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M"« ARGANTE, ANGÉLIQUE

MADAME ARGANTE

Je VOUS demandais à Lubin, ma fille.

ANGBUQUE.

Avez-vous à me parler, madame?

MADAME ARGANTE

Oui; vous connaissez Ergaste, Angélique; vous Tavez vu souvent à Paris : il vous demande en mariage.

ANGÂUQUE.

Lui, ma mère; Ergaste, cet homme si sombre, si sérieux? II n'est pas fait pour être un mari, ce me semble.

MADAME ARGANTE

Il n'y a rien à redire à sa figure.

ANGELIQUE

Pour sa figure, je la lui passe ; c'est à quoi je ne regarde guère.

MADAME ARGANTE

Il est troid.

ANGÉLIQUE

Dites glacé, taciturne, mélancolique, rêveur et triste.

MADAME ARGANTE

Vous le verrez bientôt, il doit venir ici ; et, s'il ne vous accommode pas, vous ne l'épouserez pas malgré vous, ma chère enfant. Vous savez bien comme nous vivons ensemble.

ANGÉLIQUE

Ah! ma mère, je ne craips point de violence de votre part; ce n'est pas là ce qui m'inquiète.

Es-tu bien persuadée que je t'aime?

ANGÉLIQUE

Il n'y a point de jour qui ne m'en donne des preuves.

MADAME ARGANTE

Et toi, ma fille, m*aîmes-tu autant?

ANGÉLIQUE

Je me flatte que vous n'en doutez pas, assurément.

MADAME ARGANTE

Non ; mais pour m'en rendre encore plus sûre, il faut que tu m'accordes une grâce.

ANGÉLIQUE

Une grâce, ma mère I Voilà un mot qui ne me convient point. Ordonnez, et je vous obéirai.

MADAME ARGANTE

Ohl si tu le prends sur ce ton-là, tu ne m'aimes pas tant que je croyais. Je n'ai point d'ordre à vous donner, ma fille; je suis votre amie, et vous êtes la mienne; et si vous me traitez autrement, je n'ai plus rien à vous dire.

ANOÉUQUE.

Allons, ma mère, je me rends; vous me charmez, j'en pleure de tendresse. Voyons, quelle est cette grâce que vous me demandez? Je vous l'accorde d'avance.

Viens donc que je t'embrasse. Te voici dans un âge raisonnable, mais où tu auras besoin de mes conseils et de mon expérience. Te rappelles-ta l'entretien que nous eûmes l'autre jour, et cette douceur que nous nous figurions toutes deux à vivre ensemble dans la plus intime confiance, sans avoir de secrets l'une pour l'autre; t'en souviens-tu? Nous fûmes interrompues; et comme celte idée-là te réjouit beaucoup, exécutons-la; parle-moi à cœur ouvert; fais-moi ta confidente.

ANGÉLIQUE

Vous, la confidente de votre fille?

MADAME ARGANTE

Ohl votre fille, et qui te parle d'elle? Ce n'est point ta mère qui veut être ta confidente; c'est ton amie, encore une fois.

ANGÉUQUEy riant.

D'accord ; mais mon amie redira tout à ma mère ; l'une est inséparable de l'autre.

MADAME ARGANTE

Eh bien I je les sépare , moi ; je t'en fais serment. Oui, mets-toi dans l'esprit que ce quêta me confieras sur ce pied-là, c'est comme si ta mère ne l'entendait pas. Ehl mais, cela se doit; il y aurait même de la mauvaise foi à faire autrement.

ANGÉLIQUE

n est difficile d'espérer ce que vous dites là.

MADAME ARGANTE

Ah I que tu m'affliges! Je ne mérite pas ta résistance.

ANGÉUQUS.

Ehl soit; vous l'exigez de trop bonne grâce; j'y consens, je dirai tout.

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