‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 64 sur 124 · A L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

A L'EMPEREUR

après la coDClusion de la quadniple alliance.

Dans sa carrière féconde Le soleil , sortant des eaux y Couvre d'une nuit profonde Tous les célestes flambeaux :

Entre les causes premières Tout cède aux vives lumières , Du feu créé pour les dieux ;

Et, des dons que nous étale La richesse orientale, L'or est le plus radieux.

Telle , ô prince magnanime , Ta lumineuse clarté Offusque Téclat sublime De toute autre majesté.

Dans un roi d'un sang illustre Nous admirons le haut lustre Du premier de ses États :

En toi la royaut'é même * Honore le diadème Du premier des potentats.

Mais dis-nous quelle est la source De cette auguste splendeur Qui du Midi jusqu'à l'Ourse Fait révérer ta grandeur.

Est-ce cette antique race D'aïeux dont tu tiens la place Sur le trône des Romains.^ Est-ce cet amas de princes , De peuples , et de provinces , Dont le sort est dans tes mains?

Du vaste empire des Mages Les fastueux héritiers S'applaudissaient des hommages De mille peuples altiers :

Du rivage de l'Aurore Jusqu'au delà du Bosphore Ils faisaient craindre leurs lois, Et , de l'univers arbitres , Ajoutaient à tous leurs titres Le titre de rois des rois.

Cependant la Grèce unie

Avait déjà sur leurs fronts Imprimé l'ignominie De mille sanglants affronts , Quand la colère céleste Fit naître, en son sein funeste A ces tyrans amollis , Celui dont la main superbe Devait enterrer sous l'herbe Les murs de Persépolis.

Non , non , la servile crainte Décent peuples différents Ne mit jamais hors d'atteinte La gloire des conquérants ; Les lauriers les plus fertiles , Sans l'art de les rendre utiles , Leur sont vainement promis ; Et leur puissance n'est stable Qu'autant qu'elle est profitable Aux peuples qu'ils ont soumis.

C*est cette sainte maxime Qui , contre tous les revers , Taffermira sur la cime Des grandeurs de l'univers :

Tes sujets , pleins d'allégresse , Des marques de ta tendresse Feront leur seul entretien ; Et leur amour secourable De ta puissance durable Sera l'éternel soutien.

Ton invincible courage , Signalé dans tous les temps, Fonda le pénible ouvrage De tes destins éclatants :

C'est lui qui de la Fortune , De Bellone et de Neptune,

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Bravant les légèretés , Dans leurs épreuves diverses Ta conduit par les traverses Âu sein des prospérités.

Déjà l'horrible tourmente De cent tonnerres épars De Barcelone fumante Avait brisé les remparts ; Et bientôt, si ta constance N'eût armé la résistance De ses braves combattants , Tes rivaux sur ses murailles Auraient fait les funérailles De ses derniers habitants.

En vain pour sauver ta tête La mer t'offrait sur ses eaux , A ton secours toute prête, L'asile de ses vaisseaux :

A tes amis plus fidèle , Tu voulus , malgré leur zèle , Vaincre ou mourir avec eux ; Et ta vertu , toujours ferme , Les protégea jusqu'au terme De leurs travaux belliqueux.

Mais sur le trône indomptable Où commandaient tes aïeux Quel objet épouvantable S'offrit encore à tes yeux , Quand l'implacable Furie Qui sur ta triste patrie Déployait ses cruautés Vint jusqu'en ta capitale Souffler la vapeur fatale De ses venins empestés ?

Dans sa course dévorante Rien n'arrêtait ce torrent :

L'épouse tombait mourante Sur son époux expirant :

Le fils aux bras de son père , La fille au sein de sa mère S'arrachait avec horreur ; £t la mort , livide et blême , Remplissait ton palais même De sa brûlante fureur.

Tu pouvais braver la foudre Sous un ciel moins dangereux ; Mais rien ne put te résoudre A quitter des malheureux.

