Sap. 5, è. — 2. Joan
MÉDITATIONS CHRÉTIENNES. m
Texactitude avec laquelle cette souveraine raison te donnerait ce que tu souhaites dans Je moment que tu le souhaites?
5. Dès que tu veux penser à quelque objet, l'idée de cet objet se présente à ton esprit : mais c*est peut-être une faveur que tu dois reconnaître d'autant plus volontiers qu'elle t'est plus promptement accordée, c'est peut-être que les volontés de ton Dieu, qui sont immuables et toujours efficaces, s'accordent avec les tiennes, et qu'en cela elles font ce que tu veux et ce que tu penses faire. Tu fais véritablement un effort pour te représenter tes idées : ou plutôt tu veux, malgré la peine et la résistance que tu trouves^ te les repré-. senter. Mais cet effort que tu fais est accompagné d'un sentiment par lequel Dieu te marque ton impuissance et te fait mériter ses dons. Vois--tu clairement que cet effort soit une marque certaine de l'efficace de tes volontés? Prends-y garde? cet effort est souvent inefficace, et tu ne vois point clairement qu'il soit efficace par luimême.
6. Pourquoi juges-tu que tu es la cause de tes idées? Sais-tu bien seulement ce que c'est qu'une idée? Sais-tu de quoi elle est faite? Sais-tu même si elle est faite? Rentre-t-elle dans le néant dès que tu n'y penses plus, ou bien si elle s'éloigne de toi? La fais-tu renaître, ou la rappelles-tu lorsque, désirant de la revoir, elle se représente à toi ? Si tu la rappelles, par quelle puissance l'obligestu de revenir? Et si tu la produis de nouveau, par quelle puissance, par quelle adresse, sur quel modèle la rends-tu si semblable à elle-même?
7. Voici seulement ce qu'il y a de certain. Tu veux penser, par exemple, à un carré, et l'idée de ce carré se présente à toi : tout le reste t'est encore incertain. Tu peux donc juger que tes volontés sont ordinairement accompagnées de certaines, idées, tu en es convaincu par le sentiment intérieur que tu as de ce qui se passe en toi. Mais par quelle raison jugeras-tu que tu en es véritablement la cause? Prends garde! de quoi formera&-tu l'idée du carré, la formeras-tu du néant ou des corps qui t'environnent? Si du néant, tu peux donc créer. Mais sur quel modèle ? Mais d'où as-tu ce modèle? Mais si tu as un modèle que tu n'as pas fait, à quoi te servira ton idée que tu prétends avoir faite? Le nK)dèle suffira, car c'est véritablement ton modèle, et non ton idée, qui t'éclaire et que tu consultes. Laisse donc là ton idée prétendue , et reconnais que Fauteur de tes modèles est Tauteur de tes connaissances.
8. Tu penses, peutrêtre, que tu reçois ou que tu formes des corps qui t'environnent lés idées que tu en as ? Mais n'écoute pas tes gens. Consulte ça qqe tq reconnais eq toi de plus éclairé et de rpoii^s
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sujet à Terreur. Penses-tu que ces corps soient visibles par euxmêmes ; qu'ils puissent agir en toi, et se représenter à toi? Pensestu qu'une figure puisse produire une idée , et un mouvement local un sentiment agréable ou désagréable?
9. Le corps le plus capable d'agir en toi est apparemment celui auquel ton esprit est immédiatement uni : car si ceux qui t'environnent agissent en toi, ils n'agissent que par lui. Dis-moi donc quelle est sa figure, sa grosseqr, sa situation? Est-ce cette glande qu'on appelle pinéale, ou quelqu'autre partie voisine? Si ton corps ou la partie principale que tu animes dans ton corps ne peut se représenter à toi, comment cette partie pourra-t-elle par elle-mêff\e te représenter les corps qui t'environnent?
