OPES
11 sait qu'en ce vaste intervalle Où les destins nous ont placés D'une fierté qui les ravale Les mortels sont toujours blessés; Que la grandeur fière et hautaine N'attire souvent que leur haine , Lorsqu'elle ne fait rien pour eux ; Et que , tandis qu'elle subsiste , Le parfait bonlieur ne consiste Qu'à rendre les hommes heureux.
Les dieux même, étemels arbitres Du sort des fragiles mortels, N'exigent qu'à ces mêmes titres Nos of&andes et nos autels.
C'est leur puissance qu'on implore ; Mais c'est leur bonté qu'on adore Dans le bien qu'ils font aux humains ; Et , sans cette bonté fertile , Leur foudre , souvent inutile.
Gronderait en vain dans leurs mains.
Prince , suis toi\^ours les exemples De ces dieux dont tu tiens le jour :
Avant de mériter nos temples , Ils ont mérité notre amour.
Tu le sais , l'aveugle Fortune Peut faire d'une âme commune Un héros partout admiré :
La seule vertu , profitable , Généreuse , tendre , équitable , Peut faire un héros adoré.
Ce potentat toujours auguste , Maître de tant de potentats , Dont la main si ferme et si juste Conduit tai^t de vastes États ., Deviendra la gloire des princes ,
Lorsqu'en ses nombreuses provinces Rassemblant les plaisirs épars , Sous sa féconde providence Tu feras fleurir l'abondance , Les délices , étales beaux-arts.
Seconde les heureux auspices D'un monarque si renommé :
Déjà^ partes secours propices, Janus voit son temple fermé.
Puisse ta gloire toujours pure A toute la race future Servir de modèle et de loi ; Et ton intégrité profonde Être à jamais Tamour du monde , Gomme ton bras en fut Teffiroi !
ODE III
A M. LE COMTE DE BONNEVAL, tteatenant général des armées de l'empereur.
Le soleil , dont la violence Nous a fait langmr si longtemps , Arme de feux moins éclatants Les rayons que son char nous lance, Et, plus paisible dans son cours , Laisse la céleste Balance Arbitre des nuits et des jours '.
L'Aurore , désormais stérile Pour la divinité des fleurs , De l'heureux tribut de ses pleurs Enrichit un dieu plus utile ; Et sur tous les coteaux voisins On voit briller l'ambre fertile Dont elle dore nos raisins.
' Libra die somoique pares ubi feoerithorasCYiHG., Georg.., i. *2U8)
Cest dans cette saison si belle Que Bacchus prépare à nos yeux De son triomphe glorieux La pompe la plus solennelle :
Il vient de ses divines mains Sceller Talliance étemelle Qu'il a faite avec les humains.
Autour de son char diaphane Les Ris^ voltigeant dans les airs , Des soins qui troublent l'univers Écartent la foule profane :
Tel , sur des bords inhabités , n vint de la triste Ariane Calmer les esprits agités.
Les satyres tout hors d'haleine , Conduisant les nymphes des bois , Au son du fifre et du hautbois Dansent par troupes dans la plaine , Tandis que les sylvains lassés Portent l'immobile Silène Sur leurs thyrses entrelacés.
Leur plus vive ardeur se déploie Autour de ce dieu belliqueux :
Cher comte, partage avec eux L'allégresse qu'il leur envoie; Et, plein d'une douce chaleur, Montre-toi rival de leur joie, Comme tu l'es de sa valeur.
Prends part à la juste louange De ce dieu si cher aux guerriers , Qui, couvert de mille lauriers Moissonnés jusqu'aux bords du Gange, A trouvé mille fois plus grand D'être le dieu de la vendange , Que de n'être qu'un conquérant.
De ses niénades révoltées Craignons Timpétueux courroux :
Tu sais jusqu'où ce dieu jaloux Porte ses fureurs irritées , Et quelles tragiques horreurs Des Lycurgues et des Penthées Payèrent les folles erreurs,
G*est lui qui, des fils de la terre Châtiant la rébellion, Sous la forme d'un fier lion Vengea le maître du tonnerre; Et par lui les os de Rhécus Furent brisés , comme le verre , Aux yeux de ses frères vaincus.
Ici , par Taimable paresse Ce £ameux vainqueur désarmé Ne se montre plus enflammé Que des feux d'une douce ivresse ; Et , cherchant de plus doux combats, Dans le temple de Tallégresse Il s'offre à conduire nos pas.
Là , sous une voûte sacrée , Peinte des plus riches couleurs , Ses prêtres , couronnant de fleurs La victime pour toi parée, Bientôt sur un autel divin Feront couler à ton entrée Des ruisseaux de lait et de vin.
Reçois ce nectar adorable Verôé par la main des plaisirs ; Et laisse au gré de leurs désirs Par cette liqueur favorable Remplir tes esprits et tes yeux De cette joie inaltérable
Qui rend Thomme semblable aux dieux.
