‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1066 sur 1238 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DORANTE, ARAMINTE, MARTHON.

MARTHON.

Monsieur Dorante, madame vous attend.

ARAMINTB.

Venez, monsieur : je suis obligée à monsieur Remî d'avoir songé à moi. Puisqu'il me donne son neveu, je ne doute pas que ce ne soit un présent qu'il me fasse. Un de mes amis me parla avant-hier d'un intendant qu'il doit m'envoyer aujourd'hui; mais je m'en tiens à vous.

DORANTE

J'espère, madame, que mon zèle justifiera la préférence dont vous m'honorez, et que je vous supplie de me conserver. Rien ne m'afQigerait tant à présent que de la perdre.

MARTHON.

Madame n'a pas deux paroles.

ARAMINTB.

Non, monsieur; c'est une affaire terminée ; je renverrai tout. Vous êtes au fait des affaires, apparemment; vous y avez travaillé?

DORANTE

Oui, madame; mon père était avocat, et je pourrais l'être moi-même.

ARAMINTB.

Cest-à-dîre que vous êtes un homme de trèsbonne famille, et mêmQ au-dessus du parti que vous prenez?

DORANTE

Je ne sens rien qui m'humilie dans le parti que je prends, madame; l'honneur de servir une dame comme vous n'est au-dessous de qui que ce soit, et je n'envierai la condition de personne.

ARAMINTB.

Mes façons ne vous feront point changer de sentiment. Vous trouverez ici tous les égards que vous méritez; et si, dans la suite, il y avait occasion de vous rendre service, je ne la manquerai point.

MARTHON.

Voilà madame; je la reconnais.

ARAMINTB.

Il est vrai, je suis toujours fâchée de voir d'honnêtes gens sans fortune, tandis qu'une infinité de ' gens de rien et sans mérite en ont une éclatante : c*est une chose qui me blesse, surtout dans les personnes de son âge; car vous n'avez que trente ans tout au plus?

DORANTE

Pas tout à fait encore, madame.

ARAMINTB.

Ce qu'il y a de consolant pour vous, c'est que vous avez le lemps de devenir heureux.

Je commence à l'être aujourd'hui, madame.

ARAMINTB.

On vous montrera l'appartement que je vous destine; s'il ne vous convient pas, il y en a d'autres, et vous choisirez. 11 faut aussi quelqu'un qui vous serve, et c'est à quoi je vais pourvoir. Qui lui donnerons-nous, Marthon?

MARTHON.

Il n'y a qu'à prendre Lubin, madame. Je le vois à l'entrée de la salle, et je vais l'appeler. Lubio, parlez à madame.

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