‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 34 sur 124 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Monsieur mon cousin,

Je m'étonnais certainement d'être si longtemps sans avoir de vos nouvelles ; mais je ne pensais pas que la cause en fût si triste comme elle est. Il faut louer Dieu , de quelque façon et en quelque temps qu'il dispose de nous ou des nôtres. Bien est-il malaisé de recevoir de si pesants coups sans donner quelque signe de ressentiment. Mais il en faut toujours revenir là , que c'est un passage nécessaire à tout ce qui vit au monde , et que si aujourd'hui nous perdons et pleurons, demain nous serons perdus et pleures à notre tour. Je vous en dirais davantage ; mais en semblables occasions les paroles ont plus d'ostentation que d'effet. Nous attendons ici les remontrances du parlement. On tient que c'est pour demain. Si ces gens eussent rejeté le rétablissement de la paulette , ils donneraient meilleure opinion qu'Us ne font , et leur harangue serait de meilleure odeur. Mais où sont ceux qui ne sont point sensibles à leur intérêt? Je ne sais si c'est au ciel , mais je sais bien qu'il n'y en eut jamais en terre , et qu'il ne faut pas espérei qu'il y en ait jamais. Les préparatifs des mariages se font avec hâte. L'on croit que l'on partira à la mi-juin. Je ne pense pas que

• Ce mol, qui depais longtemps n'est plus en usage, s'employait autrefois comme synonyme de piteuse.

ce soit précisément au quinzième , mais je tiens que ce ne sera pas bien longtemps après. Adieu, monsieur mon cousin. Je suis votre très-humble et très-affectionné serviteur.

A Paris, ce 20 de mai 1615.

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