‹ Œuvres de MalebrancheChapitre 95 sur 145 · Méd. V · texte numérisé non relu

Méd. V

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les opinions. Tu dois être pleinement convaincu de tout ceci, si tu as bien compris que, hors de Dieu ^ il n'y a point de puissance véritable, et que toute efficace, quelque petite qu'on la suppose, est quelque chose de divin et d'inÔni.

8. Il y a encore une raison qui porte les hommes à croire que la matière est incréée ; c'est que quand ils pensent à l'étendue ils ne peuvent s'empêcher de la regarder comme un être nécessaire. En effet, ils conçoivent que le monde a été créé dans des espaces immenses, que ces espaces n'ont jamais commencé, et que Dieu même ne peut les détruire ; de sorte que , confondant la matière avec ces espaces, parce qu'effectivement la matière n'est rien autre chose que de l'espace ou de l'étendue, ils regardent la matière comme un être éternel.

9.. Mais tu dois distinguer deux espèces d'étendue : l'une intel-> ligible, l'autre matérielle. L'étendue intelligible est éternelle, immense, nécessaire'; c'est l'immensité de l'Être divin, en tant qu'infiniment parlicipable par la créature corporelle , en tant que représentatif d'une matière immense ; c'est, en un mot, l'idée intelligible d'une inGnité de mondes possibles; c'est ce que ton esprit contemple lorsque tu penses à l'infini. C'est par cette étendue intelligible que tu connais ce monde visible ; car le monde que Dieu a créé est invisible par lui-même. La matière ne peut agir dans ton esprit ni se représenter à lui ; elle n'est intelligible que par son idée, qui est l'étendue intelligible'; elle n'est visible et sensible que , parce qu'à la présence des corps , Dieu représente à Tésprit l'étendue intelligible , et la lui rend sensible par les différentes couleurs ou les autres sensations , qui ne sont que des modifications de ton être. Car il n'y a que Dieu qui agisse dans les esprits , il n'y a que lui qui puisse les éclairer et les toucher.

4 0. L'autre espèce d'étendue est la matière dont le monde est composé ; bien loin que tu l'aperçoives comme un être nécessaire ^, il n'y a que la foi qui t'apprenne son existence. Ce monde a commencé et il peut cesser d'être ; il a certaines bornes qu'il peut ne poiilt avoir. Tu penses le voir, et il est invisible, et tu lui attribues ce que tu aperçois lorsque tu ne vois rien qui lui appartienne* Prends donc garde à ne pas juger témérairement de ce que tu ne vois en aucune manière. L'étendue intelligible te paraît éternelle, nécessaire, infinie ; crois ce que tu vois. Mais ne crois pas que le monde soit éternel, ni que la matière qui le compose soit immense,

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