‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1110 sur 1238 · COMTE · texte numérisé non relu

COMTE

ARAMINTE

Qu'y a-t-il donc? On dirait que vous vous querellez?

M. REMI

Nous ne sommes pas fort en paix, et vous venez très à propos, madame : il s'agit de Dorante : avez-vous sujet de vous plaindre de lui?

ARAMINTE

Non, que je sache.

Vous êtes-vous aperçue qu'il ait manqué de probité?

ARAMINTE

Lui? Non, vraiment. Je ne le connais que pour un homme très-estimable.

M. REMI

Aux discours que madame en tient, ce doit pourtant être un fripon, dont il faut que je vous délivre; et on se passerait bien du présent que je vous en ai fait, et c'est un impertinent qui déplaît à madame, qui déplaît à monsieur, qui parle en qualité d'époux futur; et à cause que je le défends, on veut me persuader que je radote.

ARAMINTE, froidement.

On se jette là dans de grands excès. Je n'y ai point de part, monsieur. Je suis bien éloignée de vous traiter si mal. A l'égard de Dorante, la meilleure justification qu'il y ait pour lui, c'est que je le garde. Mais je venais pour savoir une chose, monsieur le comte. Il y a là-bas, m'a-t-on dit, un homme d'affaires que vous avez amené pour moi. On se trompe apparemment?

LE COMTE

Madame, il est vrai qu'il est venu avec moi; mais c'est madame Argante...

MADAME ARGANTE

Attendez, je vais répondre. Oui, ma fille, c'est moi qui ai prié monsieur de le faire venir pour remplacer celui que vous avez, et que vous allez mettre dehors : je suis sûre de mon fait. J'ai laissé dire votre procureur, au reste; mais il amplifie.

M. REMI

Courage.

MADAME ARGANTE, vivement.

Paix! vous avez assez parlé, {à Araminte.) Je n'ai point dit que son neveu fût un fripon. Il ne serait pas impossible qu'il le fût, je n'en serais pas étonnée.

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