‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 108 sur 1238 · ANNIBAL, FLAMINIUS · texte numérisé non relu

ANNIBAL, FLAMINIUS

FLAMINIUS

Seigneur, puis-je espérer qu'oubliant l'un et l'autre Tout ce qui peut aigrir mon esprit et le vôtre. Et que nous confiant, en hommes généreux. L'estime qu'après tout nous méritons tous deux, Vous voudrez bien ici que je vous entretienne D'un projet que pour vous vient de former la

ANNIBAL. [mienne?

Seigneur, si votre estime a conçu ce projet. Fût-il vain, je le tiens déjà pour un bienfait.

FLAUINIUS.

Ce que Rome en ces lieux m'a commandé de faire, Pour Annibal peut-être est encore un mystère. Seigneur, je viens ici vous demander au roi ; Vous n'en devez pas être irrité contre moi. Tel était mon devoir; je l'ai fait avec zclc. Et vous m'approuverez d'avoir été fidèle. Prusias, retenu par son engagement, A cru qu'il suffirait de votre éloignement. II a pensé que Rome en serait satisfaite, Et n'exigerait rien après votre retraite. Je pouvais l'accepter, et vous ne doutez pas Qu'il ne me fût aisé d'envoyer sur vos pas; D'autant plus qu'Hiéron aux Romains de ma suite Promet de révéler le jour de votre fuite. Mais, seigneur, le Sénat veut bien moins vous avoir Qu'il ne veut que le roi fasse ici son devoir : Et l'univers jaloux, de qui Tœil nous contemple, De sa soumission aurait perdu l'exemple. J'ai donc refusé tout, et Prusias, alors, Après avoir tenté d'inutiles efforts.

Pour me donner enfin sa réponse précise. Ne m'a plus demandé qu'une heure de remise. Seigneur, je suis certain du parti qu'il prendra, Et ce prince, en un mot, vous abandonnera. S'il demande du temps, ce n'est pas qu'il hésite ; Mais de son embarras il se fait un mérite. Il croit que vous serez content de sa vertu, Quand vous saurez combien il aura combattu. Et vous, que jusque-là le destin persécute. Tombez, mais d'un héros ménagez-vous la chute. Vous l'êtes, Annibal, et l'aveu m'en est doux. Pratiquez les vertus que ce nom veut de vous. Ici voudriez-vous attendre violence?

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