‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1013 sur 1238 · DORANTE, LISETTE · texte numérisé non relu

DORANTE, LISETTE

DORANTE

Quoi I TOUS venez sans Angélique, Lisette?

LISETTE

Elle arrivera bientôt; elle est avec sa mère : je lui ai dit que j*allais toujours devant, et je ne me suis hâtée que pour avoir avec vous un moment d*entretien, sans qu'elle le sache.

DORANTS.

Que me veux-tu, Lisette?

Ah çàl nous ne vous connaissons, Angélique et moi, que par une aventure de promenade dans cette campagne.

DORANTE

Il est vrai.

LISETTE

Vous êtes tous deux aimables, l'amour s'est mis de la partie, cela est naturel; voilà sept ou huit entrevues que nous avons avec vous, à l'insu de tout le monde; la mère, à qui vous êtes inconnu, pourrait à la fia en apprendre quelque chose; toute l'intrigue retomberait sur moi : terminons. Angélique est riche, vous êtes tous deux d'une égale condition, à ce que vous dites; engagez vos parents à la demander pour vous en mariage ; il n'y a pas même de temps à perdre.

DORANTE

C'est ici que gtt la difficulté.

LISETTE

Vous auriez de la peine à trouver un meilleur parti, au moins.

DORANTE

Ehl il n'est que trop bon.

LISETTE

Je ne vous entends pas.

DORANTE

Ma famille vaut la sienne, sans contredit; mais je n'ai point de bien, Lisette.

USETTE, étonnée.

Comment !

DORANTE

Je dis les choses comme elles sont; je n'ai qu'une très-petite légitime.

LISETTE, bru»qiument.

Vous? Tant pis; je ne suis point contente de cela : qui est-ce qui le devinerait à votre air? Quand on n*a rien, faut-il être de si bonne mine? Vous m'avez trompée, monsieur.

DORANTE

Ce n'était pas mon dessein.

LISETTE

Cela ne se fait pas, vous dis-je. Que diantre voulez-vous qu'on fasse de vous? Vraiment Angélique vous épouserait volontiers; mais nous avons une mère qui ne sera pas tentée de votre légitime, et votre amour ne nous donnerait que du chagrin.

DORANTE

Ehl Lisette, laisse aller les choses, je t'en conjure; il peut arriver tant d'accidents! Si je l'épouse, je te jure d*honneur que je te ferai ta fortune. Tu n'en peux espérer autant de personne, et je tiendrai parole.

LISETTE

Ma fortune!

DORANTE

Oui ; je te le promets. Ce n'est pas le bien d'Angélique qui me fait envie. Si je ne l'avais pas rencontrée ici, j'allais, à mon retour à Paris, épouser une veuve très-riche, et peut-étra plus riche qu'elle; tout le monde le sait; mais il n'y a plus moyen; j'aime Angélique, cl si jamais tes soins m'unissaient à elle, je me charge de ton établissement.

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