DE
Trace un immortel souvenir, Et , de palmes chargeant sa tête, Se fait une illustre conquête De tous les siècles à venir !
0 génie! ô vainqueur des âges , Toi qui sors brillant du tombeau , Sous de mystérieux nuages Souvent tu caches ton berceau.
Cest dans la solitude et Tombre Que ta gloire muette et sombre Prépare ses jours éclatants :
L'œil profane qui vit ta source Ne se doutait pas que ta course Dût franchir la borne des temps .
Tel on voit, dans Tempire aride Des fils basanés de Memnon , T^e Nil de son berceau liquide S'échapper sans gloire et sans nom.
Du haut des rocs ses flots jaillissent Et quelque temps s'ensevelissent Parmi des gouffres ignorés ; Mais tout à coup à la lumière Il renaît pour Memphis entière , Et ses flots en sont adorés.
Divin génie , un cœur de flammes Est la source de tes élans :
De là tu verses dans les âmes Tes flots éternels et brûlants.
Ton enthousiasme rapide Entraîne dans sa course avide Les peuples , les siècles divers :
Puissance électrique et soudaine .
D'un coup frappant toute la diaîne Qui ceindrait l'immense univers.
Il t'embrasait , 6 Galilée ,
Quand la terre entendit ta voix , £t que, loin du centre exilée, Elle i>arut suivre tes lois.
Newton , roi des sphères célestes.
Tu le respires , tu l'attestes Dans tes calculs audacieux.
Franklin maîtrise le tonnerre , £t Moutgolfier, fuyant la terre , Se précipite dans les deux.
Les âmes , de gloire ef&énées , Par un essor inattendu , Se plongent dans leurs destinées A travers l'obstacle éperdu. Un enthousiasme héroïque , S'ouvrant les ondes du Granique , D'Alexandre enflamme l'espoir, Soumet la terre à sa fortune , Et le montre au dernier Neptune , Tous deux étonnés de se voir.
Du fond brûlant de l'Arabie * S'élance un prophète guerrier :
Sa loi , que Médine a subie.
Menace l'univers entier.
L'enthousiasme qui l'inspire Fonde ^ en courant, ce vaste empire Qu'un Vain droit n'eût jamais acquis.
La raison, qu'Uranie éclaire , A révélé l'autre hémisphère :
L'enthousiasme l'a conquis.
Ta promesse n'est jamais vaine , Instinct de gloire ! c'est par toi Que Nemours triomphe à Ravenne , Gondé dans les champs de Rocroi.
Par toi la bergère amazone , S'armant pour défendre le trône
Qu'Albion voulait conquérir, Sut vaincre , et sauva nos murailles , Quand Dunois , la Hire et Saintrailles« Vaincus , ne savaient que mourir.
Il est plus d'un instant suprême Que la raison n'ose prévoir ; Où rame , au-dessus d'elle-même , Peut tout ce qu'elle croit pouvoir.
Ainsi Mahon vit nos approdHes De ses inaccessibles roches Atteindre le faite indompté ; Mais la Victoire» sur leur cime, Frémit en mesurant l'abîme Qu'elle-même avait surmonté.
L'honneur enfanta ces miracles ; Mais , ô céleste Liberté , Quand la vertu rend tes oracles , Tout cède à ta divinité.
0 du Français nouvelle amante !
Vierge belliqueuse et charmante , Comme il te suit dans les combats!
Rival de Rome et de la Grèce , Gomme il brâle de ton ivresse !
Gomme il triomphe sur tes pas !
Sans doute il a ses Thermopyles ; Il a ses champs de Marathon :
Les rois vaincus n'ont point d'asiles Gontre la terreur de son nom.
Fleurus , ta plaine ûit leur tombe.
L'aigle s'enfuit ; Luxembourg tombe ; £t, des murs jadis écroulés Devant la trompette bruyante , Je vois dans sa chute efi&ayante Les prodiges renouvelés.
Enthousiasme , que tes ailes
M'emportent sur les vastes mers!
Là, des palmes enoor fidèles Couromient même nos revers.
Là , par un naufrage isublime , Le Vengeur, consacrant TaMme , Y descend fier et glorieux :
A peine un flot grondant le couvre , Que déjà roiympe s'entr'ouvre A ses mânes victorieux.
0 Liberté , que tes orages Ont de charmes pour les grands cœurs!
Ils ne craignent point ces naufrages D'où leurs noms s'élancent vainqueurs.
Victime de ton beau délire, Dût mon sang arroser ma lyre , Content, je mourrai dans tes bras.
Par d'afifreùx tyrans menacée , A-t-on vu la muse d'Alcée Pâlir à l'aspect du trépas?
Le chantre* des vainqueurs d'Élide, Plein de leur esprit belliqueux , Devance leur course rapide , Ou se précipite avec eux.
Parmi des torrents de poussière, Son char, dévorant la carrière, Parait s'égarer dans leurs flots ; Mais toujours sa roue enflammée , Rasant la borne accoutumée , Ravit la palme à ses rivaux.
Ces comètes échevelées ,
Qui fendent l'air d'un vol brûlant ,
Égarent leurs sphères ailées
Aux yeux d'un vulgaire tremblant :
> Pindare.
U craint que leur fotale route N'embrase la oéleste voûte, Et ne détruise Tunivers ; Mais , à l'œil pensant d'Uranie , Leur désordre est une harmonie Qui repeuple les deux déserts.
ODE