Joan, 8, 29, — 2. Joan
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vplonté de TÈtre infiniment parfait. Sachez donc , Ariste , que le Verbe divin est la loi de Dieu même et la règle inviolable de ses volontés, que c-est là que se trouvent les commandements divins. « In Verbo unigenito Patris est omne mandatum », » dit saint Au- gustin. Sachez que tous les esprits, les uns plus, les autres moins, ont la liberté de consulter cette loi ; ^chez que leur attention est la cause occasionnelle qui leur en explique tous les commandements , en conséquence des lois générales de leur union avec la raison ; sachez qu'on ne peut rien faire qui ne soit agréable ô Dieu, lorsqu'on observe exactement ce que Ton y trouve écrit; sachez surtout que 1- humanité sainte du Sauveur est unie plus étroitement à cette loi que la plus éclairée des intelligences , et que c'est par elle que Dieu a voulu nous en expliquer les obscurités. Mais prenez garde qu'il ne Ta pas privée de sa liberté, ou du pouvoir de disposer de cette attention^ qui est |a cause occasionnelle de nos connaissances. Car assurément l'âme sainte de Jésus*Christ, quoique sous la direction du Verbe , a le pouvoir de penser à ce qui lui plaît pour exécuter Touvrage pour lequel Dieu l'a choisie, puisque Dieu , par sa qualité de scrutateur des cœurs , se sert aussi heureusement des causes libres que des causes nécessaires pour Fexé* cution de ses desseins^.
XX. Ne pensez pas néanmoins, Ariste, que Dieu ne quitte jamais la généralité de sa conduite à l'égard de l'humanité de Jésus^- Christ, et qu'il ne forpie )es désirs de cette âme sainte qu^en conséqqeoce des lois générales de l'union générale qu'elle a avec le Verbe. Lorsque Dieu prévoit que notre médiateur, entre une infi-« nité de bonnes œuvres qu'il découvre dans le Verbe en conséquence de son attention , doit faire le choix dont les suitps sont les meilleures qui puissent être, alors Dieu, qui ne quitte jamais sans raison la simplicité de ses voies, ne le détermine point par des volontés particulières à faire ce qu'il prévoit qu'il fera suffisamment par l'usage de sa liberté en conséquence des lois générales. Mais lorsque l'âme sainte du Sauveur, à cause des comparaisons infinies et infiniment infinies des combinaisons de tous les eifets , qui sont ou qui seront des suites de ses désirs, pourrait bien choisir entre plusieurs bonnes œuvres, car il n'en peut faire que de bonnes, celles qui paraissaient les meilleures et dont les suites néanmoins ne se^ raient pas si avantageuses à son ouvrage; alors si Dieu retire plus
1. Con/ess. liv. XTII, ch. 15. «Mandatum Patris ipse est Filius. Quomudo enim noQ est ipauda^um Patris, quod est Yerbiiip Patris! » (A.UG. serm. 140. De Verùia Évang., n. 6.)
2. Voy. la première Lettre à M. Arnauld, et la Réponse h sa Dissertation, et la première Lettre que j'ai écrite touchant les siennes.
(\e gloire de U beauté de l'ouvrage que de la simplicité des voies , ii la quitte, cette simplicité, et il agit d'une manière particulière et es^traordinaire dans Thumanité du Sauveur, afin qu'elle veuille précisément ce qui l'honorera le plus. Mais quoiqu'il agisse en elle de cette manière, je crois qu'il ne la détermine jamais par des impressions invincibles de sentiment, quoique toujours infaillibles , glia qu'elle ait aussi le plus de part qu'il est possible à la gloire de son ouvrage ; car cette conduite, qui fait honneur à la liberté et à la puissance de Jésus-Christ , est encore plus glorieuse à Dieu que toute autre, puisqu'elle exprime sa qualité de scrutateur des cœurs, et témoigne hautement qu'il sait se servir aussi heureusement des causes libres que des causes nécessaires pour l'exécution de ses desseins.
Ariste. — Je comprends, Théodore, parfaitement votre pensée. Vous voulez que Dieu ne quitte jamais sans de grandes raisons la simplicité et la généralité de ses voies , a6n que sa providence ne ressemble point à celle des intelligences bornées ; vous voulez que sa prescience soit le fondement de la prédestination même de Jésus* CbrisI; , et que , s'il ^ uni son Verbe à telle nature et dans telles circonstances , c'est qu'il a prévu que l'ouvrage qui devait suivre de cette prédestination , laquelle est la cause et le fondement de c^lle de tous |es élus en conséquence des lois générales qui font l'ordre de la.grâce, que cet ouvrage, dis-j^^ serait le plus beau qui se puisse produire par les voies les plus divines. Vous voulez que l'ouvrage et les voies jointes ensemble, tout cela soit plus digne de Dieu que tout autre ouvrage produit par toute autre voie.
XXI. Théodore. — Oui, Ariste, je le veux, par ce principe que Dieu ne peut agir que pour lui , que par l'aniour qu'il se porte à lui-méipe, qpe par sa volonté, qui n'est point comme en nous une impression qui lui vienne d'ailleurs et qui le porte ailleurs; en un mot, que pour sa gloire, que pour exprimer les perfections divines qu'il aime invinciblement, qu'il se glorifie de posséder, et dans lesquelles il se complaît par la nécessité de son être. Il veut crue son ouvrage porte par sa beauté et par sa magnificence le caractère de son excellence et de sa grandeur, et que ses voies ne démentent point sa sagesse infinie et son immutabilité. S'il y a des défauts dans son ouvrage, des monstres parmi les corps, et une infinité de pécheurs et de damnés, c'est qu'il ne peut y avoir de défauts dans sa conduite , c'est qu'il ne doit pas former ses desseins indépen^ damment des voies. Il a fait pour la beauté de l'univers et pour le salut des hommes tout ce qu'il peut faire , non absolument , mais agissant comme il doit agir, agissant pour sa gloire selon tout ce
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qu'il est; il aime toutes choses à proportion qu'elles sont aimables ; il veut la beauté de son ouvrage et que tous les hommes soient sauvés; il veut la conversion de tous les pécheurs; mais il aime davantage sa sagesse, il Taime invinciblement, il la suit inviolablement. L'ordre immuable de ses divines perfections, voilà sa loi et la règle de sa conduite, loi qui ne lui défend pas de nous aimer, et de vouloir que toutes ses créatures soient justes, saintes, heureuses et parfaites ; mais loi qui ne lui permet pas de quitter à tous moments pour des pécheurs la généralité de ses voies. Sa providence porte assez de marques de sa bonté pour les hommes. Souffrons, réjouissons -nous qu'elle exprime aussi tous ses autres attributs.
Théotihe. — Hé bien, Ariste, que pensez-vous de la providence divine?
Ariste. — Je l'adore et je m'y soumets.
Théodore. — Il faudrait, Ariste, bien du discours pour vous faire considérer toutes les beautés de cette providence adorable, et pour en faire remarquer les principaux traits dans ce que nous voyons arriver tous les jours. Mais je vous ai, ce me semble, suffisamment expliqué le principe : suivez-le de près, et vous comprendrez assurément que toutes ces contradictions, qui font pitoyablement triompher les ennemis de la Providence , sont autant de preuves qui démontrent ce que je viens de vous dire.