A M. LE DUC DE BELLEGÂADE
grand écayer de France.
A la fin c'est trop de silence En si beau sujet de parier:
Le mérite qu'on veut celer
mettre, je remanjae les mots bonaoe« oalr, ire, rancœur, labeur, aveoqae , où que pour en quelque lieu que , chena , otieux , quérir , choir, reliqaes pour restes ^ débris, amarante pour la peur appelée immortelle, qui sont enUërement ou presqae entièrement hors d'usage (A.-F. D.)
* 'AfJiapavTO;, fleur qui ne se flétrit pas, immortelle.
* Malherbe composa cette ode deux ans avant la mort de Henri lY. Il faisait alors partie de la maison du duc de Bellegarde, qui lui donnait mille livres de pension avec la table , et lui entretenait un homme et un cheval.
A te venger animée.
Ta ne mets dans le tombeau Ces voisins, dont les pratiques De nos rages domestiques Oot allumé le flambeau?
Souffîre ime injuste violence
Bellegarde, unique support
Où mes voeux ont trouvé leur port ,
Que tarde ma paresse ingrate
Que déjà ton bruit < nonpareil
Aux bords du Tage et de FEuphrate
N'a vu l'un et l'autre soleil ?
Les Muses, hautaines et braves, Tiennent le flatter odieux , Et , comme parentes des dieux , Ne parlent jamais en esclaves :
Mais aussi ne sont-elles pas De ces beautés dont les appas Ne sont que rigueur et que glace , £t de qui le cerveau léger.
Quelque service qu'on leur fasse, Ne se peut jamais obliger.
La vertu , qui de leur étude Est le fruit le plus précieux , Sur tous les actes vicieux Leur fait haïr l'ingratitude ; Et les agréables chansons , Par qui leurs doctes nourrissons Savent charmer les destinées , Récompensent un bon accueil De louanges que les années Ne mettent point dans le cercueil.
Les tiennes , par moi publiées.
Je le jure sur les autels ,
En la mémoire des mortels
Ne seront jamais oubliées ;
Et l'éternité que promet
La montagne au double sommet
N'est que mensonge et que fumée ,
I Bruit est ici pour renommée. Les Italiens disent de môme il grido.
4î LIVRlL I.
Ou je rendrai cet univers Amoureux de ta renommée, Autant que tu Tes de mes vers.
Gomme, en cueillant une guirlande , L'homme est d'autant plus travaillé Que le parterre est émaillé D'une diversité plus grande ; Tant de fleurs de tant de côtés Faisant paraître en leurs beautés L'artifice de la nature , Il tient suspendu son désir, Et ne sait en cette peinture Ni que laisser, ni que choisir :
Ainsi, quand , pressé de la honte Dont me fait rougir mon devoir , Je veux une œuvre concevoir Qui pour toi les âges surmonte , Tu me tiens les sens enchantés De tant de rares qualités Où brille un excès de lumière , Que plus je m'arrête à penser Laquelle sera la première , Moins je sais par où commencer.
Si nommer en son parentage Une longue suite d'aïeux Que la gloire a misnians les deux Est réputé grand avantage , De qui n'est-il point reconnu Que toujours les tiens ont tenu Les charges les plus honorables Dont le mérite et la raison , Quand les destins sont favorables « Parent une iUustre maison?
Qui ne sait de quelles tempêtes
Leur fatale main autrefois , Portant la foudre de nos rois , Des Alpes a battu les têtes?
Qui n'a vu dessous leurs oorobats Le Pô mettre les cornes bas, Et les peuples de ses deux rives , Dans la frayeur ensevelis , Laissa leurs dépouilles captives A la merci des fleurs de lis ?
Mais de chercher aux sépultures Des témoignages de valeur , Cest à ceux qui n'ont rien du leur Estimable aux races futures; Non pas à toi , qui , revêtu De tous les dons que la vertu Peut recevoir de la fortune, Connais que c'est que du vrai bien , Et ne veux pas , comme la lune , Luire d'autre feu que du tien.
Quand le monstre infâme d'Envie,
A qui rien de Tautrui ne plaît ,
Tout lâche et perfide qu'il est.
Jette les yeux dessus ta vie ,
Et te voit emporter le prix
Des grands cœurs et des beaux esprits
Dont aujourd'hui la France est pleine,
Est-il pas contraint d'avouer
Qu'il a lui-même de la peine
A s'empêcher de te louer?
Soit que l'honneur de la carrière Tappelle à monter à cheval.
Soit qu'il se présente un rival Pour la lice ou pour la barrière , Soit que tu donnes ton loisir
4t LIVRE I.
A prendre quelque autre plaisir Éloigné des molles délices; Qui ne sait que toute la cour A regarder tes exercices Comme à des théâtres accourt ?
