Voy. Entretien X
Ariste. — Je convieng, Théodore, qu'il y a plus de sagesse , et que Dieu tire plus de gloire, et même Thumanité sainte de notre médiateur^ selon celte idée de la Providence , que selon aucune autre.
Théodore. — Vous pourriez ajouter que , selon cette idée , on comprend fort bien comment Jésus-Christ n'a point reçu inutilement une puissance souveraine sur toutes les nations, et pourquoi il fallait unir son humanité sainte avec la sagesse éternelle , afin qu'il exécutât heureusement son ouvrage. Mais il suffît que vous conveniez qu'une de ces deux providences est plus sage que l'autre ; car il faudrait être bien impie pour attribuer à Dieu celle qui parait la moins digne de ses attributs.
XIX. Ariste. — Je me rends , Théodore. Mais expliquez-moi , je vous prie, d'où vient que Jésus-Christ dit lui-même qu'il exécute fidèlement les volontés de son père. « Quse placita sunt ei » facio semper, d dit-il < ; et dans un autre endroit : « Ego ex me » ipso non sum locutus ; sed qui misit me Pater, ipse mihi manda- » tum dédit quid dicam et quid loquar. Et scio quia mandatum » ^jus vita seterna est. Quae ergo ego ioquor, slcut dixit mihi pater, » sic Ioquor *. » Comment accorder ces passages, et quantité d'autres semblables, avec ce sentiment, que Dieu ne forme point par des votontés particulières tous les désirs de la volonté humaine de Jésus-Christ? Cela m'embarrasse un peu.
Théodore. — Je vous avoue, Ariste, que je ne comprends pas seulement comment ces passages peuvent vous embarrasser. Quoi donc 1 est-ce que vous ne savez pas que le Verbe divin , dans lequel subsiste l'humanité sainte du Sauveur , est la loi vivante du Père éternel ; et qu'il y a même contradiction que la volonté humaine de Jésus-Christ s'écarte jamais de cette loi? Dites-moi , je vous prie , lorsque vous donnez l'aumône , n'êtes-vous pas certain que vous faites la volonté de Dieu? et si vous étiez bien assuré que vous n'avez jamais fait que de bonnes œuvres , ne pourriez-vous pas dire sans crainte : « Quae placita sunt ei facio semper 1 »
Ariste. — 11 est vrai. Mais il y aurait toujours bien de la différence.
Théodore. — Fort grande assurément ; car comment savonsnous que nous faisons la volonté de Dieu en donnant l'aumône ? C'est peutr-ètre que nous avons lu dans la loi écrite que Dieu nous ordonne de secourir les misérables; ou que, rentrant en nousmêmes pour consulter la loi divine , nous avons trouvé dans ce code éternel , ainsi que l'appelle saint Augustin , que telle est la