‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 122 sur 124 · LA SOCIÉTÉ DÉLICIEUSE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ DÉLICIEUSE

Heureux qui , vers le soir, tranquille et sans affaire ,

Rassemble une société Que Minerve eût choisie , et qu'elle-même éclaire ;

Où , loin du profane vulgaire ,

L'âme s'épanche en liberté ;

Où la sagesse ait l'art de plaire;

Où la grandeur soit sans fierté,

'La franchise sans dureté,

Ij'indulgence sans flatterie ,

Les Grâces sans coquetterie ,

Le bon air sans fatuité ,

Le savoir sans pédanterie ,

L'enjouement sans bouffonnerie ,

Le bel esprit sans vanité ,

Et la vertu sans pruderie !

Sar ce que M. de Voltaire, bienfaiteur de mesdemoiselles Coroeille et de Varicourt, les a mariées toutes deux, après les avoir célébrées danit ses vers.

Apollon n*a jamais doté Les belles que chantait sa lyre.

Jamais, deux fois , il n'a fété^ Le dieu d'hymen en son empire; Et même il est, s'il faut le dire , De gueuserie un peu noté.

On sait trop que le vieil Homère ,

De Plutus, hélas! rebuté, Sous les haillons de la misère Courait à rimmortalité ; Que les Muses , portant besace ^ Compagnes de sa pauvreté, Allaient quêtant de place en place.

Quoi! roiympe , auteur de leur race, Put souffrir cette indignité!

D'époux même elles n'ont tâté , Faute d*or, que rien ne remplace ; Puis ont fiadt vœu de chasteté :

Ce fut leur dernière disgrâce !

Enfin Pactole si vanté

De Permesse est devenu frère.

L'union cojnmence à Voltaire ;

Et ce poète bien rente

Fait ce qu'Apollon n'a pu faire :

Il chante et dote la beauté.

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