‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1017 sur 1238 · DORANTE, LISETTE, LUBIN · texte numérisé non relu

DORANTE, LISETTE, LUBIN

Laissez-moi faire. Ahl te voilà, Lubin? à quoi t'amuses-tu là?

LUBIN

Moi? D'abord je faisais une promenade, à présent je regarde.

LISETTE

Et que regardes-tu?

LUBIN

Des oisiauz, deux qui restent, et un qui viant de prendre sa volée, et qui est le plus joli de tous. [Regardant Dorante.) En velà un qui est bian joli itou; et, jarnigué! ils profiteront bian avec vous; car vous les sifflez comme un charme, mademoiselle Lisette.

LISETTE

C'est-à-dire que tu nous a vus, Angélique et moi, parler à monsieur?

LUBIN

Oh! ouï, j'ons tout vu à mon aise; j'ons mêmement entendu leur petit ramage.

USBTTB.

C'est le hasard qui nous a fait rencontrer monsieur, et voilà la première fois que nous le voyons.

LUBIN

Morgue! qu'aile a bonne meine cette première fois-là 1 aile ressemble à la vingtième.

On ne saurait se dispenser de saluer une dame quand on la rencontre, je pense.

LUBIN, riant.

Ah! ah! ahl Vous tirez donc votre révérence en paroles; vous convarsez depuis un quart d*heure: appelez-vous ça un coup de chapiau?

LISETTE

Venons au fait. Serais-tu d'humeur d'entrer dans nos intérêts?

LUBIN

Peut-être qu'oui, peut-être que non ; ce sera suivant les magnières du monde; il n'y a que ça qui règle; car j'aime les magnières, moi.

LISETTE

Eh bien! Lubin, je te prie instamment de nous servir.

DORANTB, lui donnant de Vargent,

Et moi, je te paie pour cela.

LUBIN

Je vous baille donc la parfarence; redites voûte chance, aile sera pus bonne ce coup-ci que l'autre. D'abord, c'est une rencontre, n'est-ce pas? Ça se pratique; il n'y a pas de malhonnêteté à rencontrer les personnes.

LISETTE

Et puis on se salue.

LA MÈRE COiNFIDENTE, ACTE I, SCÈNE VIL

LUBIN

Et pis queuque bredouille au bout de la révérence; c*est itou ma coutume; toujours je bredouille en saluant, et quand ça se passe avec des femmes, faut bien qu*alles répondent deux paroles pour une ; les hommes parlent, les femmes babillent : allez voûte chemin ; velà qui est fort bon, lort raisonnable et fort civil. Oh çà ! la rencontre, la salutation, la demande, la réponse, tout ça est payé; il n*y a pus qu*à nous accommoder pour le courant.

DORANTE

Voilà pour le courant.

LUBIN

Gourez donc tantque vous pourrez; ce que vous attraperez, c*est pour vous; je n'y prétends rin, pourvu que j'attrape itou. Sarviteur; il n'ya, moi^ guél paraonne de si agriable à rencontrer que vous.

LISETTE

Tu seras donc de nos amis à présent ?

LUBIN

Tatigué! oui; ne m'épargnez pas, toute mon amiquié est à voûte sarvîce au même prix.

LISETTE

Puisque nous pouvons compter sur toi, veuxtu bien actuellement faire le guet pour nous avertir, en cas que quelqu'un vienne, et surtout madame ?

Que vos parsonnes se tiennent en paix ; je vous garantis des passants une lieue à la ronde. (// mh.)

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