‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1018 sur 1238 · DORANTE, LISETTE · texte numérisé non relu

DORANTE, LISETTE

LISETTE

Puisque nous voici seuls un moment, parlons encore de votre amour, monsieur. Vous m'avez fait de grandes promesses, en cas que les choses réussissent; mais comment réussiront-elles? Angélique est une héritière, et je sais les intentions de la mère. Quelque tendresse qu'elle ait pour sa fille qui vous aime, ce ne sera pas vous à qui elle la donnera; c'est de quoi vous devez être bien convaincu : or, cela supposé, que vous passe-t-il dans l'esprit là-dessus?

DORANTE

Rien encore, Lisette. Je n'ai jusqu'ici songé qu'au plaisir d'aimer Angélique.

LISETTE

Mais ne pourriez-vous pas en même temps songera faire durer ce plaisir?

DORANTK.

C*est bien mon dessein; mais comment s'y prendre?

LISETTE

Je vous le demande.

J'y révérai, Lisette.

LISETTE

Ah! vous y rêverez ! Il n'y a qu'un petit inconvénient à craindre ; c'est qu'on ne marie votre mattresse, pendant que vous rêverez à la conserver.

DORANTE

Que me dis-tu, Lisette? J'en mourrais de douleur.

LISETTE

Je vous tiens donc pour mort.

DORANTE, vivement.

Est-ce qu'on la veut marier?

LISETTE

La partie est toute liée avec la mère; il y a déjà un époux d'arrêté, je le sais de bonne part.

DORANTE

Eh! Lisette, tu me désespères; il faut absolument éviter ce malheur-là.

LISETTE

Ah ! ce ne sera pas en disant j'aime^ et toujours faune... N'imaginez- vous rien?

DORANTE

Tu m'accables.

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