Quand tu passas en Italie, Où tu fus quérir pour mon roi Ce joyau d'honneur et de foi DontFAme à la Seine s'allie, Thétis ne sUivit-elle pas Ta bonne grâce et tes appas , Comme un objet émerveillable?
Et jura qu'avecque Jason Jamais Argonaute semblable N'alla conquérir la toison.
Tu menais le blond Hyménée, Qui devait solennellement De ce fatal ' accouplement Célébrer l'heureuse journée.
Jamais il ne fut si paré , Jamais en son habit doré Tant de richesses n'éclatèrent; Toutefois les Nymphes -du lieu.
Non sans apparence , doutèrent Qui de vous deux était le dieu.
De combien de pareilles marques»
Dont on ne me peut démentir»
Ai -je de quoi te garantir Contre les menaces des Parque», Si ce n'est qu'un si long discours A de trop pénibles détours , Et qu'à bien dispenser les choses.
Il faut mêler pour un guerrier
Fatalis, prédit par les destins.
A peu de myrte et peu de roses , Force palme et force laurier !
Aciûile était haut de corsage ; L'or éclatait eu ses cheveux ; Et les dames avecque vœux Soupiraient après son visage ; Sa gloire à danser et chanter, Tirer de l'arc, sauter, lutter, A nulle autre n'était seconde :
Mais s'il n*eût rien eu de plus beau , Son nom , qui vole par le monde , Serait-il pas dans le tombeau?
S'il n'eût , par un bras homicide Dont rien ne repoussait l'effort , Sur Ilion vengé le tort Qu'avait reçu le jeune Atride , De quelque adresse qu'au giron Ou de Phénix , ou de Chiron , Il eût Êdt son apprentissage , Notre âge aurait-il aujourd'hui Le mémorable témoignage Que la Grèce a donné de lui?
Cest aux magnanimes exemples Qui sous la bannière de Mars Sont faits au milieu des hasards, Qu'il appartient d'avoir des temples ; Et c'est avecque ces couleurs Que rhistoire de nos malheurs Marqu^a si bien ta mémoire, Que tous les siècles à venir ITauront point de nuit assez noire Pour en cacher le souvenir.
En ce long temps, où les manies D'un nombre infini de mutins
46 LIVRE l
Poussés de dos mauvais destins Ont assouvi leurs félonies , Par quels faits d'armes valeureux , Plus que nul antre aventureux , N'as-tu mis ta gloire en estime , Et déclaré ta passion Contre l'espoir illégitime De la rebelle ambition!
Tel que d'un effort difficile
Un fleuve au travers de la mer,
Sans que son goût devienne amer,
Passe d'Élide en la Sicile ;
Ses flots , par moyens inconnus
En leur douceur entretenus ,
Aucun mélange ne reçoivent ,
Et dans Syracuse arrivant
Sont trouvés , de ceux qui les boivent,
Aussi peu salés que devant :
Tel , entre ces esprits tragiques , Ou plutôt démons insensés , Qui de nos dommages passés Tramaient les funestes pratiques , Tu ne t'es jamais diverti De suivre le juste parti ; Mais , blâmant l'impure licence De leurs déloyales humeurs , As toujours aimé l'innocence , Et pris plaisir aux bonnes mœurs.
Depuis que , pour sauver sa terre , Mon roi , le plus grand des humains, Eut laissé partir de ses mains Le premier trait de son tonnerre , Jusqu'à la fin de ses exploits , Que tout eut reconnu ses lois , A-t-il jamais défait armée ,
Pris ville , ni forcé rempart , Où ta valeur accoutumée rTait eu la principale part ?
Soit que près de Seine et de Loire Il pavât les plaines de morts , Soit que le Rhône outre ses bords Lui vit faire éclater sa gloire , Ne Tas-tu pas toujours suivi , Ne Fas-tu pas toujours servi , £t toujours par dignes ouvrages Témoigné le mépris du sort , Que sait imprimer aux courages Le soin de vivre après la mort?
Mais quoi ! ma barque vagabonde Est dans les syrtes bien avant.
Et le plaisir, la décevant , Toujours l'emporte au gré de Tonde.
BeUegarde , les matelots Jamais ne méprisent les flots , Quelque phare qui leur éclaire :
Je ferai mieux de relâcher, Et borner le soin de te plaire , Par la crainte de te fâcher.
L'unique but où mon attente Croit avoir raison d'aspirer, Cest que tu veuilles m'assurer Que mon offrande te contente :
Donne-m'en d'un clin de tes yeux Un témoignage gracieux ; Et si tu la trouves petite , Ressouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite.
Ayant beancoup d'affection.
Ainsi de tant d'or et de soie
kë LIVRE I.
Ton fige dévide son cours , Que tu reçoives tous les jours Nouvelles matières de joie !
Ainsi tes honneurs fleunssants De jour en jour aillent croissants , Malgré la fortune contraire !