Par elle , en toutes ses disgrâces , Un cœur d'audace revêtu Sait asservir à sa vertu Les ennuis qui suivent ses traces , £t , tranquille jusqu'à la mort , Conjurer toutes les menaces Des dieux, et des rois , et du sort.
Par elle , bravant la'puissance De son implacable démon , Le vaillant fils de Télamon , Banni des lieux de sa naissance, Au fort de ses calamités Rendit le calme et l'espérance A ses compagnons rebutés.
Amis , la volage Fortune N'a , dit-il , nuls droits sur mon cœur ; Je prétends, malgré sa rigueur, Fixer votre course importune :
Passons ce jour dans les festins ; Demain les zéphyrs et Neptune Ordonneront de nos destins.
Ccst sur cet illustre modèle Qu'à toi-même toujours égal Tu sus loin de ton lieu natal TÎriompher d'un astre infidèle , Et , sous un del moins rigoureux , D'une Salamine nouvelle Jeter les fondements heureux.
Une douleur pusillanime Touche peu les dieux immortels ; On aborde en vain leurs autels Sans un cœur ferme et magnanime :
Quand nous venons les implorer,
UVRË m. 311
C'est par une joie unanime Que nous devons les honorer.
Telle est l'allégresse rustique De ces vendangeurs altérés Qu'on voit , à leurs yeux égarés , Saisis d'une ivresse mystique , £t qui , saintement furieux , Retracent de Forgie antique L'emportement mystérieux.
Tandis que toute la campagne Retentit de leur doux transport , Allons travailler à l'aceord Du tokaye avec le Champagne, Et , près de tes Lares assis , Des vins de rive et de montagne Juger le procès indécis.
Les juges , à ton arrivée , Se trouveront tous assemblés :
La soif qui les tient désolés Brûle de se voir abreuvée; Et leur appétit importun A deux heures de relevée S'étonne d'être encore à jeun.
ODE IV
IMnÉE D*HORAC£. AUX SUISSES,
dorant leur guerre civile, en 17I2.
Où courez-vous , cruels ? Qud démon parridde
Arme vos sacrilèges bras?
Pour qui destinez- vous l'appareil homicide
De tant d'armes et de soldats?
Allez-vous réparer la honte encor nouvelle
De vos passages violés?
Êtes- vous résolus à venger la querelle De vos ancêtres immolés?
Non , vous voulez venger votre ennemi lui-même ,
Et faire voir aux fiers Germains Leurs antiques rivaux , dans leur fureur extrême ,
Égorgés de leurs propres mains :
Tigres, plus acharnés que le lion sauvage.
Qui , malgré sa férocité , Dans un autre lion respectant son image ,
Dépouille pour lui sa fierté.
Mais parlez ; répondez : Quels feux illégitimes
Allument en vous ce transport?
Est-ce un aveugle instinct? Sont-cevos propres crimes,
Ou la fatale loi du sort?
Ils demeurent sans voix, que devient leur audace?
Je vois leurs visages pâlir :
Le trouble les saisit , Tétonnement les glace.
Ah ! vos destins vont s'accomplir.
Vos pères ont péché : vous en portez la peine ;
Et Dieu sur votre nation Veut des profanateurs de sa loi souveraine
Expier la rébellion.
ODE V
AUX PRINCES CHRÉTIENS, sur l'annement des Tares contre la république de Venise, en I7i 6.
Ce n'est donc point assez que ce peuple perfide , De la sainte dté profanateur stupide , Ait dans tout TOrient porté ses étendards , Et , paisible tyran de la Grèce abattue ,
Partage à notre vue La plus belle moitié du trône des Césars ?
Déjà , pour réveiller sa fureur assoupie , L'interprète effréné de son prophète impie Lui promet d*asservir l'Italie à sa loi; Et déjà son orgueil , plein de cette assurance,
Renverse en espérance Le siège de r£mpire, et celui de la foi.
A l'aspect des vaisseaux que vomit le Bosphore, Sous un nouveau Xerxès Thétis croit voir encore Au travers de ses flots promener les forêts ; £t le nombreux amas de lances hérissées ,
Contre le ciel dressées , Égale les épis qui dorent nos guérets.
Princes , que pensez-vous à ces apprêts terribles ? Attendrez-vous encor, spectateurs insensibles , Quels seront les décrets de l'aveugle destin , G)mme en ce jour affreux où, dans le sang noyée ,
Byzance foudroyée Vit périr sous ses murs lé dernier Constantin?
O honte ! ô de l'Europe infamie étemelle ! Un peuple de brigands , sous un chef infidèle , De ses plus saiats remparts détruit la sûreté; Et le mensonge impur tranquillement repose
Où le grand Théodose Fit régner si longtemps l'auguste vérité.
Jadis , dans leur fureur non encor ralentie , Ces esclaves chassés des marais de Scythie Portèrent chez le Parthe et la mort et l'ef&oi ; Et bientôt des Persans , ravisseurs moins barbares ,
Leurs conducteurs avares Reçurent à la fois et le sceptre et la loi.
