‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 73 sur 145 · Voy. le deuxième Entrefien kut la Métaphysique · texte numérisé non relu

Voy. le deuxième Entrefien kut la Métaphysique

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qui t'environnent se produisent en toi par une puissance que tu ne connais pas et qui ne t'appartient pas, pourvu que Ton t'accorde aussi que cette puissance ne produise tes idées que de ta propre substance; car tu veux trouver en toi toutes choses; et si tu sens bien que tu ne les renfermes pas toutes actuellement, tu prétends du moins les renfermer en puissance et dans leurs idées.

48. Mais, je te prie , peut-on tirer d'un être aussi limité que tu es, les idées de tous les êtres; d'un être d'une seule espèce, les idées de toutes les espèces ; d'un être imparfait et déréglé, les idées que tu as de la perfection et de l'ordre? Trouveras-tu dans la mu-tabilité de ta nature des vérités nécessaires, dans l'inconstance de tes volontés des lois incapables de changement, dans un esprit de quelques jours, des vérités et des lois éternelles?

49. Tu pénètres les cieux, tu perces les abtmes; tu découvres le mouvement et la situation des astres, tu devines la qualité et la formation des métaux : tu te répands même au delà des cieux, car tu passes les bornes du monde que tu considères, et cependant tu t'imagines que tu renfermes en toi-même tout ce que tu vois. Quoi ! penses-tu être assez grand pour renfermer en toi les espaces im« menses que tu aperçois? Penses-tu que ton être puisse recevoir des modifications qui te représentent actuellement l'infini? Pensestu même avoir assez d'étendue pour contenir en toi l'idée de tout ce que tu peux conœvoir dans ce qu'on appelle un atome ; car tu conçois clairement que la plus petite partie de la matière que tu imagines, se pouvant diviser à l'infini , elle renferme en puissance une infinité de figures et de rapports tous différents.

20. Je t'accorde cependant que tu puisses recevoir actuellement en toi des modifications infinies ; mais , quand tu penses à des espaces immenses, tu ne vois pas seulement des modifications infinies, tu vois une substance infinie : tu ne la vois donc pas en toi.

2\. Réponds-moi. Tu vois clairement que l'hyperbole et ses asymptotes, et une infinité de lignes semblables, prolongées à l'infini , s'approchent toujours sans jamais se joindre : tu vois évidemment qu'on peut approcher à l'infini de la racine de 5 , de 6, de 7, de 8, de 40, et d'une infinité de nombres semblables, sans pouvoir jamais la rencontrer; comment, je te prie , te modifierastu pour te représenter ces choses ?

22. Comment, toi, qui es un être particulier, te modifierais-tu pour te représenter une figure en général? Gomment, toi qui n'es pas tout être , mais seulement esprit, pourrais-tu voir en toi les corps? Comment pourrais-tu voir en toi cent ou un centième ; en loi qui ne peux ni te multiplier par cent, ni te diviser en cent?Con-

çois*tu que la modification d'un être particulier puisse être une modification universelle ; qu'on puisse découvrir des corps et les modifications des corps dans des êtres qui ne renferment que les propriétés des esprits ; qu'on puisse diviser à Tinfini les esprits , comme les corps, afin d'en multiplier les parties?

23. Ne conçois-tu pas qu'un cercle en général ne peut être fait, et qu'il peut être connu? Ne sens-tu pas que les corps que tu vois sont entièrement distingués de toi? Et ne comprends-tu pas que les nombres que tu compares entre eux et dont tu reconnais les rapports sont bien différents de tes modifications, que tu ne peux comparer entre elles , et dont tu ne peux découvrir aucun rapport?

24. Tu t'imagines qu'il est nécessaire que tes idées soient des manières d,'être de toi , afin que tu les aperçoives aussi clairement que tu fais : et tu ne prends pas garde que tu ne comprends rien dans tes propres sen3ations, qui, certainement, sont des modifications de ta substance.

25. Sais-tu clairement ce que c'est que ton plaisir et ta joie, ta douleur et ta tristesse ? Peux-tu comparer ces choses entre elles pour en reconnaître les rapports aussi clairement que tu connais que 6 est double de 3 , et que le carré de la soutendante d'un angle droit est égal aux carrés des deux côtés? Si tu ne connais tes modifications qi^e d'une manière fort imparfaite, pourquoi mets-tu tes idées de leur nombre, comme si sans cela tu ne pouvais les apercevoir aussi clairement que tu fais?

26. Tu sens tes modifications, et tu ne les connais pas : tu connais tes idées et les choses par leurs idées , et tu ne les sens pas : dès que tu veux Rappliquer à quelque idée , elle se représente à toi ; et quoique tu veuilles sentir du plaisir ou de la joie , tes volontés ne produisent rien en toi. Comment donc ne vois-tu pas la différence qu'il y a entre tes modifications et tes idées?

27. Tu ne te modifies pas comme tu veux , et tu penses à ce que tu veux. D'où vient cela , si ce n'est que tu n'es pas fait pour te sentir ni pour te connaître , mais pour connaître la vérité qui ne se trouve pas en toi? Tu ne connais point clairement tes sensations , quoiqu'elles soient en toi et une même chose avec toi. D'où vient cela, si tu es ta lumière à toi-même, si ta substance est intelligible, si ta substance est lumière illuminante ; car je t'accorde qu'elle est lumière , mais lumière illuminée * ?

28. Sache donc que tu n'es que ténèbres, que tu ne peux te connaître clairement en te considérant , et que jusqu'à ce que tu te te voies dans ton idée ou dans celui qui te renferme, toi et tous les

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