40. Mais peut-être diras-tu que c'est toi-même qui t'appliques aux corps dé dehors ; que tu te répands sur eux ; que tu les pénètres, ou celui qui en a reçu l'impression, et que tu en extrais tes idées : car il n'y a point de chimères que tu ne formes , d'extravagances que tu ne soutiennes, de galimatias que tu ne sois prêt de dire pour défendre Thonneur de tes puissances imaginaires. Courage donçi répands-toi jusque dans les cieux par tes rayons visuels : ou si tu crains de te dissiper dans ces grands espaces, et de quitter le corps que tu animes, reçois avec soin l'impression ou l'éclat des étoiles ; multiplie tes facultés et range-les par ordre pour la recevoir ; divise-toi encore toi-même en deux parties , dont Tune spirttualise les images de ces corps introduites et conduites jusqu'à elle par le premier des sens , et l'autre les reçoive parfaitement trans* formées en idées. Courage ! te voilà ta lumière à toi-même par ton adresse et par ta puissance : tu n'as besoin que de la présence des corps pour les voir. Te voilà philosophe partit : car tu n'as point recours à Dieu pour expliquer les choses les plus difficiles. Mais, pauvre et superbe esprit, ton imagination te séduit. Ne sens-tu pas la faiblesse et la vanité de tes puissances? ne vois-tu pas que ces deux intellects tant vantés ne sont que de pures fictions, et que les philosophes ne les ont imaginés que pour flatter leur orgueil et couvrir leur ignorance ?
4 4 . Interroge ta raison, consulte ta conscience, rentre en toi-même. As-tu quelque idée ou quelque sentiment intérieur de ces deux puissances et de ces autres facultés que tu donnes si libéralement? Tu dois les sentir, si tu te les attribues : tu dois les connaître , si tu t'en sers. Veux-tu juger sans examen : veux-tu sans raison te distinguer de toi-même? Il ne faut dire que ce qu'on voit clairement ; il ne faut s'attribuer que ce qu'on sent intérieurement. Autrement on devine au hasard, on s'élève en idée, on se grossit de vent, et
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Torgueil et l'amour-propre fait de Tôtre de rbomme un composé fantastique de grandeurs et de puissances imaginaires.
42. Je te prie donc, quelle action produis-tu lorsqu'ayant les yeux ouverts tu vois ce qui t'environne? Âs4u sentiment intérieur de l'action de ton intellect agistant? Quoi 1 tu ne sais et tu ne sens rien de ce que tu fais? Mais n'est*-ce pas là une preuve évidente que tu ne fais rien? Tu exprimes du carré que tu vois ou de son image corporelle l'idée qui le représente, et tu ne connais ni ne sens l'action par laquelle tu fois cette expression merveilleuse? Qui t'apprend donc que tu agis dans cette opération ?
4 3. Mais, je te demande, quand t'aviseraa^tu de faire tes expressions? car les images corporelles des objets, supposé qu'il y ait de telles images, ne sont point intelligibles : elles ne peuvent se représenter à toi. Agiras^tu sur ce qui t'est inconnu? Mais qui t^avertira d'agir,- qui réglera ton action? Multiplie donc encore tes facultés, si tu veux défendre ton pouvoir et ton indépendance.
44. Lorsque tu vois proche de (oi un carré ou ua cei«le en ()if^ férentes situations , les projeotians qui se font de ces figures sur ton nerf oiitiqm sont toutes différentes, et par conséquent les ima-r ^ corporelles qui s'en forment dans ton cerveau ne peuvent pas être les mômes : elles doivent ressembler à des parallélogrammes ou à des ellipses de toutes façons, et cependant tu ne vois toujours qu'un même carré ou un même cercle <. Par quelle adresse exprimes-tu des idées semblables à ces figures, et tout à fait dissem-* blables aux images dont tu assures toutefois que tu (es exprimes?
45. Au contraire, lorsque tu vois sur un tableau certaines figu^ res , tu t'en représentes qui leur aont tout à fait dissemblables ; lorsque tu vois des ellipses , tu te représentes des cercles, et tu forme des idées intellectuelles de carré 9ur des images corporelles de parallélogrammes. Comment te laisses-tu tromper par tes pror près puissances, malgré toutes tes connaissances et tous les efforts de ta volonté? £t comma»t ^prjmes-tu d^s idées qui ne ressem-* blent ni aux images dont tu les exprimes, ni même à Tobjet qui envoie ces images prétendues?
46. Puisque ces puissances te trompent^ ne t'en glorifie pas; et puisqu'elles sont contraire à tes volontés, ne les appelle point tes puissances. Elles ne sont point en ton pouvoir, si elles agissent en toi malgré toi. Ce n'est point toi qui agis par elles, puisqu'elles résistent à ton action, puisqu'elles agissent contre tes efforts, ou puisqu'elles agissent sans que tu y penses.
47. Tu demeureras peut-être d'aocord que les idées des ok^ets