Cor, 1, V. 26, 27, 28, etc. — 2. Ibid. 2, v
der un miracle, lorsque sans miracle on peut se délivrer de quelque mal ; car l'ordre ne permet pas que Dieu trouble l'uniformité et la simplicité de sa conduite, sans une nécessité pressante. Mais ce n'est point tenter Dieu que de lui demander en général un miracle, lorsque sans miracle on ne peut éviter de périr, ou d'être attaqué par des tentations très-dangereuses. J'appelle néaiimoins miracle^ non-seulement tout ce que Dieu fait par des volontés particulières , mais encore tout ce qui n'est point une suite nécessaire des lois naturelles qui te sont connues et dont lès effets sont communs.
4 '1 . Mais quoique tu puisses demander à Dieu la pluie ou le beau temps, ne lui demande qiie rarement des choses qu'il ne t'est pas permis d'aimer, ni de regarder comme ton bien. Car je veux que tu aimes mon père selon toute la capacité qu'if t'a donnée pour aimer le bien. Que les Juifs regardent comme de vrais biens les fruits de la terre : c'est là leur bénédiction. Mais pour toi demandemoi les vrais biens et la grâce de les mériter. Demande-moi que je t'accorde l'honneur de souffrir pour la vérité, que je te donne part à ma croix et à mes douleurs, ou du moins que je te donne assez de patience pour souffrir, sans murmure, tous les maux de la vie présente.
42. L'Église ordonne des prières publiques pour obtenir la pluie du ciel. Mais cela regarde tout un peuple, dont il y en a beaucoup qui ne peuvent supporter les maux extrêmes, et entre lesquels il y a bien des pécheurs qui ne méritent pas de plus grandes grâces. Cette conduite apprend aux hommes que Dieu seul est le maître. Elle est proportionnée au plus grand nombre des chrétiens , qui sans doute ont quelque chose de l'esprit juif. Enfin il est rare que l'Église ordonne de semblables prières. Elle demande sans cesse les vrais biens pour ses enfants ; mais ce n'est que dans la nécessité, et par rapport aux biens éternels qu'elle leur souhaite les biens qui passent.
43. 0 mon unique maître, que dois-je donc penser de la conduite de ceux qui , sans avoir égard à l'ordre de la nature, s'imaginent qu'en toutes occasions vous devez les protéger d'une manière particulière? est-ce la grandeur de leur foi, ou une confiance forte et téméraire, qui leur fait mépriser les moyens humains ? ce sont souvent des personnes de piété : mais leur piété est-elle éclairée ? dois-je entrer dans leurs sentiments, et régler sur eux ma
' conduite?
41. Ne condamne personne en particulier, mais ne suis jamais de conduite extraordinaire. La piété de ceux, qui prétendent être soM-î iino protection do Dieu toute particulière, et tout extraordi-
naire, peut souvent être sincère ; mais communément c^lle n'est ni sage ni éclairée. Elle est presque toujours remplie d'amour-propre, et d'un orgueil secret; car l'orgueil et l'amour-propre rapportent à soi toutes choses, Dieu même et tous ses attributs, sa puissance, sa bonté, sa providence. Il semble même aux hommes que Dieu n'est bon qu'autant qu'il s'applique à leur faire du bien; et qu'il ne doit point s'arrêter aux règles de sa sagesse, lorsqu'il s'agit de les secourir. Mais souviens-toi que Dieu suit constamment les lois gé— nérales qu'il a très-sagement établies ; et que, si tu veux qu'il te protège, tu dois te soumettre à ces mêmes lois.
45. Remarque la conduite de l'Apôtre des nations S je lui avais promis, lorsqu'on le conduisait à Rome, que personne ne périrait par la tempête ; cependant il agissait, comme si son salut ne dépendait que de ses soins et de sa vigilance. Et moi-même, qui ai toujours été l'objet principal de la providence divine^ j'ai fui la fureur d'Hérode* et des Juifs en plusieurs occasions, comme «i j'avais manqué de confiance en la protection de mou père. C'est tenter Dieu que de mépriser les voies naturelles et les moyens hu^ mains. Il faut toujours s'en servir lorsqu'ils sont permis; et celui qui sans une inspiration particulière les néglige et se vante d'avoir Dieu pour protecteur , est un téméraire et un présomptueux , ou peut-être un fanatique et un insensé.
