Yoy. le deuxième Entretien sur la mort
4. Rec/ierche de la Vérité, éclaircissement sur l'existence des corps.
^S9 MÉ&1TAT10M6 GHRÊTIËNNCa.
éteraellé, nécessaire ; n'attribue pas à la créature ce qui n'appartient qu'au Créateur, et ne confonds pas ma substance, que Dieu engendre par la nécessité de son être , avec mon ouvrage, que je produis avec le Père et le saint Esprit par une action entièrement libre.
44. 0 mon unique maître! voilà, ce me semble, mes.douted éclaircis. J'attribuais au monde matériel ce que je découvrais dans le monde intelligible , et je trouvais a^ez raisonnables les sentiments téméraires et impies qu'ont quelques philosophes sur l'efficace de vos volontés. J'avoue que je jug^ai$ sans raison de la puissance de Dieu , puisque j'en jugeais sans i(lée. Mais, je vous prie , n'avais-je pas quelque sujet de croire que l'étendue est éternelle? Ne doit-on pas juger des choses par leurs idées? en peuton juger autrement? Et, puisque je ne puis m'empécher de regarder l'étendue intelligible comme immense, éternelle, nécessaire, n'avais-je pas sujet jde penser que l'étendue matérielle a tous les méme^ attributs ?
42. Il faut, mon cher disciple, juger des choses par leurs idées; on ne doit en juger que par là ; mais cela regarde leurs attributs essentiels et nullement les circonstances de leur existence. L'idée que tu as de l'étendue te la représente divisible, mobile, impénétrable. Juge sans crainte qu'elle a essentiellement ces propriétés ; mais ne juge pas qu'elle soit ni immense , ni éternelle. Elle peut n'être point du tout bu avoir des bornes fort étroites. Tu n'as pas raison de croire qu'il y ait seuiemrat un pied d'étendue matérielle, quoique tu aies présente à l'écrit une immensité infinie d'étendue intelligible; bien loin que tu en doives juger que le monde est in* fini , comme font quelques philosophes. Ne juge pas non plus que le monde est éternel , à cause que tu regardes l'étiendue intelligible comme un être nécessaire dont la durée n'a point de commencement et ne petit avoir de fm ; car, quoique tu doives juger de Tesr
. sence des êtres par les idées qui les représentent, tu ne dois jamais juger par elles de leur existence.
43. Qu'il est dangereux, mon fils, principaljement dansia métaphysique, de ne comprendre les choses qu'à demi ! On croit souvent en savoir assez pour en juger, lors même qu'on n'y comprend rien; et les moindres erreurs, dans cette partie de la philosophie > sont d'une conséquence infinie. Le misérable Spinosa a jugé que la création était impossible, et par là dans quds égarements n'est-U point tombé? Plus on raisonne juste, plus on s'égare, lorsqu'on suit un faux principe. Un homme qui raisonne mal peut se redresser et reprendre par hasard bI par préjugé les routes communes. Mais un
homme fexdct et téméraire suit constamment Terreur et se perd sans ressource, jamais l'erreur ne conduisant par elle-même à la vérité.
14.0 mon Jésus ! né m'abandonnez jamais ; tjue vôtre lumière conduise tous mes pas et règle toutes meâ réflexions. Laissez-moi' plutôt dans la simplicité de mon ignorance , soumis à Tautorité de votre parole et sous la coiiduite de ma Mère votre chère Épouse , que de me faire part de cette lumière qui éblouit et qui enfle leô esprits lorsqu'ils manquent de charité et d'humilité. Les vérilés ilfiétaphysiques sont sublimes et délicates, et il est difficile à des hommes pétris de chair et de sang de s'arrêter fermes à la contemplation de ces vérités. Leur imagination les séduit, et prenant pour des principes incontestables des sentiments qui flattent quelqu'une de leurs passions, imprudents, téméraires, impies, ils se font des systèmes qui renversent les fondements de la foi. 0 mon Sauveur! faites-moi toujours bien distinguer le vrai du vraiserhblable, et fortifiez mon attention afin que je ne consente jamais à rien , avant que j'y sois forcé par l'évidence de Votre lumière ou par l'autoHté de votre parole! Mon corps appesantit mon esprit lorsqu'il s'élève aux vérités abstraites. II ne trouve point de prise dans des pensées qui n'ont rien de sensible ; et fatigué par ses efforts , il se repose et tâche de se consoler par une possession imaginaire de la vérité. Soutenez -moi dans thés recherches. Formez en moi des désirs assez grands pour mériter d'être exaucés; ou du moins si mon amour pour la vérité n'est ni assez ardent, ni assez pur pour la mériter, ne souffrez pas que, séduit par l'erreur, je vivo content et sans inquiétude.