Rois , qui bornez vos tendresses , Dans ces publiques détresses , Au soin de vous épargner, Apprenez , à cette marque , Qu'un prince n'est point monarque Pour vivre , mais pour régner.

Oui , j'ose encor le redire , Cette illustre fermeté Est de ton solide empire L'appui le plus redouté :

C'est elle qui déconcerte L'envie obscure et couverte De tes faibles ennemis ; C'est elle dont l'influence Fait l'indomptable défense De tes sujets affermis.

De leur ardeur aguerrie Par son exemple étemel Tu laissas dans l'Ibérie Un monument solennel , Quand , sur les rives de l'Èbre

Cherchant le laurier célèbre A ta valeur réservé, Tes yeux devant Saragosse Virent tomber le colosse Contre ta gloire élevé.

Fléau de la tyrannie Des Thraces ambitieux, N'a-t-on pas vu ton génie , Toujours protégé des cieux.

Montrer à ces Oers esclaves Que les efforts les plus braves £t les plus inespérés Deviennent bientôt possibles A des guerriers invincibles, Par tes ordres inspirés?

Mais une vertu plus rare Chez les héros de nos jours Dans tes voisins te prépare £ncor de nouveaux secours ; C'est cette épreuve avérée Et cent fois réitérée De ton équitable foi ; Vertu sans qui tout le reste TTest souvent qu'un don funeste Au bonheur du plus grand roi.

Vous qui , dans Tindépendance Des nœuds les plus respectés , Masquez du nom de prudence Toutes vos duplicités , Infidèles politiques , Qui nous cachez vos pratiques Sous tant de voiles épais , Cessez de troubler la terre , Moins terribles dans la guerre Que sinistres dans la paix.

En vain sur les artifices Et le faux déguisement De vos frêles édifices Vous posez le fondement :

Contre vos sourdes intrigues Bientôt de plus justes ligues Joignent vos voisins nombreux ; Et leur vengeance unanime Vous plonge enfin dans Tabîme Que vous creusâtes pour eux.

(Test en suîvalit cette voie Que tes ennemis flattés Deviendront la juste proie De leurs complots avortés ; Tandis qu*aux yeux du ciel même Par ton équité suprême Justifiant tes exploits , Les premiers princes du monde Armeront la terre et l'onde Pour le maintien de tes droits.

Ils savent que ta justice , Sourde aux vaines passions , Est la seule directrice De toutes tes actions ; Et que la vigueur austère De ton sage ministère , Toujours inspiré par toi , Inaccessible aux faiblesses , Lui fait des moindres promesses Une inviolable loi.

Ainsi jamais ni la crainte , Ni les soupçons épineux, D'une alliance si sainte Ne pourront troubler les nœuds; Et cette amitié durable ,

Qui d'un repos désirable Fonde en eux le ferme espoir, Leur rendra toujours sacrée L'incorruptible durée De ton suprême pouvoir.

ODE IL

A s. A, s. MONSEIGNEUR LE PRINCE EUGÈNE DE SAVOIE ,

après la paix de Passarowlts.

Les cruels oppresseurs de l'Asie indignée , Qui , violant la foi d'une paix dédaignée , Forgeaient déjà les fers qu'ils nous avaient promis, De leur coupable sang ont lavé cette injure ,

Et payé leur parjure De trois vastes États par nos armes soumis.

Deux fois l'Europe a vu leur brutale furie, De trois cent mille bras armant la barbarie. Faire voler la mort au milieu de nos rangs ; Et deux fois on a vu leurs corps sans sépulture

Devenir la pâture Des corbeaux affamés et des loups dévorants.

O vous qui , combattant sous les heureux auspices D'un monarque , du ciel l'amour et les déUces , Avez rempU leurs champs de carnage et de morts ; Vous , par qui le Danube affranchi de sa chaîne «

Peut désormais sans peine Du Tage débordé réprimer les efforts ; Prince , n'est-Q pas temps , après tant de fatigues , De goûter un repos que les destins prod^es , Pour prix de vos exploits , accordent aux humams . N'osez-vous proûter de vos travaux sans nombre ,

' Il s'agit de la guerre relative à la succession du trône tf Espagne disputé par la France et r Autriclie. ^

Et vous asseoir à Tombre Des paisibles lauriers moissonnés par vos inains ?