Et ce qui les fait trébucher De toi ni de Termes ton frère Ne puisse jamais approcher !
Quand la faveur, à pleines voiles, Toujours compagne de vos pas , Vous ferait devant le trépas Avoir le front dans les étoiles , Et remplir de votre grandeur Ce que la terre a de rondeur ; Sans être menteur, je puis dire Que jamais vos prospérités N'iront jusques où je désire , Ni jusques où vous méritez.
ODE
A LÀ REINE MARIE DE MÉDICIS sur les heareax saccès de sa régence K
N3rmphe qui jamais ne sommeilles * , Et dont les messages divers En un moment sont aux oreilles Des peuples de tout l'univers , Vole vite ; et de la contrée
* Après 1o déplorable assassinat du 14 mai I6I0, Marie deMédicis prit les rênes de TÈtat En considération de cette ode, la reine fit à Mallierbe une pension de 1500 Jivres, somme importante alors.
' Cette apostrophe est noble et belle, dit A. Cbénier, qui remarque que cette ode est Tune des. plus belles pour le plan , la richesse du Ytyle, la nouveauté des images , la hardiesse et la force de Texpression.
Par où le jour ùlt son entrée , Jusqu'au rivage de Calis > , Conte sur la terre et sur l'onde Que l'honneur unique du monde, C'est la reine des fleurs de lis.
Quand son Henri , de qui la gloire Fut une merveille à nos yeux , Loin des hommes s'en alla boire Le nectar avecque les dieux * , En cette aventure effroyable A qui ne semblait-il croyable Qu'on allait voir une saison Où nos brutales perfidies Feraient naître des maladies Qui n'auraient jamais guérison ?
Qui ne pensait que les Furies Viendraient des abîmes d'enfer En de nouvelles barbaries Employer la flamme et le fer ; Qu'un débordement de licence Ferait souffirir à l'innocence Toute sorte de cruautés , Et que nos malheurs seraient pires Que naguère sous les Busires ^ Que cet Hercule avait domptés 4?
Toutefois, depuis Finfortune De cet abominable jour, A peine la quatrième lune
> Cadix. Da temps de Malherbe, on disait Calis en France et en Espagne*
* Qnos Inter Augustns recambens
Parpareo bibit ore nectar. Hor.
' Basiris, tyran d*Êg3nDte, fameux par ses cruautés.
* La marche de cette strophe el de la précédente , signalées par Â. Ch^ nier, présentent une belle image , supérieurement rendue , et dont le développement donne de la chaleur à l'ode , et est flatteur pour la reine.
Achève de faire son tour; Et la France a les destinées Pour elle tellement tournées Contre les vents séditieux , Qu'au lieu de craindre la tempête , Il semble que jamais sa tête . P9e fut plus voisine des deux.
Au delà des bords de hr M«use L'Allemagne a vu nos guerriers Par une conquête fiaimeuse < Se couvrir le front de lauriers.
Tout a fléchi sous leur menace; L'aigle même leur a fait place , Et , les regardant approcher Gomme lions à qui tout cède , N'a point eu de meilleur remède Que de fuir et se cacher.
O reine , qui , pleine de charmes Pour toute sorte d'accidents <, As borné le flux de nos larmes En ces miracles évidents, Que peut la fortune publique Te vouer d'assez magnifique, Si, mise au rang des immortels .
Dont ta vertu suit les exemples , Tu n'as avec eux dans nos temples Des images et des autels ?
Que saurait enseigner aux princes Le grand démon > qui les instruit, Dont ta sagesse en nos provinces Chaque jour n'épande le fruit?
Et qui justement ne peut dire ,
^ L\ ville de Julien , reprise par le maréchal de la Châtre.
^ Aai{JUi>v, génie , est poétique, et devrait être employé dans ce spn«.
A te voir régir cet empire, Que , si ton heur était pareil A tes admirables mérites , Tu ferais dedans ses limites > Lever et coucher le soleil?
Le soin qui reste à nos pensées , O bel astre ! c'est que toujours Nos félicités commencées Puissent continuer leur cours.
Tout nous rit , et notre navire A la bonacé qu'il désire :
Mais si quelque injure du sort Provoquait Tire de Neptune , Quel excès d'heureuse fortune Nous garantirait de la mort ?
Assez de funestes batailles • Et de carnages Inhumains Ont fait en nos propres entrailles Rougir nos déloyales mains ' :
Donne ordre que sous ton gém'e Se termine cette manie , Et que , las de perpétuer Une si longue malveillance, Nous employions notre vaillance Ailleurs qu'à nous entretuer.
La Discorde aux crins de couleuvres^,
* Les limites de la France, et non- celles du soleil. H pourrait y avoir équivoque. Racine a dit :
Kt renferma les men dans tos Taatet limites,
* Corneille a dit :
Et de leurs propres mains déchirent leurs entrailles.