Dès-lors courant toujours de victoire en victoire, Des califes déchus de leur antique gloire Le redoutable empire entre eux fut partagé , Des bords de l'Hellespont aux rives de l'Ëuphrate ,
3i4 ODES.
Par cette race ingrate Tout fut en même temps soumis ou ravagé.
Mais sitôt que leurs mains, en ruines fécondes, Osèrent, du Jourdain souillant les saintes ondes , Profaner le tombeau du fils de TÊternel , L^occident , réveillé par ce coup de tonnerre ,
Arma toute la terre Pour laver ce forfait dans leur sang mmioel.
£n vain à cette ardeur si bouillante et si vive
La folle ambition , la prudence craintive ,
Prétendaient opposer leurs conseils spécieux ;
Chacun comprit alors, mieux qu'au siècle où nous sommes
Que rintérôt des hommes Ne doit point balancer la querdie des deux.
Comme un torrent fougueux qui, du haut des montagnes Précipitant ses eaux, traîne dans les campagnes Arbres , rochers , troupeaux, par son cours emportés : Ainsi de Godefroi les légions guerrières
Forcèrent les barrières Que l'Asie opposait à leurs bras indomptés.
La Palestine enfin , après tant de ravages , Vit fuir ses ennemis , comme on voit les nuages Dans le vague des airs fuir devant l'aquilon , Et des vents du midi la dévorante haleine
N'a consumé qu'à peine Leurs ossements blanchis dans les champs d'Ascalon.
De ses temples détruits et cachés sous les herbes Sion vit relever les portiques superbes. De notre délivrance augustes monuments ; Et d'un nouveau David la valeur noble et sainte
Semblait dans leur enceinte D'un royaume éternel jeter les fondements.
Mais chez ses successeurs la discorde insoilente , Allumant le flambeau d'une guerre sanglante,
Énerva leur puissance en corrompant leurs mœurs ; Et le ciel irrité, ressuscitant Taudace
D'une coupable race , Se servit des vaincus pour punir les vainqueurs.
Rois , symboles mortels de la grandeur céleste, C'est à vous de prévoir dans leur chute funeste De vos divisions les fruits infortunés : Assez et trop longtemps , implacables Achilles ,
Vos discordes civiles De morts ont assouvi les enfers étonnés.
Tandis que , de vos mains déchirant vos entrailles , Dans nos champs engraissés de tant de funérailles Vous semiez le carnage et le trouble et Thorreur, L'infidèle, tranquille au milieu des alarmes ,
Forgeait ces mêmes armes Qu'aujourd'hui contre vous aiguise sa fureur.
Enfin l'heureuse paix, de l'amitié suivie,
A réuni les cœurs séparés par l'envie ,
Et banni loin de nous la crainte et le danger :
Paisible dans son champ , le laboureur moissonne ;
Et les dons de l'automae Ne sont plus profanés par le fer étranger.
Mais ce calme si doux que le ciel vous renvoie PTest point le calme oisif d'une indolente joie Où s'endort la vertu des plus fameux guerriers : Le démon des combats siffle enoor sur vos têtes ;
Et de justes conquêtes Vous offirent à cueillir de plus nobles lauriers.
Il est temps de venger votre commune injure : Éteignez dans le sang d'un ennemi parjure Du nom que vous portez l'opprobre injurieux *, Et, sous leurs braves chefis assemblant vos cohortes ,
Allez briser les portes D'un empire usurpé sur vos faibles aïeux.
3ie ODES.
Yoas n'êtes fins au temps de ees craintes serviies Qu'imprimaient dans le sein des peuples imbéciles De oruelsravisseois, à leor perte animés : L'aigle de Jupiter, ministre de la foudre,
A cent fois mis en poudre Ces géants orgueilleux , contre le del armés.
Belgrade, assujettie à leur joug tyrannique. Regrette enoor ce jour où le fer germanique Renversa leur croissant du haut de ses remparts ; Et de Salankemen les plaines infectées
Sont encore humectées Du sang de leurs soldats sur la poussière épsrs.
Sous le fer abattus, consumés dans la flamme. Leur monarque insensé , le désespoir dans l'âme , Pour la dernière fois osa tenter le sort : Déjà , de sa fureur barbares émissaires ,
Ses nombreux janissaires Portaient de toutes parts la terreur et la mort.
Arrêtez, troupe lÂche, et de pillage avide :
D'un Hercule naissant la valeur intrépide
Va bientdt démentir vos projets forcenés ,
Et, sut vos corps sanglants se traçant un passage,
Faire l'apprentissage Des triomphes fameux qui lui sont destinés.
Le Ubisque , effrayé de la digue profonde De tant de bataillons entassés dans son onde , De ses flots enchaînés interrompit le cours ; fit , le fier Ottoman ' , sans drapeaux et sans suite.
Précipitant sa fuite , Borna toute sa gloire au salut de ses jours.
Cen est assez, dit-il; retournons sur nos traces: Faibles et vils troupeaux , après tant de disgrâces , rrirritons plus en vain de superbes lions :
*■ Mustapha II.
Un prince nous poursuit, dont le fatal génie
Dans cette ignominie De notre antique gloire éteint tous les rayons.