Non , ce serait en vain que la paix renaissante Rendrait à nos cités leur pompe florissante, Si ses charmes flatteurs vous pouvaient éblouir : Son bonheur, sa durée impose à votre zèle

Une charge nouvelle ; Et vous êtes le seul qui n'osez en jouir.

Mais quel heureux génie , au milieu de vos veilles , Vous rend encore épris des savantes merveilles Qui firent de tout temps l'objet de votre amour ? Pouvez-vous des nœuf Sœurs concilier les charmes

Avec le bruit des armes , Le poids du ministère , et les soins de la cour?

Vous le pouvez , sans doute; et cet accord illustre. Peu connu des héros sans éloge et sans lustre , Fut toujours réservé pour les héros fameux; C'est aux grands hommes seuls à sentir le mérite

D'un art qui ressuscite L'héroïque vertu des grands hommes comme eux.

Leurs hauts faits peuvent seuls enflammer le génie De ces enfants chéris du dieu de Tharmonie , Dont l'immortelle voix se consacre aux guerriers : Une gloire commune, un même honneur anime

Leur tendresse unanime ; Et leur front fut toujours ceint des mêmes lauriers.

Entre tous les mortels que l'univers voit naître , Peu doivent aux aïeux dont ils tiennent leur être Le respect de la terre et la faveur des rois : Deux moyens seulement d'illustrer leur naissance

Sont mis en leur puissance :

Les sublimes talents , et les fameux exploits.

C'est par là qu'au travers de la foule importune

Tant d^hommes renommés , malgré leur infortune ,

Se sont fait un destin illustre et glorieux ;

£t que leurs noms , vainqueurs de la nuit la plus sombre ,

Ont su dissiper Fombre Dont les obscurcissait le sort injurieux.

Dans Fenfance du monde encor tendre et fragile , Quand le souffle des dieux eut animé l'argile Dont les premiers humains avaient été pétris , Leurs rangs n'étaient marqués d'aucune différence ;

Et nulle préférence Ne distinguait encor leur mérite et leur prix.

Mais ceux qui , pénétrés de cette ardeur divine, Sentirent les premiers leur sublime origine , S'élevèrent bientôt par un vol généreux ; Et ce céleste feu dont ils tenaient la vie

Leur fit naître Fenvie D'éclairer Funivers , et de le rendre heureux.

De là ces arts divins , en tant de biens fertiles ; De là ces saintes lois , dont les règles utiles Firent chérir la paix, honorer les autels; Et de là ce respect des peuples du vieil âge ,

Dont le pieux hommage Plaça leurs bienfaiteurs au rang des immortels.

Les dieux dans leur séjour recurent ces grands hommes : liC reste , confondus dans la foule où nous sommes , Jouissaient des travaux de leurs sages aîeux ; Lorsque Fambition, la discorde, et la guerre.

Vils enfants de la terre , Vinrent troubler la paix de ces enfants des dieux.

Alors , pour soutenir la débile innocence , Pour réprimer Faudace, et dompter la licence, Il fallut à la gloire immoler le repos : I^es veilles, les combats , les travaux mémorables,

LIVBE IV. 147

Les périls honorables , Furent Tunique emploi des rois et des héros .

Mais combien de grands noms , couverts d*ombres funèbres ,

Sans les écrits divins qui les rendent célèbres ,

Dans rétemel oubli languiraient inconnus I

U n'est rien que le temps n'absorbe et ne dévore;

Et les faits qu'on ignore Sont bien peu différents des jEaits non avenus.

Non, non, sans le secours des filles de mémoire , Vous vous flattez en vain , partisans de la gloire, D'assurer à tos noms un heureux souvenir : Si la main des neuf Sœurs ne pare vos trophées ,

Vos vertus étouffées N'éclÂreront jamais les yeux de l'avenhr.

