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LA MÈRE CONFIDENTE, ACTE I, SCÈNE VIIÏ

MADAME ÀRGAKTB.

Si tu veux, ne m'appelle pas ta mère; donnemoi un autre nom.

AN6BUQUE.

Oh I ce n'est pas la peine, ce nom-là m'est cher. Quand je le changerais, il n'en serait ni plus ni moins; ce ne serait qu'une finesse inutile; laissez-le-moi, il ne m'effraie plus.

MADAME ARQANTE.

Comme tu voudras, ma chère Angélique. Ah çà l je suis donc ta confidente. N'as-tu rien à me confier dès à présent?

ANGÉLIQUE

Non, que je sache; mais ce sera pour l'avenir.

MADAME ARGANTE

Comment va ton cœur? Personne ne l'a-t-il attaqué jusqu'ici?

ANGÉLIQUE

Pas encore.

Hum ! Tu ne te fies pas à moi ; j'ai peur que ce ne soit encore à ta mère que tu réponds.

ANGÉUQUE.

C'est que vous commencez par une furieuse question.

MADAME ARGANTE

La question convient à ton âge.

AKGÉUQUE.

Ahl

MADAME ARGANTE

Tu soupires?

ANGÉLIQUE

Il est vrai.

MADAME ARGAKTE.

Que t'est-il arrivé ? Je t'offre de la consolation et des conseils. Parle.

ANGÉUQUE.

Vous ne me le pardonnerez pas.

MADAME ARGANTB.

Tu rêves encore, avec tes pardons ; tu me prends pour ta mère.

ANGELIQUE

U est assez permis de s'y tromper; mais c'est du moins pour la plus digne de l'être, pour la plus tendre et la plus chérie de sa fille qu'il y ait au monde.

Ces sentiments-là sont dignes de toi, et je les lui dirai; mais il ne s'agit pas d'elle, elle est absente; revenons. Qu'est-ce qui te chagrine?

ANGÉLIQUE

Vous m'avez demandé si on avait attaqué mon coeur? Que trop, puisque j'aime!

MADAME ARGANTE , d'un air térieux.

Vous aimez?...

I ANGÉLIQUE, fiant.

Eh bien ! ne voilà-t-il pas cette mère qui est absente? C'est pourtant elle qui me répond; mais rassurez-vous, car je badine.

MADAME ARGANTB.

Non, tu ne badines point; tu me dis la vérité; et il n'y a rien là qui me surprenne. De mon côté, je n'ai répondu sérieusement que parce que tu me parlais de même. Ainsi point d'inquiétude. Tu me confies donc que tu aimes.

ANGÉLIQUE

Je suis presque tentée de m'en dédire.

MADAME ARGANTB.

Ah ! ma chère Angélique, tu ne me rends pas tendresse pour tendresse.

ANGÉLIQUE

Vous m'excuserez; c'est l'air que vous avez pris qui m'a alarmée; mais je n'ai plus peur. Oui, j'aime; c'est un penchant qui m'a surpris.

Tu n'es pas la première; cela peut arriver à tout le monde. Et quel homme est-ce ? Est-il à Paris?

ANGÉUQUE.

Non, je ne le connais que d'ici.

MADAME ARGANTE, riant.

D'ici, ma chère? Conte-moi donc cette histoirelà; je la trouve plus plaisante que sérieuse. Ce ne peut être qu'une aventure de campagne, une rencontre ?

ANGÉLIQUE

Justement.

MADAME ARGANTE

Quelque jeune homme galant, qui t*a saluée, et qui a su adroitement engager une conversation?

ANGÉUQUE.

C'est cela même.

MADAME ARGANTE

Sa hardiesse m'étonne; car tu es d'une figure qui devait lui en imposer. Ne trouves-tu pas qu'il a un peu manqué de respect?

ANGÉUQUE.

Non; le hasard a tout fait, et c'est Lisette qui en est cause, quoique forlinnocemment; elle tenait un li\re, elle le laissa tomber; il le ramassa, et on se parla; cela est tout naturel.

MADAME ARGANTE, riani.

Va, ma chère enfant, tu es folle de t'imaginer que tu aimes cet homme-là. C'est Lisette qui te le fait accroire. Tu es si fort au-dessus de pareille chose 1 tu en riras toi-même au premier jour.

ANGÉLIQUE

Non, je n'en crois rien; je ne m'y attends pas, en vérité.

MADAME ARGANTE

Bagatelle, te dis-je. C'est qu'il y a là-dedans un air de roman qui te gagne.

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