AU MÊME
Monsieur mon cousin,
J*ai ce matin reçu votre paquet, dans lequel étaient les mémoires que vous m'avez envoyés. Je les ai vus , et couru par-dessus , sans y avoir rien trouvé qui puisse servir à l'ouvrage qui se fait. C'est pourquoi je vous les renvoie. II n'est question que de trouver des choses générales , où toute la noblesse soit comprise ; et faut que ce soient de vieux documents de trois ou quatre cents ans. Dans ces cahiers où sont les membres de notre noblesse , il est fait mention d'un livre de Navarre , héraut d'armes , et d'une histoire d'outre-mer. Si cela se pouvait recouvrer, ce serait une bonne affaire ; car, comme je vous ai déjà mandé , celui qui travaille à l'histoire de Normandie n'y met rien du sien , mais ramasse , avec tout ce qu'il a déjà d'imprimé sur ce sujet , tout ce qu'il peut trouver de livres écrits à la main. Et certainement c'est ce qui sera le meilleur, pource que , s'il parlait des maisons ou personnes en particulier, il serait suspect d'avoir donné quelque chose à son affection. De cette façon, ne faisant que mettre en lumière de vieux livres, ce qui y sera n'aura ni doute ni soupçon de faveur ou flatterie. Pour notre maison , vous n'aurez que faire de vous en mettre en peine : il n'y a pas un livre où elle ne soit ; et tout exprès je ne veux en façon du monde voir celui qui fait le recueil , pour ne donner matière de croire qu'il y ait mis quelque diose à ma requête. Le livre que j'avais envoyé quérir en Angleterre est venu , mais il est imparfait. J'y renvoie pour avoir ce qui reste , et pour avoir aussi de leur main le catalogue de ceux qui ont suivi le duc Guillaume en Angleterre. Il ne faut pas douter que nous n'y soyons , aussi bien qu'aux mémoires qui s'en trouvent par deçà. Vous aurez vu ce que dit de. nous Camdenus. Je lui ai fait écrire par un de ses amis , pour savoir de lui d'où il l'a tiré. Entre autres seigneuries très-grandes que perdit Payen-Mal-
herbe pour avoir appelé Louis , fils de Philippe-Auguste ', il met BoctOD-Malhei'beenla comté de Kent près deLenham , qui a été si longtemps en cette maison qu'il en a retenu le nom. J'ai fait venir la carte d'Angleterre , où est ladite seigneurie de Bocton-Malherbe. J'espère que par la réponse de M. de Camdenus nous apprendrons quelque chose de plus. Je n'ai que faire de l'arbre de généalogie que feu mon père avait dressé ; car, comme je vous ai dit , il n'est pas question de rien dire de nous en particulier, mais de faire généralement imprimer tout ce qui se trouve de l'histoire de Normandie y où, puisque nous nous trouvons , il faut louer Dieu ; pource que , si nous n'y étions , ce serait en vain que nous désirerions ni espérerions de nous y faire ajouter. Je suis , monsieur mon cousin , votre serviteur très-humble et très-affectionné.
A Paris , ce 16 de juin 16I8.