‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 92 sur 124 · SUR L'ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

SUR L'ENTHOUSIASME

Aigle qui ravis les Pindares

Jii^qu'au trône enflammé des dieux ,

Enthousiasme, tu m*égares

A travers l'abîme des cieux.

Ce vil globe à mes yeux s'abaisse ,

Mes yeux s'épurent , et je laisse

Cette fange , empire des rois .

Déjà , sous mon regard immense , I<es astres roulent en silence :

L'Olympe tressaille à ma voix.

O Muse ! dans l'ombre infernale Ton fils plongea ses pas vivants :

Moi , sur les ailes de Dédale , Je franchis la route des vents.

« 11 est beau , mais il est funeste « De tenter la voûte céleste. »

Arrête, importune raison l Je vole , je devance Icare , Dussé-je à quelque mer barbare Laisser mes ailes et mon nom.

Que la colombe d' Amathonte S'épouvante au feu des éclairs ; Le noble oiseau qui les affronte Prouve seul qu'il est roi des airs.

Je brûle du feu qui l'anime.

Jamais im front pusillanime N'a ceint des lauriers immortels.

L'audace enfante les trophées.

Qu'importe la mort aux Orphées , Si leurs tombeaux sont des autels ?

Silence, altières Pyramides!

Silence, vains efforts de l'art !

Les œuvres de ses mains timides PTontrieu d'un généreux hasard.

O Nature! ta main sublime Dans les airs a jeté la cime De ces Etnas majestueux.

L'art pâlit d'en tracer l'image :

L'œil étonné te rend hommage Par un effroi respectueux.

Cest de là qu'exhalant son âme

Non loin des gouffres de Tenfer, Enoelade vomit la flamme Contre les feux de Jupiter.

De ses lèvres étincelantes , L'incendie aux ailes brûlantes Fond dans les deux épouvantés :

Ces étincelles vagabondes Couvrent Pair, la terre et les ondes De leurs foudroyantes clartés.

Vaste Homère ! de ton génie Ainsi les foudres allumés , Avec des torrents d'harmonie , Roulent dans tes vers enflammés.

Des feux de ta bouillante audace Jaillissent la force et la grâce De tes divins enfantements , Comme des mers le dieu suprême Vit éclore la beauté même Du choc de ses flots écumants.

A mes accords, l'aigle charmée Ralentit son vol orageux , Et de sa foudre désarmée S'assoupissent les triples feux.

Tes chants , divine poésie .

Parfument encor l'ambroisie Que verse aux dieux la jeune Hébé ; Ton charme atteint le sombre empire Et devant ta puissante lyre Le triple monstre s'est courbé.

Qu'il aille aux gouffres du Tartare

De Typhon subir le destin ,

Le cœur jaloux , le cœur barbare

Qui dédaigne cet art divin ,

Ce fils des nymphes de Mémoire

Qui de la honte et de la gloire

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