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LE TRIOMPHE DE NOS PAYSAGES

Quoi ! de Tibur, de Lucrétile , Horace a vanté les douceurs !

Et nous , dans un oubli stérile , Mous laissons nos bords enchanteurs !

Nous taisons ces frais Élysées, Ces retraites favorisées De Zéphyr, du calme et des eaux, Où Tœil croit , loin des rives sombres , Voir tout le peuple heureux des ombres Errer encorsous des berceaux !

Serait-ce Tonde du Pénée

Qui serpente dans ces vallons ?

Tivoli , Blanduse , Albunée ,

Vous n'êtes plus que de vains noms.

Ah I mieux que dans les bois d' Algide ,

Orion suit le daim timide

Sous les hauts chênes de Sénar ;

Et Géphule , toujours fidèle ,

Y voit d'une aurore plus belle

Étinceler Fhumide char.

La Seine et T Aurore descendent

Vers la reine de nos cités :

Leurs ondes, leurs rayons , s'étendent

Entre des palais enchantés.

Un double fleuve la partage ;

Le Louvre y baigne son image ,

Peinte dans ce vaste miroir.

Plus loin, le pavillon de Flore »

Verra le soleil qui le dore

Rougir les nuages du soir.

Jardin pompeux, qui nous étales Le faste du trône et des arts , Je laisse tes ombres royales.

Là , m'appelle le champ de Mars ; Là, Vincenne, espoir des dryades; . Passy , fameux par ses naïades ; Auteuil * , qu'aima le dieu des vers ; Fontenay , couronné de roses ; Et toi, Meudon, toi qui reposes Sous des ombrages toujours verts !

La colline qui , vers le pôle ^ , Borne nos fertiles marais , Occupe les enfants d'Éole A broyer les dons de Cérès.

Vanvres , qu'habite Galatée, Sait du lait d'Io , d'Amalthée , Ëpaissir les flots écumeux ; Et Sèvres , d'une- pure argile , Ck)mpose l'albâtre fragile Où Moka nous verse ses feux.

Sans doute l'amant d'Érigone

î Beaa pavUloo des Taileries, aa l)ord de la Seine , à Paspect da midi et da coachaDt.

"^ Village consacré par les maisons de campagne de Boileau et de Molière.

' Montmartre.

De Surène a fui les coteaux ; Mais là Montrei}il fixe Pomone Dans ses labyrinthes nouveaux ; Ici les bois de Romainville Couronnent ce vallon fertile ' Dont le sol n'a jamais trompe, Et qui n'oppose à la rapine Que l'églantier et l'aubépine , Seul rempart du nouveau Tempe !

Mais le dieu léger d'Idalie

Me ramène à ce bois charmant *

Où l'infortune de Pavie

M'offre un antique monument ^,

Mille chars , dans ces routes sombres ,

Se croisant sous leurs vertes ombres ,

Y promènent miHe beautés :

Tous les papillons de Gythère

Y suivent d'une aile légère

Ces cœurs par Zéphire emportés.

Est-ce l'art magique d'Armide - Qui te suspend à ces ex)teaux , Toi 4 qui fais , d'un cours si rapide , Descendre l'ombrage et les eaux ?

Que de cascades bondissantes Tombent en nappes blanchissantes , Et s'engouffrent dans ces bassins, Tandis que l'écume élancée De l'onde par l'onde pressée Rejaillit au front des sapins !

Ah ! pour un mortel adorable ^ Épure tes eaux , tes zéphyrs ,

I Les prés Saint-Gervais.

' Le bois de Boulogne.

3 Le cbAteaa de Madrid.

4 SalDl-Cioud.

* Le comte de Vaudreoil.

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Genevillîers , retraite aimable , Qui charmas ses riants loisirs.

Chez toi les Muses et les Grâces , Gueillaot des roses sur ses traces , Lui prodiguent leurs doux concerts.

Vaudreuil! nom sacré pour mon âme, Oh ! que ne puis-je, en traits de flamme, T'immortaliser dans mes vers !

Hébé , plus fraîche et moins ornée , Plaît mieux que Tauguste Junon :

Versailles, ta pompe étonnée Cède aux grâces de Trianon.

Oui , tes fastueuses merveilles Épuisèrent les doctes veilles Des arts soumis à tes désirs ; Louis te combla de largesses ; Tu me présentes des richesses , Et mon cœur cherche des plaisirs.

Frais bocages de Morfontaines , Que vos aspects sont gracieux!

Que de vos routes incertaines Le dédale est mystérieux!

Qu'avec plaisir, loin des orages , Tu prépares ces doux ombrages , Et que tes jours y seront purs , Toi ' par qui la Seine vengée , D'un vil obstacle dégagée , Coule avec gloire dans nos murs !

Il est donc une autre Vaucluse Vraiment digne de nos concerts , Où, mieux que Laure, une autre muse A Pétrarque eût dicté ses vers !

Maupertuis , que les sources vives , Dans ton beau vallon fugitives ,

Le Pelletier de Morfontaines, alors prévôt des marchands

M'offriraient d*aimables trésors , S'il pouvait en être où réside La muse froide et Fâme aride Du mattre qui glace tes bords !

Que.de Farbre cher à Dodone Nayarre soit toujours paré !

Que toujours le myrte couronne Anet , à Gnide préféré !

Je te consacre à la mémoire , Noble asile qui dus ta gloire Au charme de tes belles eaux < !

Viens , avec tes roches hautaines , Tes bols , tes cygnes, tes fontaines , Décorer mes riches tableaux !

Toi qui m'inspires et m'appelles , Tu ne seras pas oublié , Beau lieu * si cher à nos Apelles , Plus cher encore à Famitié !

Je ne vois plus ta roue humide Blanchir un cylindre rapide De la dépouille des guérets ; Mais garde bien le nom champêtre Que te donna ton premier maître , Utile esclave de Cérès !

Laisse au faste qui se ruine Gâter la nature à grands frais { De ta simplicité divine Conserve les touchants attraits; Ces vieux saules ridés par Fâge, Ce pont caché sous le feuillage , Ces bords aux contours ondoyants , Où la Seine, embrassant tes îles, Se plaît sous les voûtes mobiles

* Fontainebleau.

> MoalinJoH.

De tes ombrages verdoyants.

Je voulais chanter sur ma lyre Ermenonville et Chantilly ; Mais le printemps vient de sourire Dans les bocages de Marly.

Épris de ses grâces nouvelles , Mon cœur y vole sur les ailes Et de Zéphire et de TAmour :

Que j'aime ces légers portiques Ombragés de ces bois antiques, Que respectent les feux du jour !

Vénus n'est plus dans Amathonte , Vénus habite ces jardins :

L'Olympe céderait sans honte Au charme de ces lieux divins.

Là , quand la paisible Diane , Promenant son char diaphane, De ses feux argenté les airs , Des nymphes la troupe folâtre Danse , et foule d'un pied d'albâtre L'émeraude des tapis verts.

Toujours, sur ces rives fleuries , Les Grâces cueillent leurs bouquets ; Toujours les tendres rêveries Sont errantes dans ces bosquets.

Des fleurs l'haleine parfumée, Le doux bruit de l'onde animée, Tout rend ces bords délicieux :

L'œil s'y plaît , le cœur y soupire ; Cest ici que j'aimai Delphire!

Muse , couronne ces beaux lieux !

ODE

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