théodore. — Je veux dire que la substance divine est partout, non-seulement dans l'univers, mais infiniment au delà; car Dieu n'est pas renfermé dans son ouvrage, mais son ouvrage est en lui, et subsiste dans sa substance, qui le conserve par son efficace toute-puissante. C'est en lui que nous sommes. C'est en lui que nous avons le mouvement et la vie, comme dit l'apôtre. Jn ipso enim vivimus, movemur et sumus «.

Ariste. — Mais Dieu n'est pas corporel. Donc il ne peut être répandu partout.

Théodore. — C'est parce qu'il n'est pas corporel, qu'il peut être partout. S'il était corporel , il ne pourrait pas pénétrer les corps de la manière dont il les pénètre; car il y a contradiction que deux pieds d'étendue n'en fassent qu'un. Comme la substance divine n'est pas corporelle, elle n'est pas étendue localement comme les corps, grande, dans un éléphant, petite dans un moucheron.

Elle est tout entière, pour ainsi dire, paptout où elle est, et elle se trouve partout, ou plutôt c'est en. elle que tout se trouve; car la substance du créateur est le lien intime de la créature.

L'étendue créée est à l'immensité divine ce que le temps est à

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