Par une prompte paix , tant de fois profanée , Conjurons la victoire à le suivre obstinée : Prévenons du destin les revers éclatants ; Et sur d'autres climats détournons les tempêtes
Qui, déjà toutes prêtes.
Menacent d'écraser l'empire des sultans.
ODE VI
A MALHERBE, contre les détracteurs de l'antiquité.
Si du tranquille Parnasse Les habitants renommés Y gardent encor leur place Lorsque leurs yeux sont fermés ; Et si , contre l'apparence , Notre farouche ignorance Et nos insolents propos Dans ces demeures sacrées De leurs âmes épurées Troublent encor le repos ;
Que dis-tu , sage Malherbe , i De voir tes maîtres proscrits Par une foule superbe De fanatiques esprits y Et dans ta propre patrie RenaltrtB la barbarie De ces temps d'infirmité bout ton immortelle veine Jadis avec tant de peine Dissipa l'obscurité ?
Peux-tu , malgré tant d'hommages , D*encens, d'honneurs, et d'autels, Voir mutiler les images De tous ces morts immortels Qui, jusqu'au siècle où nous sommes, Ont faàt chez les plus grands hommes Naître les plus doux transports, £t dont les divins génied De tes doctes symphonies Ont formé tous les accords ?
Animé par leurs exemples , Soutenu par leurs leçons, Tu fis retentir nos temples De tes célestes chansons.
Sur la montagne théhaine Ta lyre fière et hautaine Consacra Tillustre sort D'un roi vainqueur de Tenvie « , Vraiment roi pendant sa vie , Vraiment grand après sa mort.
• Maintenant ton ombre heureuse , Au comble de ses désirs , De leur troupe généreuse Partage tous les plaisirs.
Dans ces bocages tranquilles, Peuplés de myrtes fertiles Et de lauriers toujours verts , Tu mêles ta voix hardie A la douce mélodie De leurs sublimes concerts.
Là , d'un dieu fier et barbare Orphée adoucit les lois ; Id le divin Pindare •
Charme l'oreille des rois :
« Henri IV.
Dans tes douces promenades Tu vois les folles Ménades Rire autour d*Anacréon , Et les nymphes , plus modestes , . Gémir des ardeurs funestes De ramante de Phaon.
A la source d'Hippocrène , Homère , ouvrant ses rameaux , S'élève comme un vieux chêne Entre de jeunes ormeaux :
Les savantes immortelles , Tous les jours , de fleurs nouvelles Ont soin de parer son front; Et , par leur commun suffrage , Avec elles il partage Le sceptre du double mont.
Ainsi les chastes déesses , Dans ces bois verts et fleuris , Comblent de justes largesses Leurs antiques favoris.
Mais pourquoi leur docte lyre Prendrait-elle un moindre empire Sur les esprits des neuf Sœurs , Si de son pouvoir suprême Pluton , Cerbère lui-même , Ont pu sentir les douceurs ?
Quelle est donc votre manie ,
Censeurs dont la vanité
De ces rois de Tharmonie
Dégrade la majesté ;
Et qui , par un double crime , |
Contre l'Olympe sublime |
liançant vos traits venimeux ,
Osez , dignes du tonnerre,
Attaquer ce que la terre
Eut jamais de plus fameux ?
Impitoyables Zoïles , Plus sourds que le noir Pluton , Souvenez-vous , âmes viles , Du sort de Faffreux Python :
Chez les filles de mémoire Allez apprendre l'histoire De ce serpent abhorré , Dont rhdeine détestée De sa vapeur empestée Souilla leur séjour sacré.
Lorsque la terrestre masse Du déluge eut bu les eaux , U ef&aya le Parnasse Par des prodiges nouveaux , Le ciel vit ce monstre impie , Né de la fange croupie Au pied du mont Pélion , SoufiQer son infecte rage Contre le naissant ouvrage Des mains de Deucalion.
Mais le bras sûr et terrible Du dieu qui donne le jour Lava dans son sang horrible L'honneur du docte séjour.
Bientôt de la Thessalie , Par sa dépouille ennoblie , Les champs en furent baignés , Et du Céphise rapide Son corps af&eux et livide Grossit les flots indignés.
De récume empoisonnée De ce reptile fatal Sur la terre profanée
Naquit on germe infernal ; Et de là naissent les sectes De tous ces sales insectes De qui le soufQe envieux Ose d'un venin critique Noircir de la Grèce antique Les célestes demi-dieux.
A peine', sur de vains titres , Intrus au sacré vallon, Us s*érigent en arbitres Des oracles d'Apollon :
Sans cesse dans les ténèbres Insultant les morts célèbres.
Ils sont comme ces corbeaux De qui la troupe affiamée , Toujours de rage animée, Croasse autour des tombeaux.
Cependant, à les entendre , Leurs ramages sont si doux , Qu'aux bords mêmes du Méandre Le cygne en serait jaloux ; Et quoiqu'en vain ils allument L'encens dont ils se parfument Dans leurs chants étudiés, Souvent de ceux qu'ils admirent.
