DORANTE, LISETTE
DORANTE
Quoi I TOUS venez sans Angélique, Lisette?
LISETTE
Elle arrivera bientôt; elle est avec sa mère : je lui ai dit que j*allais toujours devant, et je ne me suis hâtée que pour avoir avec vous un moment d*entretien, sans qu'elle le sache.
DORANTS.
Que me veux-tu, Lisette?
Ah çàl nous ne vous connaissons, Angélique et moi, que par une aventure de promenade dans cette campagne.
DORANTE
Il est vrai.
LISETTE
Vous êtes tous deux aimables, l'amour s'est mis de la partie, cela est naturel; voilà sept ou huit entrevues que nous avons avec vous, à l'insu de tout le monde; la mère, à qui vous êtes inconnu, pourrait à la fia en apprendre quelque chose; toute l'intrigue retomberait sur moi : terminons. Angélique est riche, vous êtes tous deux d'une égale condition, à ce que vous dites; engagez vos parents à la demander pour vous en mariage ; il n'y a pas même de temps à perdre.
DORANTE
C'est ici que gtt la difficulté.
LISETTE
Vous auriez de la peine à trouver un meilleur parti, au moins.
DORANTE
Ehl il n'est que trop bon.
LISETTE
Je ne vous entends pas.
DORANTE
Ma famille vaut la sienne, sans contredit; mais je n'ai point de bien, Lisette.
USETTE, étonnée.
Comment !
DORANTE
Je dis les choses comme elles sont; je n'ai qu'une très-petite légitime.
LISETTE, bru»qiument.
Vous? Tant pis; je ne suis point contente de cela : qui est-ce qui le devinerait à votre air? Quand on n*a rien, faut-il être de si bonne mine? Vous m'avez trompée, monsieur.
DORANTE
Ce n'était pas mon dessein.
LISETTE
Cela ne se fait pas, vous dis-je. Que diantre voulez-vous qu'on fasse de vous? Vraiment Angélique vous épouserait volontiers; mais nous avons une mère qui ne sera pas tentée de votre légitime, et votre amour ne nous donnerait que du chagrin.
DORANTE
Ehl Lisette, laisse aller les choses, je t'en conjure; il peut arriver tant d'accidents! Si je l'épouse, je te jure d*honneur que je te ferai ta fortune. Tu n'en peux espérer autant de personne, et je tiendrai parole.
LISETTE
Ma fortune!
DORANTE
Oui ; je te le promets. Ce n'est pas le bien d'Angélique qui me fait envie. Si je ne l'avais pas rencontrée ici, j'allais, à mon retour à Paris, épouser une veuve très-riche, et peut-étra plus riche qu'elle; tout le monde le sait; mais il n'y a plus moyen; j'aime Angélique, cl si jamais tes soins m'unissaient à elle, je me charge de ton établissement.