‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 6 sur 124 · A M. DE LA GARDE · texte numérisé non relu

A M. DE LA GARDE

au sujet de son Histoire sainte .

La Garde , tes doctes écrits Montrent les soins que tu as pris A savoir tant de belles choses ; £t ta prestance et tes discours Étalent un heureux concours De toutes les grâces écloses.

Davantage tes actions

Captivent les affections

Des cœurs , des yeux , et des oreilles ;

Forçant les personnes d'honneur

De te souhaiter tout bonheur

Pour tes qualités nonpareilles.

Tu sais bien que je suis de ceux

Qui ne sont jamais paresseux

A louer les vertus des hommes ;

Et dans Paris , en mes vieux ans ,

Je passe à ce devoir mon temps ,

Au malheureux siècle où nous sommes.

Mais, las ! la perte de mon fils , Ses assassins d'orgueil bouffis , Ont toute ma vigueur ravie ; L'ingratitude et peu de soin

■ Nous aurions dû supprimer cette ode, qui n'était sûrement pas destinée à voir le Jour. Tirée par le P. Bougerel des lettres de Malherbe à M. de Peiresc, elle fut imprimée pour la première fois dans la conti> nualion des Mémoires de littérature et d'histoire de Sallengre. Malherbe la composa sur la fin de ses Jours , et déjà atteint de la maladie dont il mourut : l'état de faiblesse où il se trouvait explique sa médiocrité, ai les nombreuses négligences qu'elle renferme. A. Ghénier la déclare détes< table , et indigne du rimailleur le plus obscur.

Que montrent les grands au besoin De douleurs accablent ma vie.

Je ne* désiste pas pourtant D^étre dans moi-même content D'avoir vécu dedans le monde , Prisé, quoique vieil , abattu, Des gens de bien et de vertu ; Et voilà le bien qui m'aboude.

Nos jours passent comme le vent ; Les plaisirs nous vont décevant ; Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles * d'un jour :

Grandeurs, richesses, et l'amour.

Sont fleurs périssables et vaines.

Nous avons tant perdu d'amis, Et de biens par le sort transmis Au pouvoir de nos adversaires !

Néanmoins nous voyons, du port , D'autrui les débris et la mort, En nous éloignant des corsaires.

Ainsi puissions-nous voir longtemps Nos esprits libres et contents Sous riniluence d'un bon astre !

Que vive et meure qui voudra :

La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.

Le soldat, remis par son chef, Pour se garantir de méchef , En état de faire sa garde.

N'oserait pas en déloger Sans congé , pour se soulager.

Nonobstant que trop il lui tarde.

< Flfiirs éphémères , dont la beauté ne dure qu*uo Jour. D\n jour fait pléonasme.

Car, s'il procédait autrement, Il serait puni promptement Aux dépens de sa propre vie.

Le parfait chrétien tout ainsi, Cr^ pour obéir aussi, Y tient sa fortune asservie.

1] ne doit pas quitter ce lieu Ordonné par la loi de Dieu ; Car l'âme qui lui est transmise Félonne ne doit pas fuir Pour sa damnation encourir , Et être en l'Érèbe remise.

Désolé je tiens ce propos ,

Voyant approcher Atropos

Pour couper le nœud de ma trame :

Et ne puis ni venac l'éviter ,

Moins aussi la précipiter;

Car Dieu seul commande à mon âme.

Non, Malherbe n'est pas de ceux Que l'esprit d'enfer a déceus Pour acquérir la renommée De s'être affranchis de prison Par une lame, ou par poison , Ou par une rage animée.

Au seul point que Dieu prescrira ,

Mon âme du corps partira

Sans contrainte ni violence :

De l'enfer les tentations ,

Ni toutes mes afflictions,

Ne forceront p(Hnt ma constance.

Mais , la Garde, voyez comment On se djsvague > doucement,

* Oh ie fourvoie.

Et comme notre esprit agrée De s'entretenir près et loin, Ëncor qu'il n'en soit pas besoin , Avec Tobjet qui le récrée.

Tavais mis la plume à la main , Avec l'honorable dessein De louer votre sainte Histoire :

Mais l'amitié que je vous dois Par delà ce que je voulois A fait débaucher ma mémoire.

Vous m'étiez présent à l'esprit , En voulant tracer cet écrit ; Et me semblait vous voir paraître Brave et galant en cette cour, Où les plus huppés à leur tour Tâchaient de vous voir et connaître.

Mais ores à moi revenu , Comme d'un doux songe avenu Qui tous nos sentiments cajole.

Je veux vous dire franchement, Et de ma façon librement.

Que votre Histoire est une école.

Pour moi, dans ce que j'en ai veu , J'assure qu'elle aura l'aveu De tout excellent personnage : ^ Et, puisque Malherbe le dit.

Cela sera sans contredit; Car c'est un très-juste présage.

Toute la France sait fort bien Que je n'estime ou reprends rien Que par raison et par bon titre , Et que les doctes de mon temps Ont toujours été très-contents De m'élire pour leur arbitre.

La Garde, vous m'en croirez do&c , Que si gentilhomme fut onc Digne d'étemelle mémoire , Par vos vertus vous le serez, Et votre los rehausserez Par votre docte et sainte Histoire.

FRAGMENT

Tantôt nos navires, braves < De la dépouille d'Alger, Viendront les Mores esclaves A Marseille décharger^ Tantôt, riches de la perte De Tunis et de Biserte, Sur nos bords étaleront Le coton pris en leurs rives , Que leurs pucelles captives En nos maisons Oleront >.

FRAGMENT

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