Lâches flatteurs, ILs attirent Les éloges mendiés.
Une louange équitable, Dont l'honneur seul est le but.
Du mérite véritable Est le plus juste tribut :
Un esprit noble et sublime , Nourri de gloire et d'estime , Sent redoubler ses chaleurs , Comme une tige élevée ,
D'une onde pure abreuvée , Voit multiplier ses fleurs.
Mais cette flatteuse amorce
D'un hommage qu'on croit dâ
Souvent prête même force
Au vice qu'à la vertu :
De la céleste rosée
La terre fertilisée.
Quand les fnmas ont cessé ,
Fait également éclore
Et les doux parfums de Flore
Et les poisons de Grcé.
dieux , gardez vos eaux fécondes Pour le rajnrte aimé des dieux ; Ne produguiez plus vos ondes A cet if contagieux :
Et vous , en£ants des nuages , Vents, ministres des orages.
Venez , fiers tyrans du nord , De vos brûlantes froidures Sécher ces feuilles impures Dont l'ombre donne la mort.
ODE VII
A S. EXC. M. LE COMTE DE SINZINDORF, chancelier de la ooor impériale.
L'hiver, qui si longtemps a fait, blanchir nos plaines , N'enchaîne plus le cours des paisibles ruisseaux ; Et les jeunes Zéphyrs , de leurs chaudes haleines , Ont fondu l'écorce des eaux.
Les troupeaux ont quitté leurs cabanes rustiques ; Le laboureur commence à lever ses guérets ;
Les arbres vont bientôt, de leurs têtes antiques , Ombrager les vertes forêts.
Déjà la terre s'ouvre; et nous voyons édii^e Les prémices heureux de ses dons bienûilsants : . Gérés vient à pas lents , à la suite ^de Flore , Contempler ses nouveau^ présents.
De leurs douces chansons , instruits par la nature , Mille tendres oiseaux font résonner les airs ; Et les nymphes des bois, dépouillant leur ceinture Dansent an bruit de leurs concerts.
Des objets si charmants , un séjour si tranquille , La verdure, les fleurs , les ruisseaux, "les beaux jours , Tout invite le sage à chercher un asile Contre le tumulte des cours.
Mais vous 3 à qui Minerve et les filles d* Astrée Ont confié le sort des terrestres humains , Vous, qui n'osez quitter la balance sacrée Dont Thémis a chargé vos mains ;
Ministre de la paix , qui gouvernez les réues D'un empire puissant autant que glorieux , Vous ne pouvez longtemps vous dérober aux chaînes De vos emplois laborieux.
Bientôt l'État , privé d'une de ses colonnes , Se plaindrait d'un repos qui trahirait le sien ; L'orphelin vous crierait : Hélas ! tu m'abandonnes r Je perds mon plus ferme soutien !
Vous irez donc revoir, mais pour peu de journées , Ces fertiles jardins, ces rivages si doux. Que la nature et l'art , de leurs mains fortunées , Prennent soin d'embellir pour vous.
Dans ces immenses lieux dont le sort vous fit maître , Vous verrez le soleil , cultivant leurs trésors.
Se lever le matm , et le soir disparaître , Sans sortir de leurs riches bords.
Tantôt vous tracerez la course de votre onde ; Tantôt , d*igi fer courbé dirigeant vos ormeaux , Vous ferez remonter leur sève vagabonde Dans de plus utiles rameaux.
Souvent , d'un plomb subtil que le salpêtre embrase , Vous irez insulter le sanglier glouton , Ou , nouveau Jupiter, faire aux oiseaux du Phase Subir le sort de Phaéton. .
O doux amusements ! ô charme inconcevable A ceux que du grand monde éblouit le chaos ! Solitaires vallons , retraite inviolable De rinnocence et du repos ;
Délices des aïeux d'une épouse adorée Qui réunit l'éclat de toutes leurs splendeurs , Et dans qui la vertu , par les grâces parée ,
Brille au-dessus de leurs grandeurs!
Arbres verts et fleuris , bois paisibles et sombres , A votre possesseur si doux et si charmants , Puissiez-vous ne durer que pour prêter vos ombres A ses nobles délassements !
Mais la loi du devoir, qui lui parle sans cesse , Va bientôt l'enlever à ses heureux loisirs : Il n'écoutera plus que la voix qui le presse De s'arracher à vos plaisirs.
Bientôt vous le verrez , renonçant à lui-même , Reprendre les liens dont il est échappé ; Toujours de l'intérêt d'un monargue qu'il aime, Toujours de sa gloire occupé.
Allez, illustre appui de ses vastes provinces , Allez-, mais revenez, de leur amour épris.
Organe des décrets da plus sage des princes , Veiller sur ses peuples chéris.
C'est pour eux qu'autrefois , loin de votre patrie , Consacré de bonne heure à de nobles travaux , Vous fîtes admirer votre heureuse industrie A ses plus illustres rivaux.
