‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 121 sur 124 · ÉNIGME · texte numérisé non relu

ÉNIGME

Je ne suis point esprit , je ne suis point matière ; Tout mortel me fait naître , et je n'existe pas. Je me joue à mon gré de la nature entière; Je fais la nuit sans ombre , et le jour sans lumière. On me suit au Japon sans esa être plus las. répouyante , je plais, j'élève, j'humilie. Sans raison je suis sage , et suis fou sans folie» Un amant, grâce à moi » même au lit d'un époux «, Caresse sa moitié sans le rendre jaloux. Je sais Fart d'adoucir k beauté la plus rude. Je mets un capucin dans les bras d'une prude.

Par mes caprices inconstants , De Frédéric vainqueur je ferais un esclave. Je taàs coucher un pape au sérail des sultans ; Le mufti, quand je veux , va siéger au conclave. Je puis enfin, sans être factieux ,

Ravir à Louis sa couronne.

Les grâces à d'Egmont , la pudeur à Brionne ;

Et , par un sort capricieux ,

Placer un goujat sur le trône , Un dévot dans l'enfer, un vaurien dans les deux.

A M. DE VOLTAIRE , SDK 60N ARBIT^ A PARIS.

O toi qui, de la Seine enfîa comblant les vœux , Reparais sur ses bords honorés par tes veilles ; Toi dont ma lyre osa , pour le sang des Corneilles,

Implorer le cœur généreux ;

Phénix qui renais de ta cendre, Étonnement du monde , honneur du nom français ,

Voltaire , ne cesse jamais

De nous plaire et de nous surprendre ! Ces quatre-vingts hivers , dont tu braves le faix , |

Semblent, expiant tes succès ,

Moins te vieillir que te défendre.

Oh ! qu'avec tant d'éclat, la vieillesse a d'attraits ! Et qu'il te sera doux , aux jeux de Melpomène,

De voir Aménaïde en pleurs

Intéresser à ses douleurs 1

Les larmes de ta jeune reine !

Les Grâces , triomphant sur le trône des Us , Ont ramené les arts à la cour de Louis. Partage avec Buffon le temple de mémoire ;

Les Muses t'ont donné la gloire ; |

Jupiter désarmé te donne encor la paix.

Sous tes lauriers la foudre expire ;

L'Envie elle-même t'admire; Et la Parque étonnée a suspendu ses traits. Mais ne va point troubler ta joie et nos hommages , Ni de tes ennemis éveiller les fureurs. Va, ce n'est qu'aux bienfaits à venger les grands cœurs. Dans la coupe des dieux bois l'oubli des outrages.

De ton midi les brûlantes ardeurs

N*oût que trop élevé d'orages ; D'un paisible couchant goûte enfin les douceurs : Que ton astre à nos yeux y brille sans «nuages ! Que tes derniers rayons , plus chers à nos rivages ,

N'y fassent naître que des fleurs !

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