L'expression de Malherbe semble à A. Chénier plus forte encore.
* Crins a été également employé par Racine, parlant de Chalcas. Dans ce passage de Malherbe , A. Chénier remarque avec raison que
crins vaut bien mieux que cheveux.
Cette strophe et la précédente sont admirables : on n*a rien écrit de plœ ferme , de plus précis, de plus élégant, de plus gracieux
h1 LIVRE I.
Peste fatale aux potentats , Ne finit ses tragiques œuvres Qu'en la fin même des États.
D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie '^ Et d'elle prirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau «.
C'est en la paix que toutes choses
Succèdent selon nos désirs ;
Comme au printemps naissent les roses ,
En la paix naissent les plaisirs ;
Elle met les pompes aux villes ,
Donne aux champs les moissons fertiles,
Et , de la majesté des lois
Appuyant les pouvoirs suprêmes »
Fait demeurer les diadèmes
Fermes sur la tête des rois.
Ce sera dessous cette égide Qu'invincible de tous côtés Tu verras ces peuples sans bride Obéir à tes volontés ; Et , surmontant ^ leur espérance , Remettras en teUe assurance Leur salut , qui fut déploré ^ , Que vivre au siècle de Marie , Sans mensonge et sans flatterie, Sera vivre au siècle doré.
■ La guerre de Troie.
* lA guerre de Thèbes, entre Ëtéocle et Polynice. ^ Surmontant , pour surpassant
* Et deplorata coloal
Vota Jacent.
Que de richesses notre langue a perdues !
Les Muses , les neuf belles fées t Dont les bols suivent les chansons , Rempliront de nouveaux Orphées La troupe de leurs nourrissons ; Tous les vœux seront de te plaire ; Et si ta faveur tutélaire Fait signe de les avouer, Jamais ne partit de leurs veilles Rien qui se compare aux merveilles Qu'elles feront pour te louer.
En cette hautaine entreprise , Commune à tous les beaux esprits , Plus ardent qu'un athlète à Pise , Je me ferai quitter le prix ; Et quand j'aurai peint ton image , Quiconque verra mon ouvrage, Avouera que Fontaine-Bleau , Le Louvre , ni les Tuileries , En leurs superbes galeries N'ont point un si riche tableau.
Apollon à portes ouvertes * Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de vieillir.
Mais l'art d'en faire des couronnes N'est pas su de toutes personnes ; Et trois ou quatre seulement, Au nombre desquels ^ on me range ,
* Ce mot est beaa. Il vient du làiin fata, fatœ ; et ainsi il convient bien aux Muses. (Mén. ) — Boileaa a dit de même : Sans cesse pouTsalrant ces fagiUTcs fées.
' Proverbe grec, qui dit que « les portes des Muses sont ouvertes à tout le monde. »
3 Lequel est banni de la poésie , dit Ménage , qui remarque que Malherbe, dans toutes ses poésies, ne s'est servi de lequel que dans cet endroit, et dans Tode à M. de Bellegarde.
»'i LIVRE I.
peuvent donner une louange Qui demeure étemeUement.
ODE
A LA REINE MARIE DE MËDICIS < , pendant sa régence j après la première guerre des princes, en I6I4.
Si quelque avorton de l'envie Ose encore lever les yeux, Je veux bander contre sa vie L'ire de la terre et des deux , £t dans les savantes oreilles Verser de si douces merveilles , Que ce misérable corbeau , Comme oiseau d'augure sinistre Banni des rives du Caïstre' , S'aille cacher dans le tombeau.
Venez donc, non pas habillées ' Comme on vous trouve quelquefois En jupes dessous les feuillées , Dansant au silence des bois :
Venez en robes où l'on voie Dessus les ouvrages de soie Les rayons d'or étinceler ; Et chargez de perles vos têtes , Comme quand vous aUez aux fêtes Où les dieux vous font appeler.
Quand le sang bouillant en mes veines Me donnait de jeunes désirs, Tantôt vous soupiriez mes peines 4 »
< Racan dit que cette ode n'est pas complète.^
3 Fleuve de Lydie, très-fréquenté par les poètes , an dire des poêles.
(MÉN.)
' Probablement dans les strophes perdues qui précédaient celles-là, Malherbe invoquait les Muses.
* C'est-à-dire , vous chantiez mes peines en soupirant. Tous nos portes
Tantôt vous chantiez mes plaisirs :
Mais aujourd'hui que mes amiées Vers leur fin s'en vont terminées , Siérait-il bien à mes écrits D'ennuyer les races futures Des ridicules aventures D'un amoureux en cheveux gris?
