‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1111 sur 1238 · LES FAUSSES CONFIDENCES, ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

LES FAUSSES CONFIDENCES, ACTE III, SCÈNE VII

H. REMI

Mauvaise parenthèse, avec votre permission; supposition injurieuse, et tout à fait hors d'œuvre.

HADAMB ARGANTB.

Honnête homme, soit : du moins n'a-t-on pas encore de preuve du contraire, et je veux croire qu'il Test. Pour un impertinent et très-impertinent, j'ai dit qu'il en était un, et j'ai raison. Vous dites que vous le garderez : vous n'en ferez rien.

ABAlflNTE, froidement.

Il restera, je vous assure.

MADAME AB6ANTE

Point du tout; vous ne sauriez. Seriez-vous d'humeur à garder un intendant qui vous aime?

M. REMI

Ehl à qui voulez-vous donc qu'il s'attache î A vous, à qui il n'a pas affaire?

ARAMINTE

Mais, en effet, pourquoi fautril que mon intendant me haïsse?

Eh ! non, point d'équivoque. Quand je vous dis qu'il vous aime, j'entends qu'il est amoureux de vous, en bon français; qu'il est ce qu'on appelle amoureux; qu'il soupire pour vous; que vous êtes l'objet secret de sa tendresse.

M. REMI

Dorante I

ARAMINTE, riant.

L'objet secret de sa tendresse? Oh! oui, trèssecret, je pense. Ah, ah! je ne me croyais pas si dangereuse à voir. Mais, dès que vous devinez de pareils secrets, que ne devinez-vous que tous mes gens sont comme lui? Peut-être qu'ils m'aiment aussi : que sait-on? Monsieur Rémi, vous qui me voyez assez souvent, j'ai envie de deviner que vous m'aimez aussi.

M. REMI

Ma foi, madame, à l'âge de mon neveu, je ne m'en tirerais pas mieux qu'on dit qu'il s'en tire.

MADAME ARGAMTE.

Ceci n'est pas matière à plaisanterie, ma fille. Il n'est pas question de votre monsieur Rémi; laissons là ce bonhomme, et traitons la chose un peu plus sérieusement. Vos gens ne vous font pas peindre, vos gens ne se mettent point à contempler vos portraits, vos gens n'ont point l'air galant, la mine doucereuse.

M. REMI

J'ai laissé passer le bonhomme à cause de vous, au moins; mais le bonhomme est quelquefois brutal.

En vérité, ma mère, vous seriez la première à vous moquer de moi, si ce que vous me dites me faisait la moindre impression; ce serait une enfance à moi que de le renvoyer sur un pareil soupçon. Est-ce qu'on ne peut me voir sans m'aimer? Je n'y saurais que faire : il faut bien m'y accou-

tumer, et prendre mon parti là-dessus. Vous lui trouvez l'air galant, dites-vous? Je n'y avais pas pris garde, et je ne lui en ferai point un reproche. Il y aurait de la bizarrerie à se fâcher de ce qu'il est bien fait. Je suis d'ailleurs comme tout le monde: j'aime assez les gens de bonne mine.

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