‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1001 sur 1238 · ARLEQUIN, FRONTIN · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, FRONTIN

ARLBQUIN.

Puisqu'il me paie des injures, voyez combien je

gagnerais avec lui, si je lui apportais des compli" ments... (// ekante.) Ta la la ra la ra.

FRONTIN

Voilà de jplies paroles que tu chantes là.

ARLBQUIN.

Je n'en sais point d'autres. Allons, divertis-moi; ton mattre t'a chargé de cela ; fais-moi rire.

FRONTIN

Veux-tu que je chante aussi?

Je ne suis pas curieux de symphonie.

FRONTIN

De symphonie ! Est-ce que tu prends ma voix pour un orchestre?

ARLBQUIN.

C'est qu'en fait de musique, il n'y a que le tambour qui me fasse plaisir.

FRONTIN

C'est-à-dire que tu es au concert, quand on bat la caisse.

ARLEQUIN

Oh! je suis à l'opéra.

FRONTIN

Tu as l'oreille martiale. Avec quoi te divertirai-je donc? Aimes-tu les contes des fées?

ARLEQUIN

Non; je ne me soucie ni de comtes ni de marquis.

FRONTIN

Parlons donc de boire.

ARLBQUIN.

Montre-moi donc le sujet du discours.

FRONTIN

Le vin, n'est-ce pas? On l'a mis au frais.

Qu'on l'en retire ; j'aime à boire chaud.

FRONTIN

Cela est malsain. Parlons de ta maltresse.

ARLEQUIN

Expédions la bouteille.

FRONTIN

Doucement! je n'ai pas le sou, mon garçon.

ARLEQUIN

Ce misérable! et du crédit?

FRONTIN

Avec cette mine-là, où veux-tu que j'en trouve? Mets-toi à la place du marchand de vin.

ARLBQUIN.

Tu as raison; je te rends justice; on ne saurait rien emprunter sur cette grimace-là.

FRONTIN

Il n'y a pas moyen, elle est trop sincère. Mais il y a un remède à tout; paie, et je te le rendrai.

ARLEQUIN

Tu me le rendras? Mets-toi à ma place aussi ; le croirais-tu?

FRONTIN

Non; tu réponds juste; mais paie en pur don, par galanterie; sois généreux.

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