‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 73 sur 124 · CANTATE VUI · texte numérisé non relu

CANTATE VUI

C'est toi, divin Bacehus , dont je chante la gloire : Nymphes , faîtes silence, écodtez mes concerts.

Qu'un autre apprenne à l'univers Du fier vainqueur d'Hector la glorieuse histoire;

Qu'il ressuscite dans ses vers Des enfants de Péiops l'odieuse mémoire : Puissant dieu des raisins, digne objet de nos vœux ,

C'est à toi seul que je me livre ; De pampres , de festons, couronnant mes cheveux ,

En tous lieux je prétends te suivre ;

C'est pour toi seul que je veux vivre

Parmi les festins et les jeux .

Des dons les plus rares Tu combles les cieux : C'est toi qui prépares Le nectar des dieux.

La céleste troupe , * Dans ce jus vanté , Boit à pleine coupe L'immortalité.

Tu prêtes des armes Au dieu des combats ; Vénus sans tes charmes Perdrait ses appas.

Du fier Polyphèrae Tu domptes les sens ; Et Phébus lui-même Te doit ses accents.

Mais quels transports involontaires Saisissent tout à coup mon esprit agité ? Sur quel vallon sacré , dans quels bois solitaires

Suis-je en ce moment transporté ?

Bacchus à mes regards dévoile ses mystères. Un^mouvement confus de joie et de terreur

M'échauffe d'une sainte audace ;

Et les Ménades en fureur I^'ont rien vu de pareil dans les antres de Thrace.

Descendez, mère d'Amour ; Yei^^ez embellir la fête Du dieu qui fît la conquête Des climats où naît le jour.

Descendez , mère d'Amour ; Mars trop longtemps vous arrête.

Déjà le jeune Sylvain , Ivre d'amour et de vi n , Poursuit Doris dans la plaine ; £t les nymphes des forêts D'un jus pétillant et frais Arrosent le vieux Silène.

Descendez, mère d'Amour; Venez embellir la fête Du dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour.

Descendez , mère d'Amour; Mars trop longtemps vous arrête.

Profanes , fuyez de ces lieux ; Je cède aux mouvements que ce grand jour m'inspire. Fidèles sectateurs du plus charmant des dieux, Ordonnez le festin , apportez-moi ma lyre ; Célébrons entre nous un jour si glorieux. Mais , parmi les transports d'un aimable délire, Éloignons loin d'ici ces bruits séditieux.

Qu'une aveugle vapeur attire :

Laissons aux Scythes inhumains

Mêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage; Les dards du Centaure sauvage

Ne doivent point souiller nos innocentes mains.

Bannissons Taf&euse Bellone De rinnocencc des repas :

Les Satyres , Bacchus , et Faune , Détestent Thorreurdes combats.

Malheur aux mortels sanguinaires Qui , par de tragiques foriiaits, • Ensanglantent les doux mystères D'un dieu qui préside à la paix !

Bannissons Fafi&euse Bellone De l'innocence des repas :

Les Satyres , Bacchus , et Faune, Détestent l'horreur des combats.

Veut-on que je fasse la guerre? Suivez-moi , mes amis ; accourez , combattez. Emplissons cette coupe, entourons-nous de lierre. Bacchantes , prêtez-moi vos thyrses redoutés. Que d'athlètes soumis ! que de rivaux par terre ! O fils de Jupiter , nous ressentons enfin

Ton assistance souveraine.

Je ne vois que buveurs étendus sur l'arène ,

Qui nagent dans des flots de vin.

Triomphe ! victoire !

Honneur à Bacchus !

Publions sa gloire.

Triomphe ! victoire !

Buvons aux vaincus.

Bruyante trompette , Secondez nos voix ,

Sonnez leur défaite.

Bruyante trompette , Chantez nos exploits.

Triomphe î victoire !

Honneur à fiacchus !

Publions sa gloire.

Triomphe ! victoire !

Buvons aux vaincus.

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