13. 0 ma force et ma lumière! puis-je obtenir de vous de savoir ce que je suis , et ce que c'est que cette substance que je sens en moi capable de connaître la vérité et d'aimer le bien? Je suis, mais depuis quel temps? Suis-je éternel, cesserai-je d'être? Je suis, mais que suis-je? Je pense, mais comment? Je sens que je veux, mais quoi , je ne connais point clairement ce que c'est que vouloir? Quand je pense aux corps , je vois bien ce dont ils sont capables ; je les compare entre eux et j'en découvre les rapports. Mais quelque efîbrt que je fasse pour me représenter à moi-même, je ne puiâ découvrir ce que je suis. Lorsque je souffre quelque douleur, je le sais : mais avant que de la souffrir, je ne comprenais paà que ma substance en fût capable ; et dans le temps même que je la souffre, je ne comprends ni ce que c'est, ni quel rapport elle peut avoir, n' avec moi, ni avec ce qui m'environne? En un mot, je ne suis qr ténèbres à moi-même , ma substance me paraît Inintelligible; et
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VOUS ne m'éclairez de votre lumière, Tamour que j'ai pour la vérité me précipitera dans quelque erreur. Car je me sens porté à croire que ma substance est éternelle, que je fais partie de l'Être divin, et que toutes mes diverses pensées ne sont que des modifications particulières de la Raison universelle.
46. Ah! mon fils, que tu conduis mal tes pensées! et que tu serais téméraire, si tu entrais le moin^ du monde dans des sentiments si impies et si bizarres ! Le méchant esprit qui les a publiés croyait la création impossible, et c'est ce faux principe qui l'a engagé dans ces erreurs. Mais, pour toi, ne t'ai~je pas démontré qu'il est nécessaire d'attribuer à Dieu une puissance infinie , quoiqu'on n'en ait point d'idée claire? Ne crois, mon fils, que ce que tu conçois clairement, et ne quitte jamais les sentiments communs pour quelques raisons vraisemblables. Tu me demandes maintenant des lumières que je ne suis pas résolu de te communiquer. Mais , pour te contenter, je veux bien te rendre raison pourquoi je ne te donne point ce que tu me demandes. Écoute-moi.
47. Tu peux connaître les choses en deux manières, ou par sentiment ou par idée. Le sentiment n'éclaire point l'esprit, mais les idées répandent tant de lumières qu'il ne tient qu'à ceux qui les contemplent de découvrir toutes les' propriétés des objets qu'elles représentent. La raison pour laquelle tu connais si clairement l'étendue, et toutes les modifications dentelle est capable, c'est que tu en as une idée claire , si tu peux comparer des grandeurs entre elles ^ et en mesurer exactement les rapports; si tu sais que le carré de la diagonale d'un carré est double de ce carré , et que cette diagonale est incommensurable avec ses côtés, c'est que tu as une idée claire de l'étendue , et qu'en la contemplant tu peux en découvrir les rapports. Or, tu as une idée claire de l'étendue, parce que je te découvre l'étendue intelligible que je renferme comme je t'ai déjà dit, et sur laquelle l'étendue matérielle est formée. Tu ne peux pas manquer de lumière , lorsque tu vois ma substance qui seule éclaire toutes les intelligences. Et si tu recherchais, avec quelque attention, les rapports de l'étendue, tu en découvrirais un si grand nombre, et tu verrais qu'il en resterait encore tant d'autres à découvrir, que tu demeurerais pleinement convaincu que si tu
«es dans l'ignorance d'un nombre infini de vérités géométriques, cela ne vient nullement du défaut de ton idée, mais uniquement de la faiblesse et de la petitesse de ton esprit. Ainsi les idées pures éclairent parfaitement l'esprit, et par elles on peut satisfaire sa curiosité à l'égard des objets qu'elles représentent.
48. Mais il n'en est pas de même des idées sensibles; les sens
te trompent toujours , et le sentiment intérieur que tu as de toimême n'est jamais accompagné de lumière. Tu me demandes que je t'apprenne ce que c'est que ta substance , ta pensée , ton désir, ta douleur. Tu ne peux connaître clairement ces choses, jusqu'à ce que je le fasse contempler l'idée de ton (Hre , en te découvrant ce qui est en moi qui te représente. Car, hors de moi , rien n'est intelligible. Tu ne peux être ta lumière à toi-même, ni quelque intelligence que ce puisse être à nulle autre intelligence. Tu connais que tu es, et que tu es pensant, aimant, souffrant; parce que tu as sentiment intérieur de ton être et de ses modifications, sentiment confus qui te frappe, mais, encore un coup, sentiment sans lumière qui ne peut t'éclairer ; sentiment qui ne peut l'apprendre ce que lu es, ni servir à résoudre les difficultés qui t'embarrassent.
