‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1015 sur 1238 · LA MÈRE CONFIDENTE, ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

LA MÈRE CONFIDENTE, ACTE I, SCÈNE III

allez la consulter sur celle bagalelle-là, pour voir un peu ce qu'elle vous répondra. Demaudez-luî si elle sera d*avis de vous donner à Doranle.

ANGELIQUE

El quel est le lien là-dessus, Liselte?

LISETTE

Oh! le mien, c*esl une aulre affaire. Sans vanilé, je penserais un peu plus noblemcnl que cela; ce sérail une forl belle action que d'épouser Dorante.

Va, va, ne ménage point mon cœur; il n'est n'est pas au-dessous du tien ; conseille-moi hardimenl une belle action.

LISETTE

Non pas, s'il vous platl. Doranle est un cadet, et l'usage veut qu'on le laisse là.

ANGÉLIQUE

Je l'enrichirais donc? Quel plaisir I

LISETTE

Oh! vous en direz lant que vous me tenterez.

ANGELIQUE

Pîus il me devrait, et plus il me sérail cher.

LISETTE

Vous êtes tous deux les plus aimables enfants du monde; car il refuse aussi, à cause de vous, une veuve Irès-riche, à ce qu'on dit

ANGELIQUE

Lui? eh bien ! il a eu la modestie de s'en taire; ce sonl toujours de nouvelles qualités que je lui découvre.

LISETTE

Allons, madame, il faul que vous épousiez cet homme-là; le ciel vous destine l'un à l'autre, cela esl visible. Rappelez-vous votre aventure. Nous nous promenons toutes deux dans les allées de ce bois. Il y a mille autres endroits pour se promener : point du loul; cet homme, qui nous esl inconnu, ne vienl qu'à celui-ci, parce qu'il faul qu'il nous rencontre; Qu'y faisiez-vous? Vous lisiez. Qu'y faisait-il? Il lisait: Y a-t-il rien de plus marqué?

Elfectivemenl.

LISETTE

Il vous salue, nous le saluons ; le lendemain^ même promenade, mêmes allées, même rencontre, même inclination des deux côtés, et plus délivres de part el d'aulre; cela esl admirable!

ANGÉLIQUE

Ajoute que j'ai voulu m'empêcher de l'aimer, et que je n'ai pu en venir à boul.

LISETTE

Je vous en défierais.

ANGÉLIQUE

Il n'y a plus que ma mère qui m'inquiète; cette mère qui m'idolâtre, qui ne m'a jamais fait sentir que son amour, qui ne veul jamais que ce que je veux.

USETTE.

Bon ! c'est que vous ne voulez jamais que ce qui lui plalU

ANGÉLIQUE

Mais si elle fail si bien que ce qui lui platl me plaise aussi, n'esl-ce pas comme si je faisais toujours mes volontés?

LISETTE

Esl-ce que vous tremblez déjà?

Non, lu m'encourages; mais c'est ce misérable bien que j'ai el qui me nuira. Ah! que je suis fâchée d'êlre si riche!

LISETTE

Ahl le plaisant chagrin! Eh! ne Tètos-vous pas pour vous deux?

ANGÉLIQUE

Il esl vrai. Ne le verrons-nous pas aujourd'hui? Quand reviendra-l-il?

LISETTE regarde sa montre, Allehdez, je vais vous le dire.

ANGÉLIQUE

Commenl! esl-ce que lu lui as donné rendezvous?

LISETTE

Oui ; il va venir, il ne lardera pas deux minutes; il esl exact.

ANGÉLIQUE

Vous n'y songez pas, Liselle; il croira que c'est moi qui le lui ai fait donner.

LISETTE

Non, non ; c'est toujours avec moi qu'il les prend, el c'est vous qui les tenez sans le savoir

ANGÉLIQUE

n a forl bien fail de ne m'en rien dire, car je n'en aurais pas lenu un seul ; el comme vous m'avertissez de celui-ci, je ne sais pas trop si je puis rester avec bienséance; j'ai presque envie de m'en aller.

Je crois que vous avez raison. Allons, partons, madame.

ANGÉLIQUE

Une autre fois, quand vous lui direz de venir, du moins ne m'avertissez pas; voilà toul ce que je vous demande.

LISETTE

Ne nous fâchons pas ; le voici.

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