‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 112 sur 1238 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DORANTE, MAITRE PJERRE.

DORANTE, d*un air désolé.

Je suis au désespoir, mon pauvre mallre Pierre : je ne sais que devenir.

MAtTRB PIERRE.

Eh! marguenne, arrêtez-vous donc! Voûte lamentation me corrompt toute ma balle himcur.

DORANTE

Que veux-tu ? J'aime mademoiselle Argante plus qu'on n'a jamais aimé; je me vois à la veille de la perdre, et tu ne veux pas que je m'afflige?

MAItRE PIERRE.

En sait bian qu'il faut parfois s'affliger; mais faut y aller pus bellement que ça; car moi, j'aime itou I Jsette, voyez-vous I en dit que sti-là qui veut épouser mademoiselle Argante a un valet; si le maitre épouse noute demoiselle, il l'emmennera à son chàtiau; Lisette suivra : la velà emballée pour le voyage, et c'est autant de pardu pour moi que ce ballot-là ; ce guiable de valet en fera son proufil. Je vois tout ça fixîblement clair : stinpandant, je me tians l'esprit farme, je bataille contrôle chagrin; je me dis que tout ça n'est rian, que ça n'arrivera pas; mais, morgue! quand je vous entends geindre, ça me gâte le courage. Je me dis: Piarre, tu ne psends point de souci, mon ami, el c'est que tu t'enjôles; si tu faisais bian, tu en prenrais : j'en prends donc. Tenez, tout en parlant de chouse et d'autre, velà-t-il pas qu'il me prend envie de pleurer ! et c'est vous qui en êtes cause,

dorante.

Hélas I mon enfant, rien n'est plus sûr que notre malheur : l'époux qu'on destine à mademoiselle Argautc doit arriver aujourd'hui, et c'en est

fait; moDsieur Argante, pour marier sa fille, ne voudra pas seulement attendre qu'il soit de retour à Paris.

MAItRE PIERRE.

C'en est donc fait? queu piquié que noute vie, monsieur Dorante! Mais pourquoi est-ce que monsieur Argante, noute maître, ne veut pas vous bailler sa fille ? Vous avez une bonne métairie ici ; vous êtes un joli garçon, une bonne pâte d'homme, d'une belle et bonne profession; vous plaidez pour le monde. U est bian vrai qu*vous n'êtes pas chanceux, vous pardez vos causes ; mais que faire à ça? Un autre les gagne; tant pis pour sti-ci, tant mieux pour sti-là; tant pis et tant mieux font aller le monde : à cause de ça faut-it refuser sa Ûlle aux gens? Est-ce que le futur est plus riche que vous ?

dorante.

Non : mais il est gentilhomme, et je ne le suis pas.

maItre pierre.

Pargué, je vous trouve pourtant fort gentil, moi.

dorante.

Tu ne m'entends point : je veux dire qu'il n'y a point de noblesse dans ma famille.

maItre piehrb.

Eh bien! boutez-y-en; ça est-il si char pour s'en faire faute?

DORANTE

Ce n'est point cela; il faut être d'un sang noble.

maItre pierre.

D'un sang noble? Queu guiable d'invention d*a* voir fait comme ça du sang de deux façons, pendant qu'il viant du même ruissiau I

Laissons cet article-là; j'ai besoin de toi. Je n'oserais voir mademoiselle Argante aussi sou-

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