‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 63 sur 145 · X. Habr. 10, 94. ''- 9. ÎHi · texte numérisé non relu

X. Habr. 10, 94. ''- 9. ÎHi

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ÀRfstE. «-« Je vous avoue, Théotime, que la foi empoche souvent qu'on ne tire des conséquences impies de la prospérité des méchants et des alHictions des gens de bien. Mais comme la foi n*est pas si sensible que l'expérience cx)ntinuelle de ces événements fâcheux , elle n'empêche pas toujours que l'esprit ne s'ébranle et ne se défie de la Providence. Dé plus, les Chrétiens ne suivent presque jamais les principes de leur religion ; ils parlent des biens et des maux comme les Juifs charnels. Quand un père exhorte son fils à la vertu , il ne craint point de lui dire que , s'il est homme de bien , toutes ses entreprises réussiront. Croyez-vous que son fils pense aux vrais biens? Hélas l peut-être que le père n'y pensa jamais lui-même. Cependant les libertins, qui remarquent avec soin les contradictions de tous ces discours qu'on fait sans réflexion sur la Providence , ne manquent pas d'en tirer des preuves de leur im-^ piété ; et elles sont si sensibles, ces preuves, et si palpables, qu'il suffit qu'ils les proposent pour ébranler les gens de bien et pour renverser ceux que la foi ne soutient point. « Pensez-vous , dit Jésus-Christ , que ces dix-huit personnes qui furent écrasées sous les ruines de la tour deSiloé fussent plus criminelles ou plus redevables à la justice de Dieu que les autres habitants de Jérusalem? Non , dit-il , mais vous périrez tous si vous ne faites pénitence <. » . Toilà comme il faut parler aux hommes pour leur apprendre qu'en cette vie les plus misérables ne sont pas pour cela les plus crimi"nels, et que ceux qui vivent dans l'abondance , au milieu des plaisirs et des honneurs, ne sont pas pour cela plus chéris de Dieu, ni protégés d'une providence plus particulière. '■

Vn. Th£otiue. ^^ Oui , Ariste. Mais tout le monde n'est pas toujours en état de goûter cette vérité. Duruz e»t hio sermo. Les charnels, ceux qui ont encore l'esprit juif, n'y comprennent rien. Il faut parler aux hommes selon leur portée , et s'accommoder à leur faiblesse pour les gagner peu à peu. Il faut conserver soigneu* sèment dans leur espnt l'idée de la Providence telle qu'ils sont capables de l'avoir. Il faut leur promettre le centuple; qu'ils l'enten* dent comme ils pourront, selon les dispositions de leur cœur. Les charnels l'entendront m|il , il est vrai ; mais il vaut encore mieux qu'ils croient que la vertu sera mal récompensée que de ne l'élre point du tout. Elle le sera même parfaitement bien, selon leurs fausses idées. Quelque libertin leur fera remarquer qu'on leur fait de vaines promesses. Je le veux. Mais peut^lre cela 8ervira*t-il à leur faire comprendre qu'ils se trompent eux->mêmes, et que les biens qu'ils estiment si fort sont bien peu de chose , puisque Dieu les

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