Vous arrosez le champ de ces nymphes sublimes : Mais vous savez aussi que vos faits magnanimes Ont besoin des lauriers cueillis dans leur vallon : Ne cherchons point ailleurs la cause sympathique

De l'alliance antique Des favoris de Mars avec ceux d'Apollon.

Ce n'est point chez ce dieu qu^habite la fortune ; Son art , peu profitable à la vertu commune , Au vice qui le craint fut toujours odieux : Il n'appartient qu'à ceux que leurs vertus suprêmes

Égalent aux dieux mêmes.

De savoir estimer le langage des dieux.

Vous , qu'ils ont pénétré de leur plus vive flamme , Vous , qui leur ressemblez par tous les dons de l'ânie , Non moins que par l'éclat de vos faits lumineux , t Ne désavouez point une muse fidèle ;

Et souffrez que son zèle Puisse honorer en vous ce qu'elle admire en eux.

Soufùrezqu'à vos neveux elle laisse une image Deœ qu'ont de plus grand Théroïque courage ,

L'inébranlable foi, l'honneur, la probité,

Et mille autres vertus qui, mieux que yos victoires ,

Feront de nos histoires Le modèle étemel de la postérité.

Cependant , occupé de soins plus pacifiques , Achevez d'embellir ces jardins magnifiques , De vos travaux guerriers nobles délassements ; £t rendez-nous encor, par vos doctes largesses ,

Les savantes richesses Que vit périr l'Egypte en ses embrasements.

Dans nos arts florissants quelle adresse pompeuse. Dans nos doctes écrits quelle beauté trompeuse , Peuvent se dérober à vos vives clartés ? Et, dans l'obscurité des plus sombres retraites.

Quelles vertus secrètes , Quel mérite timide échappe à vos bontés ?

Je n*en ressens que trop l'influence féconde : Tandis que votre bras faisait le sort du monde , Vos bienfaits ont daigné descendre jusqu'à moi , Et me rendre , peut-être à moi seul , chérissable

La gloire périssable Des stériles travaux qui font tout mon emploi.

C'est ainsi qu'au milieu des palmes les plus belles Le vainqueur généreux du Granique et d'Arbelles Cultivait les talents , honorait le savoir. Et de Chérile < même excusant la manie ,

Au défaut du génie , Récompensait en lui le désir d'en avoir.

> Mauvais poète grec dont parle Horace.

ODE III

AU ROI DE LA GRAin)E BRETAGNE.

Tandis que l'Europe étonnée Voit ses peuples les plus puissants Traîner dans les besoins pressants Une importune destinée.

Grand roi , loin de;ton peuple heureux , Quel dieu propice et généreux , Détournant ces tristes nuages , Semble pour lui seul désormais Réserver tous les avantages De la victoire et de la paix?

Quelle inconcevable puissance Fait fleurir sa gloire au dehors?

Quel amas d'immenses trésors Dans son sein nourrit Tabondance ?

La Tamise, reine des eaux , Voit ses innombrables vaisseaux Porter sa loi dans les deux mondes , Et forcer jusqu'au dieu des mers D'enrichir ses rives fécondes Des tributs de tout l'univers.

De cette pompeuse largesse Ici tout partage le prix ; A l'aspect de ces murs chéris La pauvreté devient richesse.

Dieux ! quel déluge d'habitants Y brave depuis si longtemps L'indigence , ailleurs si commune !

Quel prodige encore une fois Semble y faire de la fortune L'exécutrice de ses lois ?

Peuples , vous devez le connaître :

Ce comble de félicité

N'est dû qu'à la sage équité

Du meilleur roi qu'on ait vu naître :

De vos biens , comme de vos maux ,

Les gouvernements inégaux

Ont toujours été la semence :

Vos rois sont , dans la main des dieux ,

Les instruments de la clémence

Ou de la colère des cieux.

Oui , grand prince , j'ose le dire , Tes sujets , de biejis si comblés, Languiraient peut-être accablés Sous le joug de tout autre empire :

Le ciel , jaloux de leur grandeur.

