LA MÈRE CONFIDENTE, ACTE I, SCÈNE III
allez la consulter sur celle bagalelle-là, pour voir un peu ce qu'elle vous répondra. Demaudez-luî si elle sera d*avis de vous donner à Doranle.
ANGELIQUE
El quel est le lien là-dessus, Liselte?
LISETTE
Oh! le mien, c*esl une aulre affaire. Sans vanilé, je penserais un peu plus noblemcnl que cela; ce sérail une forl belle action que d'épouser Dorante.
Va, va, ne ménage point mon cœur; il n'est n'est pas au-dessous du tien ; conseille-moi hardimenl une belle action.
LISETTE
Non pas, s'il vous platl. Doranle est un cadet, et l'usage veut qu'on le laisse là.
ANGÉLIQUE
Je l'enrichirais donc? Quel plaisir I
LISETTE
Oh! vous en direz lant que vous me tenterez.
ANGELIQUE
Pîus il me devrait, et plus il me sérail cher.
LISETTE
Vous êtes tous deux les plus aimables enfants du monde; car il refuse aussi, à cause de vous, une veuve Irès-riche, à ce qu'on dit
ANGELIQUE
Lui? eh bien ! il a eu la modestie de s'en taire; ce sonl toujours de nouvelles qualités que je lui découvre.
LISETTE
Allons, madame, il faul que vous épousiez cet homme-là; le ciel vous destine l'un à l'autre, cela esl visible. Rappelez-vous votre aventure. Nous nous promenons toutes deux dans les allées de ce bois. Il y a mille autres endroits pour se promener : point du loul; cet homme, qui nous esl inconnu, ne vienl qu'à celui-ci, parce qu'il faul qu'il nous rencontre; Qu'y faisiez-vous? Vous lisiez. Qu'y faisait-il? Il lisait: Y a-t-il rien de plus marqué?
Elfectivemenl.
LISETTE
Il vous salue, nous le saluons ; le lendemain^ même promenade, mêmes allées, même rencontre, même inclination des deux côtés, et plus délivres de part el d'aulre; cela esl admirable!
ANGÉLIQUE
Ajoute que j'ai voulu m'empêcher de l'aimer, et que je n'ai pu en venir à boul.
LISETTE
Je vous en défierais.
ANGÉLIQUE
Il n'y a plus que ma mère qui m'inquiète; cette mère qui m'idolâtre, qui ne m'a jamais fait sentir que son amour, qui ne veul jamais que ce que je veux.
USETTE.
Bon ! c'est que vous ne voulez jamais que ce qui lui plalU
ANGÉLIQUE
Mais si elle fail si bien que ce qui lui platl me plaise aussi, n'esl-ce pas comme si je faisais toujours mes volontés?
LISETTE
Esl-ce que vous tremblez déjà?
Non, lu m'encourages; mais c'est ce misérable bien que j'ai el qui me nuira. Ah! que je suis fâchée d'êlre si riche!
LISETTE
Ahl le plaisant chagrin! Eh! ne Tètos-vous pas pour vous deux?
ANGÉLIQUE
Il esl vrai. Ne le verrons-nous pas aujourd'hui? Quand reviendra-l-il?
LISETTE regarde sa montre, Allehdez, je vais vous le dire.
ANGÉLIQUE
Commenl! esl-ce que lu lui as donné rendezvous?
LISETTE
Oui ; il va venir, il ne lardera pas deux minutes; il esl exact.
ANGÉLIQUE
Vous n'y songez pas, Liselle; il croira que c'est moi qui le lui ai fait donner.
LISETTE
Non, non ; c'est toujours avec moi qu'il les prend, el c'est vous qui les tenez sans le savoir
ANGÉLIQUE
n a forl bien fail de ne m'en rien dire, car je n'en aurais pas lenu un seul ; el comme vous m'avertissez de celui-ci, je ne sais pas trop si je puis rester avec bienséance; j'ai presque envie de m'en aller.
Je crois que vous avez raison. Allons, partons, madame.
ANGÉLIQUE
Une autre fois, quand vous lui direz de venir, du moins ne m'avertissez pas; voilà toul ce que je vous demande.
LISETTE
Ne nous fâchons pas ; le voici.