DORANTE, LISETTE, LUBIN
Laissez-moi faire. Ahl te voilà, Lubin? à quoi t'amuses-tu là?
LUBIN
Moi? D'abord je faisais une promenade, à présent je regarde.
LISETTE
Et que regardes-tu?
LUBIN
Des oisiauz, deux qui restent, et un qui viant de prendre sa volée, et qui est le plus joli de tous. [Regardant Dorante.) En velà un qui est bian joli itou; et, jarnigué! ils profiteront bian avec vous; car vous les sifflez comme un charme, mademoiselle Lisette.
LISETTE
C'est-à-dire que tu nous a vus, Angélique et moi, parler à monsieur?
LUBIN
Oh! ouï, j'ons tout vu à mon aise; j'ons mêmement entendu leur petit ramage.
USBTTB.
C'est le hasard qui nous a fait rencontrer monsieur, et voilà la première fois que nous le voyons.
LUBIN
Morgue! qu'aile a bonne meine cette première fois-là 1 aile ressemble à la vingtième.
On ne saurait se dispenser de saluer une dame quand on la rencontre, je pense.
LUBIN, riant.
Ah! ah! ahl Vous tirez donc votre révérence en paroles; vous convarsez depuis un quart d*heure: appelez-vous ça un coup de chapiau?
LISETTE
Venons au fait. Serais-tu d'humeur d'entrer dans nos intérêts?
LUBIN
Peut-être qu'oui, peut-être que non ; ce sera suivant les magnières du monde; il n'y a que ça qui règle; car j'aime les magnières, moi.
LISETTE
Eh bien! Lubin, je te prie instamment de nous servir.
DORANTB, lui donnant de Vargent,
Et moi, je te paie pour cela.
LUBIN
Je vous baille donc la parfarence; redites voûte chance, aile sera pus bonne ce coup-ci que l'autre. D'abord, c'est une rencontre, n'est-ce pas? Ça se pratique; il n'y a pas de malhonnêteté à rencontrer les personnes.
LISETTE
Et puis on se salue.
LA MÈRE COiNFIDENTE, ACTE I, SCÈNE VIL
LUBIN
Et pis queuque bredouille au bout de la révérence; c*est itou ma coutume; toujours je bredouille en saluant, et quand ça se passe avec des femmes, faut bien qu*alles répondent deux paroles pour une ; les hommes parlent, les femmes babillent : allez voûte chemin ; velà qui est fort bon, lort raisonnable et fort civil. Oh çà ! la rencontre, la salutation, la demande, la réponse, tout ça est payé; il n*y a pus qu*à nous accommoder pour le courant.
DORANTE
Voilà pour le courant.
LUBIN
Gourez donc tantque vous pourrez; ce que vous attraperez, c*est pour vous; je n'y prétends rin, pourvu que j'attrape itou. Sarviteur; il n'ya, moi^ guél paraonne de si agriable à rencontrer que vous.
LISETTE
Tu seras donc de nos amis à présent ?
LUBIN
Tatigué! oui; ne m'épargnez pas, toute mon amiquié est à voûte sarvîce au même prix.
LISETTE
Puisque nous pouvons compter sur toi, veuxtu bien actuellement faire le guet pour nous avertir, en cas que quelqu'un vienne, et surtout madame ?
Que vos parsonnes se tiennent en paix ; je vous garantis des passants une lieue à la ronde. (// mh.)