A M. LE BARON DE BRETEUIL
(FRAGMENT
J'ai vu le temps (mais Dieu merci , tout passe) QucGalliope au sommet du Parnasse, Chaperonnée en burlesque docteur , Ne savait plus qu'étourdir l'auditeur D'un vain ramas de sentences usées , Qui, de l'olympe excitant les nausées Faisaient souvent, en dépit de ses sœurs , Transir de froid jusqu'aux applaudisseurs. Nous avons vu, presque durant deux lustres , Le Pinde en proie à de petits illustres. Qui, traduisant Sénèque en madrigaux , Et rebàttant des sons toujours égaux , Fous de sang-froid , s'écriaient : « Je m'égare; « Pardon, messieurs , j'imite tropPindare : » Et suppliaient le lecteur morfondu De faire grâce à leur feu prétendu.
Comme eux alors apprenti philosophe, Sur le papier nivelant chaque strophe.
J'aurais bien pu du bonnet doctoral Ëmbéguiner mon Apollon moral , Et rassembler , sous quelques jolis titres , Mes froids dizains rédigés en chapitres ; Puis gram à grain tous mes vers enfilés , Bien arrondis , et bien intitulés ,
Faire servir votre nom d'épisode ,
Et vous offrir, sous le pompeux nom d'ode
A la faveur d'un éloge écourté ,
De mes sermons l'ennuyeuse beauté.
Mais mon génie a toujours , je Tavoue,
Fui ce faux air dont le bourgeois s'engoue ;
£t ne sait point, prêcheur fastidieux.
D'un sot lecteur éblouissant les yeux ,
Analyser une vérité fade
Qui fait vomir ceux qu'elle persuade ,
Et qui , traînant toujours le même accord ,
Nous instruit moins qu'elle ne nous endort.