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DUBOIS, ARAMINTE

DUBOIS

On m'a dit que vous vouliez me parler, madame.

ARAMINTE

Viens ici. Tu es bien imprudent, Dubois, bien indiscret; moi qui ai si bonne opinion de toi, tu n'as guère d'attention pour ce que je te dis. Je t'avais recommandé de te taire sur le chapitre de Dorante; tu en sais les conséquences ridicules, et tu me l'avais promis : pourquoi donc avoir prise, sur ce misérable tableau, avec un sot qui fait un vacarme épouvantable, et qui vient ici tenir des 1

discours tout propres à donner des idées que Je serais au désespoir qu'on eût?

DUBOIS

Ma foi, madame, j'ai cru la chose sans conséquence, et je n'ai agi d'ailleurs que par un mouvement de respect et de zèle.

ARAMINTE, (Tun air vif.

Eh ! laisse là ton zèle : ce n'est pas là celai que je veux, ni celui qu'il me faut; c'est ton silence dont j'ai besoin pour me tirer de l'embarras où je suis, et où tu m'as jetée toi-même; car sans toi je ne saurais pas que cet homme-là m'aime, et je n'aurais que faire d'y regarder de si près.

DUBOIS

J'ai bien senti que j'avais tort.

ARAMINTE

Passe encore pour la dispute ; mais pourquoi s'écrier : Si je disais un mot? Y a-t-il rien de plus mal à toi?

DUBOIS

C'est encore une suite de ce zèle mal entendu.

ARAMINTE

Eh bien ! tais-toi donc, tais-toi; je voudrais pouvoir te faire oublier ce que tu m'as dit.

Oh ! je suis bien corrigé.

ARAMINTE

C'est ton étourderie qui me force actuellement de te parler, sous prétexte de t'interroger sur ce que tu sais de lui. Ma mère et monsieur le comte s'attendent que tu vas m'en apprendre des choses étonnantes : quel rapport leur ferai-je à présent?

DUBOIS

Ah ! il n'y a rien de plus facile à raccommoder. Ce rapport sera que des gens qui le connaissent m'ont dit que c'était un homme incapable de l'emploi qu'il a chez vous, quoiqu'il soit fort habile au moins; ce n'est pas cela qui lui manque.

ARAMINTE

A la bonne heure; mais il y aura un inconvénient. S'il en est incapable, on me dira de le renvoyer, et il n'est pas encore temps. J'y ai pensé depuis; la prudence ne le veut pas, et je suis obligée de prendre des biais, et d'aller tout doucement avec cette passion si excessive que tu dis qu'il a, et qui éclaterait peut-être dans sa douleur. Me fierais-je à un désespéré? Ce n'est plus le besoin que j*ai de lui qui me retient, c'est moi que je ménage {elle radoucit le ton); à moins que ce qu'a dit Marthon ne soit vrai, auquel cas je n'aurais plus rien à craindre. Elle prétend qu'il l'avait déjà vue chez monsieur Rémi, et que le procureur a dît même devant lui qu'il l'aimait depuis longtemps, et qu'il fallait qu'ils se mariassent : je le voudrais.

DUBOIS

Bagatelle! Dorante n'a vu Marthon ni de près

ni de loin; c*cst le procureur qui a débité cette

fable-là à Marthon, dans le dessein de les marier

nsemble : et moi, je n'ai pas osé l'en dédire, m'a

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