HUITIÈME MÉDITATION
Différence de la conduite de Dieu sou^ la loi et sous la grâcr. Raisons des prieras de l'Eglise. Qu'il ne faut pas s*attendrjc que Dieu fasse des miracles en notre faveur, et qu'on doit faire serWr la nature à la grâce. Que les miracles sont souvent de» suitps de qu^ques lois g^éroles.
4. 0 Dieu! que vous êtes grand, que vous êtes juste, que vouiï êtes bon, que vous êtes puissant ! Que de sagesse dans votre con-^ duite, que d'ei&cace dans votre action, que de simplicité, mais qua de fécondité dans vos voies ! Que toutes les intelligences vous ad-^ mirent et vous louent d'avoir accommodé de telle manière les effets de votre puissance avec ceux de votre bonté et de votre justicsiSj que souvent le pécheur se trouve puni immédiatement après son crime, et le juste délivré des malheurs qui lui paraissent inévita^ blés. 0 Jésus! ma sagesse, ma raison, ma lumière ; continuez dd m'instruire et de me délivrer de mes préjugés.
2. Tu te trompes, mon fils, de croire que le pécheur soit sOUr vent puni immédiatemsnt après son crime*. Cela arrive rarement, et les justes , dans cette vie, ne sont point exempts des dernièr^^ misères. La simplicité des lois naturelles ne permet pas que les péchés des particuliers soient souvent punis dès qu'ils sont com^ mis ; et l'ordre qui est la règle de ma providence ne veut pas que
1. Mdd, suivante, art. 36, 27, 28. — 2. Au6. de grUl. not, 7««/., Bp. ad Hq^ norat.
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l'élévation, et que Tabondance t'inquiète mais qu'une joie solide te pénètre et te console au milieu de tes misères *. J'ai choisi les pauvres, les faibles, les méprisables, les fous selon le monde, pour confondre les sages, les riches, les grands de la terre * ; pour apprendre aux hommes à ne se glorifier qu'en moi , qui leur ai été donné de Dieu pour être leur sagesse*, leur justice, leur rédempr tion, et leur sanctification.
8. 0 Jésus, vous êtes véritablement ma sagesse, et ma force; tout ce que vous me dites porte la lumière dans mon esprit et me pénètre le cœur. La prospérité des «îéchant^ ne m'ébranle plus ; la misère des gens de bien ne me surprend plus. Que les philosophes arrêtent au dernier des cieux les soins et l'action de la Providence : que les impies me disent malignement que vous êtes toujours du côté du plus fort. Ce sont des misérables qui ne connaissent rien dans vos voies. L'air décisif et railleur, et les manières insolentes et cavalières des faux savants ne m'imposeront jamais jusqu'à douter des sentiments que vous me donnez. Le partage des libertins c'est l'ignorance, l'aveuglenient, la brutalité et l'orgueil. Votre lumière les blesse : ils tournent la tête et ferment les yeux de peur d'en être frappés, et sont assez insolents pour critiquer l'ordre secret et merveilleux de votre conduite.
9. Mais voici encore une difficulté qui me fait peine ; si Dieu agit toujours par les voies les plus simples, s'il suit constamment les lois qu'il a une fois établies, n'est-ce pas en vain qu'on lui demande ses besoins, et que l'Église ordonne des prières publiques pour obtenir la pluie dans un temps de sécheresse et de stérilité ? N'est-ce pas tenter Dieu, lui demander sans sujet un miracle, l'obliger de troubler l'ordre et la simplicité de ses voies, opposer en un mot sa bonté à sa sagesse, que de vouloir qu'il se presse de répandre la pluie, avant que les lois qu'il a établies, et qu'il suit constamment, l'y obligent? J'avoue que cela m'embarrasse encore,
^0. Tu t'embarrasses, mon fils, faute de comprendre distinctement ce que je t'ai déjà dit. Comprends donc que mon père m'aime invinciblement, et que l'ordre immuable et nécessaire que je renferme comme sagesse éternelle est, à l'égard de Dieu même, une loi inviolable. Or Tordre demande que toutes les actions méritoires soient récompensées. Les^ prières ne peuvent donc jamais être inutiles à ceux qui les font avec foi. Tout un peuple se trouve réduit à Textrémité, si Dieu ne répand la pluie et ne fait un miracle en sa faveur ; penses-tu qu'alors ce soit tenter Diei^ que d'implorer son assistance? Sache, mon fils, que c'est tenter Dieu que de lui deman-