PREMIÈRE MÉDITATION
Les corps ne nous éclairent pas, et nous ne sommes point à nous-mêmes
notre raison et notre lumière.
4 . Il me semble que le plus grand bien que je possède présentement , c'est ma raison , et que si j'étais à moi-même la cause de mes lumières et de mes connaissances, je serais en même temps la cause de \ai perfection de mon être. Je pourrais même être la cause de ma félicité : car comme c'est le plaisir et la joie qui me rendent heureux et content, je trouve tant de satisfaction lorsque la lun^ière de la vérité se répand dans mon esprit, que celui qui m'éclaire est celui-là même qui me rend heureux.
2. Je sens que la lumière se répand dans mon esprit à proportion que je le désire, et que je fais pour cela un certain e^ort que j'appelle attention. Cet effort, qui certainement est de moi, est donc cause de la production de mes idées : ainsi je suis à moi-môme ma raison et ma lumière. £t puisque les nouvelles découvertes produisent en moi du plaisir et de la joie , je suis la véritable cause de ma perfection et de mon bonheur.
3. Mais prends garde, mon esprit, ne te trompes-tu point? La lumière se répand en toi, lorsque tu le désires, et tu en conclus que tu la produis. Mais penses-tu que tes souhaits soient capables de produire quelque chose? Le vois-tu clairement? Y a-t-il une liaison nécessaire entre tes désirs et leur accomplissement?
4. Tu cours un peu trop vite. Il y a peut-être un soleil ^ pour les esprits, comme tu en vois un pour les corps. Il y a peut-être une lumière > et une sagesse éternelle, une raison universelle, immuable , nécessaire , qui éclaire tous les hommes et qui les rend raisonnables. Si c'était une telle lumière qui t'éclairât^ si celui qui renferme les idées de tous les êtres t'aimait tant que de se vouloir bien communiquer à toi à proportion de tes désirs, ne serais-tu pas bien misérable de tirer de sa bonté des raisons de ton ingratitude? Ne serais-tu pas bien déraisonnable de juger que tes souhaits sont la cause véritable de tes lumières , à cause de la fidélité et de