La France vit briller votre zèle intrépide Contre le feu naissant de nos derniers débats : Le Batave vous vit opposer votre égide Au cruel démon des combats.
Vos vœux sont satisfaits : la discorde et la guerre rTosent plus rallumer leurs tragiques flambeaux ; Et les dieux apaisés redonnent à la terre
Des jours plus sereins et plus beaux.
Ce chef de tant d'États , à qui le ciel dispense Tant de riches trésors , tant de fameux bienfaits , A déjà de ces dieux reçu la récompense De sa tendresse pour la paix.
Il a vu naître enfin de son épouse aimée Un gage précieux de sa fécondité , Et qui va désormais de FEurope charmée Affermir la tranquillité.
Arbitre tout-puissant d'un empire invincible s Plus maître encor du cœur de ses sujets heureux, Qu'a-t-il à désirer, qu'un usage paisible
Des jours qu'il a reçus pour eux ?
Non , non; il n'ira point , après tant de tempêtes , Ressusciter encor d'antiques différends : Il sait trop que souvent les plus belles conquêtes Sont la perte des conquérants.
Si toutefois l'ardeur de, son nMe courage ' L'empereur Charles Yl.
i. B. ROUSSEAU. 28
L'engageait quelque jour au delà de ses droits , Écoutez la leçon d'un Socrate sauvage ,
Faite au plus puissant de nos rois.
Pour la troisième fois, du supeibe Versailles Il fiadsait agrandir le parc délicieux ; Un peuple harassé, de ses vastes murailles Creusait le contour spacieux.
Un seul , contre un vieux chêne appuyé sans mot dire , Semblait à ce travail ne prendre aucune part : À quoi réves-tu là ? dit le prince. Hélas ! sire, Répond le champêtre vieillard ,
Pardonnez : je songeais que de votre héritage Vous avez beau vouloir élargir les confins ; Quand vous Tagrandiriez trente fois davantage. Vous aurez toujours des voisins.
ODE VIIL
POUR S. A. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE VENDOME, ▲LORS GRAND PRIEUR DE FRANGE,
sur son retoar de rUe de Malte ea I716.
Après que cette île guerrière , Si fatale aux fiers Ottomans , Eut mis sa puissante barrière A couvert de leurs armements , Vendôme, qui, par sa prudence , Sut y rétablir Tabondance Et pourvoir à tous ses besoins , Voulut céder aux destinées , Qui réservaient à ses années D'autres climats et d'autres soins.
Mais dès que la céleste voûte Fut ouverte au jour radieux
Qui devait éclairer la route De ce héros ami des dieux, Du fond de ses grottes profondes Neptune éleva sur les cmdes Son char de tritons entouré ; £t ce dieu , prenant la parole , Aux superbes enfants d*Éole Adressa cet ordre sacré :
Allez , tyrans impitoyables Qui désolez tout Tunivers, De vos tempêtes ef&oyables Troubler ailleurs le sein des mers :
Sur les eaux qui baignent l'Afrique C'est auVultume pacifique Que j'ai destiné votre emploi :
Partez , et que votre furie Jusqu'à la dernière Hespérie Respecte et subisse sa loi.
Mais vous , aimables Néréides , Songez au sang du grand Henri s Lorsque nos campagnes humides Porteront ee prince ehéri :
Aplanissez Fonde orageuse ; Secondez l'ardeur courageuse De ses fidèles matelots :
Venez ; et d'une main agile Soutenez son vaisseau fragile , Quand il roulera sur mes flots.
Ce n'est pas la première grâce Qu'il obtient de notre secours :
Dès l'enfance , sa jeune audace Osa vous confier ses jours :
C'est vous qui , sur ce moite empire ,
Le prince de VeDdôme était fila de Henri lY et de Gabrielle d*Es-
Au gré du volage Zéphyre Conduisiez au port son vaisseau , Lorsqu'il vint , plein d'un si beau zèle , Au secours de l'île où Cybèle Sauva Jupiter au berceau '.
Dès lors quels périls , quelle gloire , N'ont point signalé son grand cœur ?
Ils font le plus beau de l'histoire D'un héros en tous lieux vainqueur, D'un frère... Mais le ciel , avare De ce don si cher et si rare , L'a trop tôt repris aux humains.
C'est à vous seuls de l'en absoudre , Trônes ébranlés par sa foudre, Sceptres raffermis par ses mains.
Non moins grand , non moins intrépide On le vit , aux yeux de son roi , Traverser un fleuve rapide , £t glacer ses rives d'eâroi.
Tel que d'une ardeur sanguinaûre Un jeune aiglon , loin de son aire Emporté plus prompt qu'un éclair , Fond sur tout ce qui se présente, Et d'un cri jette l'épouvante Chez tous les habitants de l'air.
Bientôt sa valeur souveraine , Moins rebelle aux leçons de l'art , Dans l'école du grand Turenne Apprit à fixer le hasard.
Cest dans cette source fertile Que son courage plus utile , De sa gloire unique artisan y Acquit cette hauteur suprême
« L'ile de Crète. AIlusioQ à Texpéditioa de Candie.
