‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 75 sur 124 · LES FILETS DE VULCAIN · texte numérisé non relu

LES FILETS DE VULCAIN

Le Soleil adorait la reine de Paphos , Et disputait à Mars le cœur de rimmortelle : Lorsqu'un coup du destin , fatal à son repos , Du bonheur d'un rival le fit témoin fidèle.

Confus , désespéré , jaloux , II court pour se venger d'un si cruel outrage ;

Mais au milieu de son courroux Une secrète voix lui tenait ce langage :

Où portes-tu tes pas ?

Étouâis ta colère ; Et ne t'aveugle pas Quand la raison t'éclaire.

Tous ces efforts jaloux Qu'excite une infidèle La vengent mieux de nous Qu'ils ne nous vengent d'elle.

Ainsi , loin de punir L'ingrate qui t'offense , Tâche d'en obtenir Le prix de ton silence.

Fais-lui payer ta foi ; Presse , prie, intimide :

L'amour sera pour toi , Si la raison te guide.

Faible raison, hélas î le dieu, plein de fureur,

Chez l'époux de Vénus va souffler la terreur.

Dans un réduit obscur, ignoré , solitaire ,

Ses yeux , ses yeux ont vu... ce qu'il ne peut plus taire.

A ce discours Yulcain , de rage possédé,

N'aspire qu'à confondre une épouse perflde. Malheureux ! mais Thymen fut toujours mal guidé ,

Quand il prit le courroux pour guide.

Autour de ce réduit heureux , Théâtre où les Amours célèbrent leur victoire , Il dispose avec art d'imperceptibles nœuds , Piège où doit expirer leur honneur, et sa gloire.

Craignez, amants trop heureux , Votre félicité même :

Plus un bonheur est extrême , Et plus il est dangereux.

Le dieu qui vous fait aimer Vous enivre de ses charmes ; Mais d'un amour sans alarmes On doit toujours s'alarmer. '

Craignez, amants trop heureux , Votre félicité même :

Plus un bonheur est extrême , Et plus il est dangereux.

Victimes de leur n4;ligence, Mars et Vénus surpris sont la fable des deux.

Déjà , tout fier de sa vengeance , Vulcain à ce spectacle appelle tous les dieux ; Déjà sur cet objet leur troupe se partage ; Quand tout à coup Momus court à ce dieu peu sage , Et d'un laurier burlesque orne son triste front.

Tout l'olympe éclata de rire ; Et Vulcain , essuyant mille traits de satire , S enfuit , et dans Lemnos fut cacher son affront.

Heureux qui se rend maître D'un stérile courroux !

C'est être heureux époux Que de feindre de l'être ; Et plus on est jaloux ,

Moins on doit le paraître.

Vénus sait se contraindre ; Elle fuit le grand jour :

De sa paisible cour L'Hymen doit peu se plaindre ; Et ce n'est point F Amour, C'est Momus qu'il doit craindre.

CALISTO.

Déesse des forêts , à vos pieds je m'engage A mépriser l'amour, à détester ses feux : Puissé-je devenir, si je trahis mes vœux , Des objets de ces bois l'objet le plus sauvage ! Calisto , ce fut là ton serment ; mais , hélas ! Ta fatale beauté ne le confirmait pas. '

O beauté, partage funeste, A tous les autres préféré , Vous êtes du courroux céleste Le gage le plus assuré!

Mille embûches toujours certaines Semblent conjurer vos malheurs :

La volupté forme vos chaînes , Votre orgueil les couvre de fleurs.

O beauté, partage funeste , A tous les autres préféré , Vous êtes du courroux céleste Le gage le plus assuré !

En vain mille mortels avaient brûlé pour elle , Sa constante vertu lui fut toujours fidèle. Mais qui peut , dieux cruels , braver votre pouvoir ? Jupiter, sous les traits de Diane elle-même ,

Séduit enfin cette nymphe quUl aime, Et la force à trahir ses vœux et son devoir.

Feux illégitimes , Trompeuse douceur, Dans quels noirs ahîmes Plongez- vous mon cœur ?

La sombre tristesse Toujours me poursuit ; La crainte me presse.

Le repos me fuit.

Feux illégitimes , Trompeuse douceur , Dans quels noirs abtmes Plongez-vous mon cœur?

C'en est fait ; et déjà la sévère Diane

A reconnu le fruit d'un malheureux amour.

Sors de mes yeux , objet profane , Ne souille plus , dit-elle , un si chaste séjour ;

Transformée en ourse effroyable.

Va cacher dans les bois ta honte et tes plaisirs :

Sous cette forme épouvantable , Que Jupiter, s'il veut, t'offre encor ses soupirs.

Vous qui dans l'esdavage Tenez le cœur des dieux , Craignez toujours Thommage Qu'ils rendent à vos yeux.

Aux douceurs du mystère Le calme est attaché :

Ce que la gloire éclaire N'est pas longtemps caché.

Vous qui dans l'esclavage Tenez le cœur des dieux , Craignez toujours l'hommage Qu'ils rendent à vos yeux.

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