SCÈNE IV
LAODIGE, ANNIBAL.
ANNIBAL
Ah ! c'est vous, généreuse princesse.
Vous pleurez : votre cœur accomplit sa promesse. Les voilà donc ces pleurs, mon unique secoui^. Qui devaient m'avertirdu péril que je cours!
LAODICB.
Oui, je vous rends enfin ce funeste service; Mais de la trahison le roi n'est point complice. Fidèle à votre gloire, il veut la garantir : Et cependant, seigneur, gardez-vous de partir. Quelques avis certains m'ont découvert qu'un trat- Qui pense qu'un forfait obligera son maître, [tro, Qu'Hiêron en secret informe les Romains; [mains. Qu'en un mot vous risquez de tomber en leurs
ANNIBAL. [gloire,
Je dois beaucoup aux dieux : ils m'ont comblé de Et j'en laisse après moi l'éclatante mémoire, [doux. Mais de tous leurs bienfaits^ le plus grand, le plus G'estce dernier secours qu'ils me laissaient en vous. Je vous aimais, madame, et je vous aime encore. Et je fais vanité d'un aveu qui m'honore. Je ne pouvais jamais espérer de retour. Mais votre cœur me donne autant que son amour. Eh! que dis-je? l'amour vaut-il donc mon partage? Non, ce cœur généreux m'a donné davantage : J'ai pour moi sa vertu, dont la fidélité Voulut même immoler le feu qui l'a flatté. Eh quoi ! vous gémissez, vous répandez des larmes 1 Ah 1 que pour mon orgueil vos regrets ont de charmes I Que d'estime pour moi me découvrent vos pleurs! Est-il pour Annibal de plus dignes faveurs? Cessez pourtant, cessez d'en verser, Laodicc: Que l'amour de ma gloire à présent les tarisse. Puisque la mort m*àrrache aux injures du sort, Puisque vous m^estimcz, ne pleurez pas ma mort.
LAODICE. '
Ah! seigneur, cet aveu me glace d'épouvante. Ne me présentez point cette image sanglante. Sans doute que le ciel m'a dérobé Thorreur De ce funeste soin que vous devait mon cœur. Si le terrible effet en eût frappé ma vue. Ah! jamais jusqu'ici je ne serais venue.
/ ANNI8AL
Non, je vous connais mieux, et vous vous faites tort.