A MES AMIS, DANS UN FESTIN
Couronnés de pampre et de lierre , Suivons Bacchus ! Il rend le cœur Aussi transparent que ce verre.
Où pétille en rubis sa vermeille liqueur.
Que loin de nous les fils d'Éole Promènent les pâles soupçons.
Buvons, amis : l'heure qui vole Nous conseille , en fuyant , de vider ces flacons.
Qu'un politique au froid sourire Craigne ce breuvage indiscret :
D'un buveur l'innocent délire Laisse au bord de sa coupe échapper le secret.
Toi , jeune amant, dont la prudence Veut taire de galants exploits,* Fais à Bacchus ta confidence :
Confier son bonheur c'est en jouir deux fois.
Quoi ! tu soupires! et de larmes Ton œil timide est humecté!
Bois vite ; enivre tes alarmes ; Oublie , avec Bacchus , une ingrate beauté.
Lui seul calme une âme inquiète; La joie est fille du nectar.
Crois-en ma lyre; elle répète Les charmantes leçons de Beaune et de Pomar.
Horace devait au Faleme Ses vers brillants et délicats ; Le vainqueur du monstre de Leme Dut à de bons vins grecs la force de son bras.
L'esprit , l'audace , la franchise Naissent de cet aimable jus :
Que je te plains , froide Tamise , Qui jamais sur tes bords n'as vu rire Bacchus !
Je sais qu'un partisan de l'onde, De son vain système entêté.
Jadis , pour le malheur du monde , Rêva qu'au fond d'un puits logeait la Vérité.
Mais le dieu charmant de la treille , Pour déconcerter ce rêveur,
La mit au fond d'une bouteille; Et c'est là , chers amis , qu'elle attend un buveur.
ODE