‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 39 sur 124 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Monsieur mon cousin.

Je ne pensais pas, quand je vous écrivis ma dernière lettre , que la réponse que vous m'y feriez dût être accompagnée d'une si pitoyable nouvelle comme celle que vous me mandez. Ce n'est pas que la fortune ne me soit toujours suspecte; mais étant notre vie exposée à autant de ses injures que nous avons de choses qui nous sont chères, il n'est pas possible de prévoir qui sera le premier endroit où nous en serons assaillis. Je dois bien croire, monsieur mon cher cousin, et votre lettre me le fait paraître assez clairement , que vous êtes encore çn un état où les consolations vous seraient des offenses ; c'est pourquoi vous n'en recevrez point de moi. Vous avez perdu une des meilleures et des plus aimables femmes du monde : j'aurais mauvaise grâce de vous parler ou d'être insensible en cette infortune , ou de ne la sentir que légèrement. Non , non , mon , cher cousin , satisfaites à votre devoir, satisfaites à votre bon na*

tarel, et satisfaites encore à la pauvre défunte, qui sans doute ne peut être mieux assurée du plaisir que vous avez eu en sa compagnie , que par les témoignages que vous rendrez du regret d*en être privé. Je vous donne certes un conseil bien extraordinaire; mais je le fais d'autant plus hardiment, que je sais qu'il est selon votre humeur, et que vous savez qu'il est selon la mienne. J'en ai fait de même quand j'en ai eu les mêmes occasions. Dieu, qui vous a envoyé cette affliction, vous la récompensera, s'il lui plait, par la conservation de ce qui vous reste. Je la vous souhaite , monsieur mon cher cousin , et avec elle toutes sortes de nouvelles prospérités, comme celui qui est toujours votre très-humble et très-affectionné serviteur.

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