‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 96 sur 124 · A MES AMIS, DANS UN FESTIN · texte numérisé non relu

A MES AMIS, DANS UN FESTIN

Couronnés de pampre et de lierre , Suivons Bacchus ! Il rend le cœur Aussi transparent que ce verre.

Où pétille en rubis sa vermeille liqueur.

Que loin de nous les fils d'Éole Promènent les pâles soupçons.

Buvons, amis : l'heure qui vole Nous conseille , en fuyant , de vider ces flacons.

Qu'un politique au froid sourire Craigne ce breuvage indiscret :

D'un buveur l'innocent délire Laisse au bord de sa coupe échapper le secret.

Toi , jeune amant, dont la prudence Veut taire de galants exploits,* Fais à Bacchus ta confidence :

Confier son bonheur c'est en jouir deux fois.

Quoi ! tu soupires! et de larmes Ton œil timide est humecté!

Bois vite ; enivre tes alarmes ; Oublie , avec Bacchus , une ingrate beauté.

Lui seul calme une âme inquiète; La joie est fille du nectar.

Crois-en ma lyre; elle répète Les charmantes leçons de Beaune et de Pomar.

Horace devait au Faleme Ses vers brillants et délicats ; Le vainqueur du monstre de Leme Dut à de bons vins grecs la force de son bras.

L'esprit , l'audace , la franchise Naissent de cet aimable jus :

Que je te plains , froide Tamise , Qui jamais sur tes bords n'as vu rire Bacchus !

Je sais qu'un partisan de l'onde, De son vain système entêté.

Jadis , pour le malheur du monde , Rêva qu'au fond d'un puits logeait la Vérité.

Mais le dieu charmant de la treille , Pour déconcerter ce rêveur,

La mit au fond d'une bouteille; Et c'est là , chers amis , qu'elle attend un buveur.

ODE

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