49. Or, je ne dois point, mon fils, te donner maintenant une idée claire de ta substance, pour deux raisons principales. Premièrement parce que si tu voyais clairement ce que tu es , tu ne pourrais plus être uni si étroitement avec ton corps. Tu ne le regarderais plus comme une partie de toi-même. Malheureux, comme tu es présentement, lu ne veillerais plus à la conservation de ta vie. Enfin lu n'aurais plus de victime à sacrifier à Dieu ; car au lieu que par les misères qui accompagnent la vie et par la mort qui la finit, tu t'offres toi-même en sacrifice à ma justice, à cause que tu regardes ton corps comme ton être propre , lu le croirais au contraire par la mort délivré de tous maux. Ainsi, étant pécheur, il est à propos que tu te prennes pour le corps auquel lu es uni , afin que tu sacrifies ton être propre par le supplice dû à tous les pécheurs.
20. Secondement parce que l'idée d'une âme est un objet si grand et si capable de ravir les esprits de sa beauté, que si tu avais l'idée de ton âme, tu ne pourrais plus penser à autre chose. Car si l'idée 'de l'étendue , qui ne représente que des corps , touche si fort les physiciens et les géomètres, qu'ils oublient souvent tous leurs devoirs pour la contempler; si un mathématicien a tant de joie, lorsqu'il compare des grandeurs entre elles pour en découvrir les rapports, qu'il sacrifie souvent ses plaisirs et sa santé pour trouver les propriétés de quelque ligne , quelle application ne donneraient point les hommes à la recherche des propriétés de leur être propre et d'un être inQnimenl plus noble que les corps? «Quelle joie n'auraient-ils point à comparer entre elles , par une vue claire de l'esprit, tant de modifications différentes dont le seul sentiment, quoique faible et confus, les occupe si étrangement?
%\ . Car il faut que tu saches que l'âme contient en elle-m^
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tout ce que lu vois de beau dans le monde, et que tu attribues aux objets qui t'environnent*. Ces couleurs, ces odeurs, ces saveurs et une infinité d'autres sentiments dont tu n'as jamais été touché , ne sont que des modifications de ta substance. Cette hairmonie qui t'enlève n'e^t point dans l'air qui te frappe l'oreille ; et ces plaisirs infinis, dont leâ plus voluptueux n'ont qu'un faible sentiment, sont renferinés dans la capacité de ton âme. Or, si tu avais une idée claire de toi-même , si tu voyais en moi cet esprit-archétype sur lequel tu as^ été formé , tu découvrirais tant de beautés et tant de vérités en le contemplant, que lu négligerais tous tes devoirs. Tu découvrirais avec une extrême joie que tu serais capable de jouir d'uiie infinité de plaisirs; tu connaîtrais clairement leur nature; tu les comparerais sans cesse entre eux, et tu découvrirais des vérités qui le paraîtraient si dignes de ton application, qu'absorbé dans la conterhplation de'ton être, plein de toi-même, de ta grandeur, de ta iioblésse, de ta beauté, tu ne pourrais plus penser à autre chose. Maïs, mon fils, l)ieu ne t'a pas fait pour ne penser qu'à toi. Il l'a fait pou^ lui. Ainsi je ne te découvrirai point l'idée de ton être, que dans le temps heureux, auquel la vue de l'essence mêrhe'de ton Dieu effacera toutes tes beautés, et te fera mépriser tout ce que tu es pour ne penser qu'à la contempler.
Î2. Or, tant que tu n'auras point l'idée de ton âme présente â l'esprit , tous les efforts que tu feras pour te connaître, te seront inutiles. Je ne te répondrai jamais directemenX, quelque prière que lu me fasses. Car je ne puis te répondre ou t'éclairer, qu'en te faisant voir dans ma substance , toujours lumière , ce que tu souhaites de savoir. Je dis que je ne puis te répondre directement sur ce qui regarde la nature et les propriétés de l'esprit; car si tu y prends garde, ce n'est qu'indirectement et par l'idée claire que tû as du corps , que tu reconnais que ton âme n'est ni matérielle ni mortelle.
23. Tu vois clairement dans l'idée que tu as de l'étendue que toutes les modifications que tu as de la matière se réduisent aux figures ou à certains rapports de distance, et par là tu conclus que le plaisir, la douleur et tout le reste, que tu ne découvres en toi que par lé sentiment intérieur que til as de toi-même, ne peut appartenir à la substapce corporelle, mais à une autre que tu appelles âme, esprit, intelligence; parce que toute manière d'être ne peut subsister sans quelque substance, la manière d'un être n'étant que l'être ou la substance même d'une certaine façon. Or, sachant que ton âme est un être ou une substance distinguée du corps, tu juges