Non, vierges , non : je me retire De tous ces frivoles discours ; Ma reine est un but à ma lyre Plus juste que nulles amours ; Et quand j'aurai, comme j'espère, , Fait ouïr, du Gange à l'Ibère, Sa louange à tout l'univers , Permesse me soit un Qocyte , Si jamais je vous sollicite De m'aider à faire des vers !
Aussi bien , chanter d'autre chose Ayant chanté de sa grandeur, Serait-ce pas après la rose Aux pavots chercher de l'odeur, Et des louanges de la lune Descendre.à la clarté commune D'un de ces feux du firmament Qui , sans profiter et sans nuire , N'ont reçu l'usage de luire Que par le nombre seulement?
Entre les rois à qui cet âge Doit son principal ornement , Ceux de la Tamise et du Tage
ffunçais tant andeos qae modernes ont employé le mot soupirer dans la signification acUve. Les poètes italiens ont aassi usé de saspirare en la même signification , qu'ils ont prise comme nous des Latins.
Te tenet; absentes alios reitpirat amores.
TiB., Elcg. VII., V. «. (MÉw.)
Font louer leur gouvernement :
Mais en de si calmes provinces , Où le peuple adore les princes , Et met au degré le plus haut L'honneur du sceptre légitime , Saurait-on excuser le crime De ne régner pas comme il faut ?
Ce n'est point aux rives d'un fleuve Où dorment les vents et les eaux Que fait sa véritable preuve L'art de conduire les vaisseaux :
Il faut eh la plaine salée Avoir lutté contre Malée * , Et f près du naufrage dernier, S*étre vu dessous les Pléiades Éloigné de ports et de rades , Pour être cru bon marinier.
Ainsi quand'la Grèce , partie D*où le mol Anaure > coulait , Traversa les mers de Scythie ^ En la navire qui parlait* , Pour avoir su des Gyanées Tromperies vagues forcenées , Les pilotes du fils d'Éson 4 , Dont le nom jamais ne s'effiace , Ont gagné la première place En la fable de la Toison.
Ainsi Y conservant cet empire Où rinfidélité du sort , Jointe à la nôtre encore pire, Allait faire un dernier effort^
> Promontoire de la Lacooie « fameax par ses naufrages.
* Fleuve paisible de laThessalie. Son nom, àvaupoç, signifie sans vent,
3 Le navire Argo.
Mason.
Ma reine acquiert à ses mérites Un nom qui n'a point de limites , £t, ternissant le souvenir Des reines qui Font précédée ^ Devient une étemelle idée De celles qui sont à venir.
Aussitôt que le coup tragique Dont nous fûmes presque abattus Eut fait la fortune publique ^ L'exercice de ses vertus, En quelle nouveauté d'orage Ne fut éprouvé son courage !
Et quelles malices de flots , Par des murmures effroyables, A des vœux à peine payables rTobligèrent les matelots !
Qui n'ouït la voix de Bellone , Lasse d'un repos de douze ans , Telle que d'un foudre qui tonne , Appeler tous ses partisans , Et déjà les rages extrêmes Par qui tombent les diadèmes Faire appréhender le retour De ces combats dont la manie Est l'étemelle ignominie De Jamac et de Moncontour!
Qui ne voit encore à cette heure Tous les infidèles cerveaux Dont la fortune est la meilleure Ne chercher que troubles nouveaux, Et ressembler à ces fontaines Dont les conduites souterraines Passent par un plomb si gâté , Que , toujours ayant quelque tare ,
Au même temps qu'on les répare L*eau s'enfiiit d'un autre côté ?
La paix ne voit rien qui menace De feire renaître nos pleurs; Tout s'accorde à notre bonaoe ; Les hivers nous donnent des fleurs ; Et si les pâles Euménides Pour réveiller nos parricides Toutes trois ne sortent d'enfer , Le repos du siècle où nous sommes Va faire à la moitié des hommes Ignorer que c'est que le fer.
Thémis, capitale ennemie Des ennemis de leur devoir , Comme un rocher est affermie En son redoutable pouvoir ; Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que mordre ; Et les lois , qui n'exceptent rien De leur glaive et de leur balance , Font tout perdre à la violence Qui veut avoir plus que le sien.
Nos champs même ont leur abondance ■ Hors de l'outrage des voleurs ; Les festins , les jeux et la danse En bannissent toutes douleurs.
Rien n'y gémit, rien n'y soupire; Chaque Amarylle a son Tityre :
Et, sous l'épaisseur des rameaux.
Il n'est place où l'ombre soit bonne
* « Cette strophe est pleine de grâce, et les images moites et naives contrastent d*aae manière aimable et facile avec les peintures fortes qui ont précédé, » dit Â. Ghénier. Les six derniers vers sont surtout admirables, et respirent toute la grâce et toute la douceur de Virgile. M. le duc du Maine les appelait un beau paysage.
