SUR LE FAUX GOUT DES POÉSIES MODERNES
Mes vers, enfants de la nature , Coulez ayec cette onde pure Qui s'échappe de ses roseaux , Et qu'éveille un libre zéphire , Loin des enceintes de porphyre Où Tairain captive les eaux.
Le choix des fleurs les plus brillantes Que dans ses prisons transparentes Enferme un art ingénieux , Vaut-il ce parterre champêtre , Ces fleurs que Cybèlc a ùlt naître Dans un désordre harmonieux?
Ce n'est pas sous de verts treillages Où l'art sut courber les feuillages , Qu'un rossignol charme les airs :
Ses mélodieuses veillées , Sous les forêts échevelées , Prodiguent leurs plus doux concerts.
Ni l'art , ni sa riche imposture ,
Rien ne répare la nature
Qui manque aux rimes de Bernis ;
D'azur il peint une cabane ,
Et son art , au pinceau d'Albane ,
Prête d'infidèles vernis.
O prodiges nés de sa muse!
Dans l'urne même d'Aréthuse Il verse un Champagne étonné ; Et, plein des images de Guide, Il peindrait l'horrible Euménide Le front de myrtes couronné.
Oui, le temps , par qui tout s'épure , Le temps , vainqueur de l'imposture , Détruit nos frêles immortels.
Pézai n'est plus dans la mémoire; £t Dorât survit à la gloire De ses innombrables pastels.
Tous ces vers brillants et stériles Imitent nos cristaux fragiles ; Et Fart ne fait rien de pareil Aux diamants inaltérables , Dont les étincelles durables Paraissent filles du soleil.
ODE