Qu'admira Bellone elle-même Dans les campagnes d'Orbassan.
Ëst-il quelque guerre fameuse Dont il n'ait partagé le poids ?
Le Rhin , le Pô , l'Èbre , la Meuse , Tour à tour ont vu ses exploits.
France , tandis que tes armées De ses yeux furent animées , Mars n'osa jamais les trahir ; Et la Fortune permanente A son étoile dominante Fit toujours gloire d'obéir.
Mais quand de lâches artifices
T'eurent enlevé cet appui »,
Tes destins , jadis si propices.
S'exilèrent tous avec lui :
Un dieu pluj^uissant que tes armes
Frappa de paniques alarmes
Tes plus intrépides guerriers ;
Et sur tes frontières célèbres
Tune vis que cyprès funèbres
Succéder à tous tes lauriers
O détestable calomnie, Fille de l'obscure fureur, Compagne de la zizanie , Et mère de l'aveugle erreur !
C'est toi dont la langue aiguisée De l'austère fils de Thésée Osa déchirer les vertus ; C'est par toi qu'une épouse indigne Arma contre un héros insigne La crédulité de Prétus.
* Allusion à la disgrâce qa*é(ffoava le prince de Vendôme, pour ne s'être pas trouvé à U bataille de Cassaoo, ea 1702.
Dans la nuit et dans le silence
Tu conduis tes coups ténébreux :
Du masque de la vraisemblance
Tu couvres ton visage affreux :
Tu divises , tu désespères
Les amis , les époux , les frères :
Tu n'épargnes pas les autels ;
Et ta fureur envenimée,
Contre les plus grands noms armée ,
Ne fait grâce qu'aux vils mortels.
Voilà de tes agents sinistres Quels sont les exploits odieux :
Mais enfin ces lâches ministres Épuisent la bonté des dieux :
En vain , chéris de la Fortune , Ils cachent leur crainte importune , Enveloppés dans leur orgueil :
Le remords déchire leur âmf; Et la honte qui les diffame Les suit jusque dans le cercueil.
Vous rentrerez, monstres perfides, Dans la foule où vous êtes nés ; Aux vengeances des Euménides Vos jours seront abandonnés :
Vous verrez , pour comble de rage , Ce prince , après un vain orage , Paraître en sa première fleur.
Et, sous une heureuse puissance , Jouh* des droits que la naissance Ajoute encore à sa valeur.
Mais déjà ses humides voOes Flottent dans mes vastes déserts :
Le soleil , vainqueur des étoiles , Monte sur le trône des airs.
Hâtez-vous , filles de Nérée ;
UVRE m. 331
Allez sur la plaine azurée Joindre vos Tritons dispersés :
0 est temps de servir mon zèle :
Allez ; Vendôme vous appelle ; Neptune parle; obéissez.
Il dit ; et la mer, qui s*entr'ouvre , Déjà fait briller à ses yeux De son palais qu'elle découvre L'or et le cristal précieux.
Cependant la nef vagabonde Au milieu des nymphes de Tonde Vogue d'un cours précipité , Telle qu'on voit rouler sur l'herbe Un char triomphant et superbe , Loin de la barrière emporté.
Enfin, d'un prince que j'adore Les dieux sont devenus l'appui ; Il revient éclairer encore Une cour plus digne de lui :
Déjà d'un nouveau phénomène L'heureuse influence y ramène Les jours d' Astrée et de Thémis :
Les vertus n'y sont plus en proie A l'avare et brutale joie De leurs insolents ennemis.
Un instinct né chez tous les hommes , Et chez tous les hommes égal , Nous force tous, tant que nous sommes.
D'aimer notre séjour natal ; Toutefois, quels que puissent être Pour les lieux qui nous ont vus naître Ces mouvements respectueux , La vertu ne se sent point née Pour voir sa gloire profanée Par le vice présomptueux.
Ulysse , après vingt ans d'absence , De disgrâces et de travaux ,- Dans le pays de sa naissance Vit finir le cours de ses maux.
Mais il eût trouvé moins pénible De mourir à la cour paisible Du généreux Alcinoûs , Que de viVre dans sa patrie , Toujours en proie à la furie D'Eurymaque ou d'Antinous.
ODE IX
Sur la bataille de Péterwaradio.
Ainsi le glaive fidèle De range exterminateur Plongea dans Tombre étemelle Un peuple profanateur, Quand l'Assyrien terrible Vit dans une nuit horrible Tous ses soldats égorgés De la fidèle Judée, Par ses armes obsédée , Couvrir les champs saccagés.
Où sont ces fils de la terre Dont les fières légions Devaient allumer la guerre Au sein de nos régions ?
La nuit les vit rassemblées ; Le jour les voit écoulées , Gomme de faibles ruisseaux Qui , gonflés par quelque orage , Viennent inonder la plage Qui doit engloutir leurs eaux.