Qui soir et matin ne résonne Ou de Yoix ou de chalumeaux
Puis, quand ces deux grands liyménées Dont le fatal embrassement Doit aplanir les Pyrénées Auront leur accomplissement, Devons-nous douter qu'on ne voie »
Pour accompagner cette joie , ■ L'encens germer en nos buissons , La myrrhe couler en nos rues, Et sans Tusage des charrues Nos plaines jaunir de moissons ?
QueUe moins hautaine espérance Pourrons-nous concevoir alors , Que de conquéter < à la France La Propontide en ses deux bords , £t, vengeant de succès prospères Les infortunes de nos pères Que tient l'Egypte ensevelis » , Aller si près du bout du monde Que le soleil sorte de Tonde Sur la terre des fleurs de lis ?
Certes ces miracles visibles , Excédant le penser ^ humain , Ne sont point ouvrages possibles .
A moins ^ qu'une immortelle main :
Et la raison ne se peut dire
* De conquœrere, conguistare, conqueeiire , nous avons fait les mots conquerre, conquéter, conquérir : le dernier seul noasest resté. Nous aTons aussi pour le simple , quérir, venu de quarere,
^ Allusion aux croisades.
* Hellénisme. Les Grecs construisaient de même leurs infinitifs avec Tarticle, pour faire des substantifs. Nous disons encore ai^jourd'hui le tioire, le manger, etc ; nous ne dirions plus U^penser.
* A moins d^une a prévalu. A moins qu*à vne est conforme à la grammaire; mais Télision est trop rude.
00 UYRE I.
De nous voir en notre navire A.si bon port acheminés ; Ou , sans fard et sans flatterie , C'est Pallas que cette Marie Par ^ui nous sommes gouvernés.
Mais qu'elle soit nymphe ou déesse , De sang immortel , ou mortel , II faut que le monde confesse Qu'il ne vit jamais rien de tel :
£t quiconque fera l'histoire De ce grand chef-d'œuvre de gloire , L'incrédule postérité Rejettera son témoignage.
S'il ne la dépeint belle et sage, Au deçà de la vérité.
Grand Henri ^ grand foudre de guerre , Que, cependant que parmi nous Ta valeur étonnait la terre , Les destins fireot son époux; Roi dont la mémoire est sans blâme , Que dis-tu de cette beUe âme.
Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes "^ , £t se tirer des labyrinthes Où la met ton éloignement.^
Que dis-tu , lorsque tu remarques Après ses pas ton héritier De la sagesse des monarques Monter le pénible sentier.
Et, pour étendre sa couronne, Croître comme un faon de lionne?
* Les Latins ont dit au pluriel absinihia, Malherbe fait absinthe féminin, comme tant de mots qui ont changé de genre depuis lui : navire, poison.
Que s'il peut un jour ^aler Sa force avecque sa furie , Les Nomades > n'ont bergerie Qu'il ne suffise à désoler.
Qui doute que , si de ses armes
Ilion avait eu l'appui ,
Le jeune Atride * aveeque larmes
Ne?en fût retourné chez lui ;
Et qu'aux beaux champs de la Phrygie,
De tant de batailles rougie ,
Ne fussent encore honorés
Ces ouvrages des mains célestes
Que jusques à leurs derniers restes
La flamme grecque a dévorés ?
FRAGMENT
D'PNE ODE A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU, ministre et secrétaire d'État.
Grand et grand prince de l'Église 3, Richelieu , jusques à la mort , Quelque chemin que l'homme élise , Il est à la merci du sort.
Nos jours , filés de toutes soies , Ont des ennuis comme des joies 4 ;
* Peuples pasteurs.
=* Ménélas.
> Ménage nous apprend que cette pièce avait d*al>ord été composée pour une autre personne que pour le cardinal. Malherbe, voulant là loi offrir, en changea seulement Ips quatre premiers vers ; mais le cardinal, informé de cette circonstance, ne les reçut point favorablement; ce qui lit que Malherl)e ne les continua pas.
4 Rousseau a imité ce passage élégant et pur :
Ainsi qae le cours des années
Et de ce mélange divers Se composent nos destinées, Comme on voit le cours des années Ck)mposé d'étés et d'hivers.
Tantôt une molle bonace
Nous laisse jouer sur les flots ;
Tantôt un péril nous menace,
Plus grand que l'art des matelots :
Et cette sagesse profonde
Qui donne aux fortunes du monde
Leur fatale nécessité
PTa fait loi qui moins se révoque
Que celle du flux réciproque
De l'heur et de l'adversité.
ODE
AU ROI LOUIS, xni,
aliaot châtier la rébellion des Rochellois, et chasser les Anglais, qui en leur faveur étaient descendus dans Tlle de Ré.
Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête : Prends ta foudre , Louis , et va comme un lion Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.
Fais choir en sacrifice au démon de la France Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer ; Et n'épargne contre eux, pour notre délivrance , Ni le feu ni le fer.