Pour en assurer la splendeur Leur devait un maître équitable , Qui préférât leurs libertés A la justice incontestable De ses droits les plus respectés.

Mais , grand roi , de ces droits sublimes Le sacrifice généreux T'assure d'autres droits sur eux , Bien plus forts et plus légitimes :

Les faveurs qu'ils tiennent de toi Sont des ressources de leur foi Toujours prêtes pour ta défense, Qui leur font chérir leur devoir, Et qui n'augmentent leur puissance Que pour affermir tpn pouvoir.

Un roi qui ravit par contrainte Ce que l'amour doit accorder.

Et qui, content de commander.

Ne veut régner que par la crainte,

En vain , fier de ses hauts projets , Croit , en abaissant ses sujets , Relever son pouvoir suprême :

Entouré d'esclaves soumis , Tôt ou tard il devient lui-même Esclave de ses ennemis.

Combien plus sage et plus habile Est celui qui , par ses faveurs , Songe à s'élever dans les cœurs Un trône durable et tranquille ; Qui ne connaît point d'autres biens Que ceux que ses vrais citoyens De sa bonté peuvent attendre ; Et qui, prompt à les discerner, N'ouvre les mains que pour répandre , Et ne reçoit que pour donner !

Noble et généreuse industrie Des Antonins et des Titus , Source de toutes les vertus D'un vrai père de la patrie !

Hélas ! par ce titre fameux Peu de^princes ont su comme eux S'affrancliir de la main des Parques :

Mais ce nom si rare , grand roi , Qui jamais d'entre les monarques S'en rendit plus digne que toi?

Qui jamais vit le diadème

Armer contre ses ennemis

Un vengeur aux lois plus soumis

Et plus détaché de soi-même?

La sûreté de tes États

Peut bien, contre quelques ingrats ,

Changer ta clémence en justice;

Mais ce mouvement étranger

Redevient clémence propice Quand tu n'as plus qu'à te venger.

Et c'est cette clémence auguste Qui souvent de l'autorité Établit mieux la sûreté Que la vengeance la plus juste :

Ainsi le plus grand des Romains , De ses ennemis inhumains Confondant les noirs artifices , Trouva l'art de se faire aimer De ceux que l'horreur des supplices N'avait encor pu désarmer.

Que peut contre toi l'impuissance

De quelques faibles mécontents ,

Qui sur l'infortune des temps

Fondent leur dernière espérance ,

Lorsque , contre leurs vains souhaits ,

Tu réunis par tes bienfaits

La cour , les villes , les provinces ;

Et lorsqu'aidés de ton soutien,

Les plus grands rois , les plus grands princes ,

Trouvent leur repos dans le tien?

Jusqu'à toi toujours désunie , L'Europe , par tes soins heureux , Voit ses chefs les plus généreux Inspirés du même génie :

Ils ont vu par ta bonne foi De leurs peuples troublés d'effroi La crainte heureusement déçue, Et déracinée à jamais La haine si souvent reçue En survivance de la paix.

Poursuis , monarque magnanime :

Achève de leur inspirer

Le désir de persévérer Dans cette concorde unanime :

Commande à ta propre valettr D'éteindre en toi cette chaleur Qu'allume ton goût pour la gloire ; Et donne au repos des humains Tous les lauriers que la victoire Of&e à tes invincibles mains.

Mais vous , peuples à sa puissance Associés par tant de droits , Songez que de toutes vos lois La plus sainte est l'obéissance :

Craignez le zèle séducteur Qui , sous le prétexte flatteur D'une liberté plus durable , Plonge souvent , sans le vouloir^ Dans le. chaos inséparable De l'abus d'un trop grand pouvoir.

Athènes , l'honneur de la Grèce, Et, comme vous , reine des mers, Eût toujours rempli l'univers De sa gloire et de sa sagesse ; Mais son peuple, trop peu soumis , Ne put dans les termes permis.

Contenir sa puissance extrême,, Et , trahi par la vanité , Trouva , dans sa liberté même,.

La perte de sa liberté ^

ODE IV

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