16. Que les hommes sont vains et ridicules de s'imaginer que Dieu troublera sans raison Tordre et la simplicité de ses voies pour s'accommoder à leur fantaisie! et qu'ils sont imprudents et téméraires dans la confiance qu'ils ont en moi! On peut, mon fils,, se confier sur la justice de sa cause ; on peut attendre sa guéri3on du ciel. Oui sans doute, puisque c'est Dieu. qui fait tout. Mais, si Ton veut guérir, il faut prendre les remèdes, lorsqu'on les croit éprouvés. Si l'on veut gagner son procès il faut rechercher les piè^ ces justificatives de son bon droit, et ne pas s'imaginer que Dieu fera des miracles en notre faveur.
17. Il est vrai que Dieu est bon, et qu'il fait de plus grands biens, que n'est la santé ou le gain d'un procès, à ceux qui dans la simplicité de leur cœur, abandonnent à sa conduite le soin de leurs affaires et de leur santé, à cause qu'ils appréhendent que les soins de la vie ne les détournent de meilleures applications. Mais je ne parle pas de ceux qui méprisent et sacrifient les biens de la terre^ et qui méritent par là, non l'abondance des richesses, mais l'abondance de la grâce qui conduit aux vrais biens ; je parle du commun des hommes, qui, pleins d'un orgueil insupportable, et de l'amour
1. Act. 27, 31, 32. — 2. MaUh. 2, 13 ; Joan. 7, 1 ; et 10, 39.
d'eux méoies, s'altendent que Dieu pense à leurs affaires, et s en prennent à lui des malheurs qui leur arrivent, lorsque de leur côté ils vivent dans Toisiveté et dans la paresse.
48. Mais l'aveuglement le plus terrible, c'est qu'ils négligent même la grande affaire de leur salut, et s'en reposent entièrement sur la bonté de Dieu. Ils disent que c'est là mon affaire, qu'ils attendent tout de mes soins, et que, s'ils sont du nombre des prédestinés, Dieu saura bien les sanctifier, sans qu'ils s'en inquiètent, et qu'ils s'en troublent. Le salut, disent-ils, n'est nullement le prix de celui qui court, mais le bienfait de celui qui fait miséricorde. Dire que Dieu ne nous sauve point sans nous, c'est offenser sa puissance ; et c'est se défier de sa bonté et manquer de foi, que de douter que Dieu nous aime en Celui qui rend dignes de sa complaisance les êtres les plus méprisables. Dieu veut sauver tous les hommes, personne ne peut résister à ses volontés : vivons, disent-ils, en assurance. On honore par la confiance tous les attributs divins.
49. Écoute, mon fils, Dieu veut sauver tous les hotnmes, mais par les voies les plus simples, par les voies qui portent le plus le caractère de ses attributs; et il n'y aura que ceux-là de sauvés, qui entreront dans Tordre de ses voies. Je ne dois pas maintenant te parler de l'ordre de la grâce, je t'en entretiendrai quelque jour *. Je veux seulement te faire comprendre qu'on peut, et qu'on doit faire servir la nature à la grâce ^ ; et que souvent on se damne, parce qu'on s'imag4ne que ces deux ordres n'ont ensemble aucun rapport.
20. Le mauvais temps, une maladie , ou quelque raison d'amourpropre empêchent un débauché d'aller chercher l'objet de sa passion ; sa concupiscence n'étant point actuellement excitée, tel degré de grâce qui n'aurait aucun effet considérable dans d'autres circonstances, est alors capable de le convertir. Tel persévère en grâce jusqu'à la mort qui a vécu soixante ans dans le péché, et tel a vécu soixante ans en état de grâce qui n'y persévère pas jusqu'à la mort. Ainsi la grâce de la conversion et même celle de la persévérance, dépendent de la combinaison de l'ordre de la grâce avec celui de la nature. C'est la même chose de toutes les autres grâces: car toute grâce opère d'autant plus dans les cœurs qu'elle y trouve moins d'obstacles, et maintenant il y a beaucoup d'obstacles qui sont des suites nécessaires des lois naturelles. Tel aurait supporté sa pauvreté en patience s'il n'avait point trouvé en prise l'argent de son voisin; et tel était assez touché de Dieu pour restituer un