Assez de leurs complots l'infidèle malice A nourri le désordre et la sédition :
■ Se forme de jours et de nuits.
Le cercle de nos destinées Est marqué de }ote et d'ennuis.
Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice En leur punition.
Le centième décembre a les plaines ternies s Et le centième avril les a peintes de fleurs , Depuis que parmi nous leurs brutales manies Ne causent que des pleurs.
Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères, Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien Que rinhumanité de ces cœurs de vipères Ne renouvelle au tien?
Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes , Tant de grands bâtiments en masiures changés, Et de tant de chardons les campagnes couvertes , Que par ces enragés ?
Les sceptres devant eux n'ont point de privilèges , Les immortels eux-méme > en sont persécutés; Et c'est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilèges Font plus d'impiétés ^.
Marche, va les détruire , éteins-en la semence; Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux , Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux.
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître , Beau d'un soin assidu travailler à leurs forts ,
> Depuis un tiicle, Méoage fait observer qae, bien qae les poètes se servent volootiers du* mois de décembre poar marquer les années, il peut en résulter une équivoque, puisqu'on disant le vingtième ou le trentième décembre , on pourrait comprendre qu'il s'agit des jours du mois, et non des années.
' Ménage fait remarquer que la grammaire voulait eux-mêmes au pluriel , et que Malherbe pouvait dire, mêm^ les immortels en sont persécutés : mais qu*il a sans doute trouvé ce vers peu satisfaisant pour Poreille. Impetratum est a consuetudine ut peccare suavitaiis causa tieeret,
^ Cette licence est poétique : la grammaire demanderait te plus d*impiétés.
f/i LIVIVE I.
Et creuser leurs fosses jusqu^à faire paroitre Le jour entre les morts :
Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre. U sufBt que ta cause est la cause de Dieu , Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu;
Richelieu , ce prélat de qui toute l'envie Est de voir ta grandeur aux Indes se borner , Et, qui visiblement ne fait cas de sa vie Que pour te la donner.
Rien que ton intérêt n'occupe sa pensée, Nuls divertissements ne rappellent ailleurs ; Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lynoée , Il en a de meilleurs.
Son âme toute grande est une âme hardie , Qui pratique si bien l'art de nous secourir , Que , pourvu qu'il soit cru , nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir.
Le ciel , qui doit le bien selon qu'on le mérite, Si de ce grand oracle il ne t'eût assisté, Par un autre présent n'eût jamais été quitte Envers ta piété.
Va , ne diffère plus tes bonnes destinées ; Mon Apollon t'assure et t'engage sa foi Qu'employant ceTiphyss Syrtes et Cyanées Seront havres pour toi.
Certes , ou je me trompe, ou déjà la Victoire, Qui son plus grand honneur de tes palmes attend , Est aux bords de Charente en soii habit de gloire , Pour te rendre content.
Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : > PUote des Àrgonaates.
Roi , le plus grand des rois , et qui m'es le plus cher , Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire , Il est temps de marcher.
Que sa façon est brave et sa mine assurée ! Qu'elle a Eut richement son armure étoffer ! Etqu'il se connaît bien ', à la voir si parée , Que tu vas triompher !
Telle , en ce grand assaut où des fils de la Terre La rage ambitieuse à leur honte parut, Elle sauva le del , et rua le tonnerre ' Dont Briare mourut.
Déjà de tous côtés s'avançaient les approches 3; Ici courait Mimas, là Typhon se battait, Et là suait Euryte à détacher les roches Qu'Encelade jetait <
A peine cette vierge eut l'affaire embrassée, Qu*aussitât Jupiter en son trône remis Vit selon son désir la tempête cessée, Etn^eutplus d'ennemis.
Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre , Et tous couverts des monts qu'ils avaient arrachés ; Phlègre , qui les reçut , pue encore la foudre Dont ils furent touchés ^.
> Cette location répond aa n conosee des Italiens.
' La signification de ce mot, qai ^ent da latin ruere, est moins éten* due ai:yoard'liai qa*elle n'était da temps de Malherbe : il eût pu mettrt; iança le tonnerre, mais le vers perdait son énergie. Le mot rua, aln>i placé, Boasfait entendre le roulement et Téclat du tonnerre, autant que les sons d'une langae peuvent Timlter.
3 Magnifique tableau, plein de chaleur et de mouvement, dit André Chénler
* Dans ce vers on sent le travail du géant qui détache la roche; dan& le suivant , en la v<^ partir. ( L4 Hvrpe )
^ Phlègre, champ ou vallée de Thessalie, témoin de la guerre des dieuK avec les géants. — Pue. Il est fâcheux que notre délicatesse s'offense maintenant de ce mot , qu'on retrouve dans la plupart des écrivains
L'exemple de leur race à jamais abolie Devait sous ta merci tes rebeUes ployer : Mais serait-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer « ?