Déjà ces monstres sauvages >
Qu^arma rinfidélité , Marchaient le long des rivages Du Danube épouvanté :
Leur chef, guidé par l^audace, Avait épuisé la Thrace D*armes et de combattants , Et des bornes de FAsie Jusqu'à la double Mésie Conduit leurs drapeaux flottants.
A ce déluge barbare D'effroyables bataillons L'infatigable Tartare Joint encor ses pavillons. C'en est fait ; leur insolence Peut rompre enfin le silence ; L'effroi ne les retient plus :
Ils peuvent, sans nulle crainte, D'une paix trompeuse et feinte Briser les noeuds superflus.
Cest en vain qu'à notre vue Un guerrier, par sa valeur, De leur attaque imprévue A repoussé la chaleur :
C'est peu qu'après leur défsdte Sa triomphante retraite Sur nos confins envahis Ait , avec sa renommée , Consacré dans leur armée La honte de leurs spahis.
Ils s'aigrissent par leurs pertes :
Et déjà de toutes parts Nos campagnes sont couvertes De leurs escadrons épars.
Venez , troupe meurtrière ; La nuit, qui , dans sa carrière ,
Fuit à pas précipités , Va bientôt laisser éclore De votre dernière aurore Les foudroyantes clartés.
Uq prince dont le génie Fait le destin des combats Veut de votre tyrannie Purger enûn nos États :
II tient cette même foudre Qui vous fit mordre la poudre En ce jour si glorieux Où , par vingt mille victimes , La mort expia les crimes De vos funestes aïeux.
Hé quoi ! votre ardeur glacée Délibère à son aspect !
Ah ! la saison est passée D'un orgueil si circonspect .
En vain de lâches tranchées Couvrent vos têtes cachées ; Eugène est prêt d'avancer :
Il vient , il marche en personne ; Le jour luit ; la charge sonne ; Le combat va commencer.
Wirtemberg , sous sa conduite , A la tête de nos rangs , Déjà certain de leur fuite Attaque leurs premiers flancs.
Merci , qu'un même ordre enflamme, Parmi les feux et la flamme Qui tonnent aux environs , Force , dissipe , renverse , Détruit tout ce qui traverse L'effort de ses escadrons.
^os soldats , dans la tempête ,
Par cet exemple affermis , Sans crainte exposent leur tête A tous les feux ennemis ; Et chacun, malgré Forage , Suivant d'un même courage Le chef présent en tous lieux , Plein de joie et d'espérance , Combat avec Fassurance De triompher à ses yeux.
De quelle ardeur redoublée Mille intrépides guerriers Viennent-ils dans la mêlée Chercher de sanglants lauriers \ O héros à qui la gloire D'une si belle victoire Doit son plus ferme soutien , Que ne puis-je , dans ces rimes Consacrant vos noms sublimes , Immortaliser le mien !
Mais quel désordre incroyable Parmi ces corps séparés Grossit la nue effroyable Des ennemis rassurés ?
Près de leur moment suprême, Ils osent , en fiiyant»même , Tenter de nouveaux exploits :
Le désespoir les excite ; Et la crainte ressuscite Leur espérance aux abois.
Quel est ce nouvel Alcide ' Qui seul, entouré de morts, De cette foule homicide Arrête tous les efforts?
A peine un fer détestable
1 Le comte de Bonneval.
'^3 fi ODES.
Ouvre son flanc redoutable , Son sang est déjà payé ; £t son ennemi , qui tombe , De^sa troupe qui succombe Voit fuir le reste eStayé,
Eugène a fait ce miracle ; Tout se rallie à sa voix :
L'infidèle , à ce spectacle , Recule encore une fois.
Aremberg, dont le courage De ces monstres pleins de rage Soutient le dernier effort , D*un air que Bellone avoue Les poursuit , et les dévoue Au triomphe de la mort. ^
Tout fuit , tout cède à nos ari;nes :
Le vizir, percé de coups , Va , dans Belgrade en alarmes , Rendre son âme en courroux : Le camp s'ouvre ; et ses richesses , Le fruit des vastes lai^esses De cent peuples asservis , Dans cette nouvelle Troie Vont être aujourd'hui la proie De nos soldats assouvis.
Rendons au Dieu des armées
Nos honneurs les plus touchants ;
Que ces voûtes parfumées
Retentissent de nos chants :
Et lorsqu'envers sa puissance
Notre humble reconnaissance
Aura rempli ce devoir ,
Marchons , pleins d'un nouveau zèle,
A la victoire nouvelle
Qui flatte encor notre espoir.
Temeswar, de nos conquêtes Deux fois le fatal écueil , Sous nos foudres toutes prêtes Va voir tomber son orgueil :
Par toi seul, prince invincible , Ce rempart inaccessible Pouvait être renversé :
Va , par son illustre attaque , Rompre les fers du Valaque £t du Hongrois oppressé.
Et toi qui , suivant lés traces Du premier de tes aïeux , Éprouves , par tant de grâces , La bienveillance des cieux , Monarque aussi grand que juste , Reconnais le prix auguste Dont le monarque des rois Paye avec tant de clémence Ta piété , ta constance , Et ton zèle pour ses lois.