LA MÈRE CONFIDENTE, ACTE I, SCÈNE IL
LISETTE, rêvant tfn pevm
Vous êtes séduisant. Voilà une façon d'aimer qui commence à m'intéresser; je me persuade qu'Angélique serait bien avec vous.
DORANTE
Je n*aimerai jamais qu'elle.
LISETTE
Vous lui ferez donc sa fortune aussi bien qu*à moi ? Mais, monsieur, vous n'avez rien, dites-vous. Cela est dur. N'hériterez-vous de personne? tous vos parents sont-ils ruinés?
DOBAKTE.
Je suis le neveu d un bomme qui a de très-' grands biens, qui m'aime beaucoup, et qui me traite comme un ûls.
LISETTE
Eh! que ne parlcz-voufi donc? d'où vient me faire peur avec vos tristes récits, pendant que vous en avez de si consolants à faire? Un oncle riche, voilà qui est excellent : et il est vieux, sans doute ; car ces messieurs-là ont coutume de l'être.
DORANTE
Oui ; mais le mien ne suit pas la coutume, il est jeune.
LISETTE
Jeune ! de quelle jeunesse encore?
DORANTE
Il n*a que trente-cinq ans !
LISETTE
Miséricorde! trente-cinq ans! Cet homme-là n'est bon qu'à être le neveu d'un autre.
DORANTE
11 est vrai.
LISETTE
Mais du moins, est-il un peu infirme?
DORANTE
Point du tout, il se porte à merveille; il est, grâce au ciel, de la meilleure santé du monde; car il m'est cher.
LISETTE
Trente-cinq ans et de la santé, avec un degré de parenté comme celui-là! Le joli parent! Et quelle est l'humeur de ce galant homme?
DORANTE
Il est froid, sérieux, et philosophe.
LISETTE
Encore passe, voilà une humeur qui peut nous dédommager de la vieillesse et des infirmités qu'il n'a pas : il n'a qu'à nous assurer son bien.
Il ne faut pas s'y attendre ; on parle de quelque mariage en campagne pour lui.
LISETTE, t'écriatit.
Pour ce philosophe ! Il veut donc avoir des héritiers en propre personne?
DORANTE
Le bruit en court.
U8ETTB.
Ohl monsieur, vous m'impatientez avec votre
situation; en vérité, vous êtes insupportable; tout est désolant avec vous, de quelque côté qu'on se tourne.
DORANTE
Te voilà donc dégoûtée de me servir?
LISETTE, vivement.
Non ; vous avez un malheur qui me pique, et que je veux vaincre. Mais retirez-vous, voici Angélique qui arrive : je ne lui ai pas dit que vous viendriez ici, quoiqu'elle s'attende bien à vous y voir. Vous paraîtrez dans un instant, et ferez comme si vous arriviez. Donnez-moi le temps de l'instruire de tout; j'ai à lui rendre compte de votre personne, elle m'a chargée de savoir un peu de vos nouvelles. Laissez-moi faire.
{Dorante iori,)
ANGÉLIQUE, LISETTE
LISETTE
Je désespérais que vous vinssiez, madame.
ANGELIQUE
C'est qu'il est arrivé du monde à qui j'ai tenu compagnie. Eh bien ! Lisette, as-tu quelque chose à me dire de Dorante? as-tu parlé de lui à la concierge du château où il est?
USETTE.
Oui, je suis parfaitement informée. Dorante est un homme charmant, un homme aimé, estimé de tout le monde; en un mot, le plus honnête homme qu'on puisse connaître.
ANGÉLIQUE
Hélas! Lisette, je n'en doutais pas; cela ne m'apprend rien, je l'avais deviné.
USETTE.
Oui ; il n'y a qu'à le voir pour avoir bonne opinion de lui. Il faut pourtant le quitter, car il ne vous convient pas.
ANGELIQUE
Le quitter! Quoi ! après cet éloge !
USETTE.
Oui, madame; il n'est pas votre fait.
ANGBUQUE.
Ou vous plaisantez, ou la tête vous tourne.
Ni l'un ni l'autre. U a un défaut terrible.
ANGÉLIQUE
Tu m'effraies.
LISETTE
Il est sans bien.
ANGÉLIQUE
• Ah! je respire. N'est-ce que cela? Explique-toi donc mieux, Lisette; ce n'est point uu défaut, c'est un malheur : je le regarde comme une bagatelle, moi.
LISETTE
Vous parlez juste; mais nous avons une mère;