Déjà l'étonnement leur £adt la couleur blême ; Et ce lâche voisin* qu'ils sont allés quérir , Misérable qu'il est , se condamne lui-même A fuir ^ ou mourir.
Sa faute le remord : M^ère le regarde , Et lui porte l'esprit à ce vrai sentiment , Que d'une injuste offense il aura , quoiqu'il tarde, Le juste châtiment.
Bien semble être la mer une barre assez forte Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être battu : Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte Ton heur et ta vertu ?
Neptune , importuné de ses voiles infâmes , Comme tu paraîtras au passage des flots , Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames, Et soient tes matelots.
Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves, Et d'uoe telle ardeur pousseront leurs efforts ,
(lu temps de Malherbe. — Le mot touchés est trop faible. Malherbe imite Ici les Latins qui disent touchés de la foudre , pour foudroyé.
De cœlo tactas memlnl prsedicere qnercos.
ViaG. BueoL éclog. i.
Mais tl o'a pas pris garde qu'ils ne le disent que des choses sur lesquelles la foudre est simplement tombée, et non sur celles que la foudre a fracassées et réduites en poudre. (Mén.)
' Zoj/^ signifie proprement le pria;, la récompense; toutefois il se dit aussi du châtiment et de la punition. Les Latins emploient aussi le mol pretium dans les deux significations. (Mén.) — Ce mot a vieilli; c'est une perte pour la poésie. (Màrmoktel.)
> L'Anglais.
' Malherbe, qui avait Toreille bonne, ce qui n'est pas une des moindres parUes du poète , a toujours fait fuir de deux syllabes , et /ut/ d*uiie syllabe ; en cela il a été suivi par plusieurs poètes célèlures, et approuvé par Yaugelas. (Mes)
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Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs l)ords.
Par cet exploit fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois ; Et le monde croira, s*il doit avoir un maître, Qu'il faut que tu le sois.
O que , pour avoir part en si beUe aventure, Je me souhaiterais la fortune d^Éson , Qui, vieil comme je suis , revint contre nature En sa jeune saison!
De quel péril extrême est la guerre suivie Où je ne fisse voir que tout Tor du Levant ?ra rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant ?
Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque ; Celle-ci porte seule un éclat radieux , Qui fiadt revivre Thomme, et le met de la barque A la table des dieux.
Mais quoi ! tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur et flattent leur devoir , Que sont'Ce que regrets, quand*le nombre d'années ■ Leur ôte le pouvoir ?
Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines En vain dans les combats ont des soins diligents : Mars est comme l'Amour ; ses travaux et ses peines Veulent déjeunes gens.
Je suis vaincu du temps , je cède à ses outrages > ; Mon esprit seulement, exempt de sa rigueur,
' lia grammaire voudrait le nombre des années. Ménage approuve cette hardiesse qui n'a ripn de contraire au génie de notre langue , toujours prC'te à favoriser i*ini patience et la vivacité de la nation.
' Boileau , près dV^xpirer, répondit par ce vers de Malherbe aux personneii qui le questionnaient sur sa santé.
A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.
Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore Non loin de mon berceau commencèrent leur cours : Je les possédai jeune , et les possède encore A la fin de mes jours.
Ce que j'en ai reçu je veux te le produire ; Tu verras mon adresse ; et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tête des rois '.
Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne, Soit que de tes bontés je la fasse parler, Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler ^ ?
Le fameux Amphion, dont la voix nonpareille Bâtissant une ville étonna l'univers , Quelque bruit qu'il ait eu , n'a point fait de merveille Que ne fassent mes vers.
Par eux de tes beaux fgdts la terre sera pleine ; Et les peuples du Nil qui les auront ouïs Donneront de l'encens comme^seux de la Seine Aux autels de Louis.
* Cette strophe serait une des plus belles de Malherbe, si le premier vers répondait aux suivants.
* Quand Paul III demanda au Tasse de lui nommer le plus grand poète de ritalle, le Tasse regarda fixement le pape, et, se posant le doigt sur l'estomach , repondit : Jo, c'est-à-dire moi. Il est presque naturel à tous les grands hommes de parler librement d'eux-mêmes. Le comte Maurice de Nassau , prince d'Orange , à qui on demandait quel était le plus grand capitaine de l'Europe , répondit que lé marquis de Spinola était le second. Quelque modeste que fût la réponse, le comte lit voir qu'il mettait le marquis de Spinola au dessous de lui.
( MÉN. )
Quel nombre ! quelle cadence ! quelle beauté d'expression ! On doit pardonner à Malherbe cette sorte de jactance, permise aux poètes quand on peut les supposer inspirés , un peu ridieule 4iuand on sent qu'ils ne le sont pas , et dans tous les cas sans conséquence. ( La Hârpë.)
ODE