‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 113 sur 1238 · LE DÉNOUEMENT IMPRÉVU, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

LE DÉNOUEMENT IMPRÉVU, SCÈNE IL

vent que je le voudrais, el tu me feras plaisir de la prier, de ma part, de consentir à l'expédient que je lui ai donné.

maItre pierre.

Ob! varligué, laissez-moi faire; je parlerons au père itou : il n'a qu'à venir avec son sang noble, comme je vous le rembarrerai! Je nous traitons tous deux sans çarimonie; je suis son farmier, et en celle qualité, j'ons le parvilége de l'assister de mes avis ; je sis accouteumé à ça : il me conte ses affaires, je le gouvarne, je le réprimande : il est bavard et tôlu ; moi je sis roide et prudent : je li dis : II faut que ça soit, le bon sens le veut : làdessus il se démène, il hoche la tôte, il se fâche, je m'emporte, il me repart, je li repars : Tais-toi I Non, morgue ! Morgue, si! Morgue, non ! et pis il jure, et pis je li rends; ça li établit une bonne opinion de mon çarviau, qui l'empêche d'aller à rencontre de mes volontés : et il a raison de m'ol>cir; car, en vérité, je sis fort judicieux de mon naturel, sans que ça paraisse : ainsi je varrons ce qu'il en sera.

DORANTE

Si tu me rends service là-dedans, mailre Pierre, cl que mademoiselle Argante n'épouse pas l'homme en question, je te promets d'honneur cinquante pistoles en te mariant avec Lisette.

MAItRE PIERRE.

Monsieur Dorante, vous avez du sang noble, c'est moi qui vous le dis ; ça se connaît aux pistoles que vous me pourmeltez, et ça se prouvera loul-à-fait quand je les recevrons.

DORANTE

La preuve t'en est sûre ; mais n'oublie pas de presser mademoiselle Argante sur ce que je t'ai dit.

maItre pierre.

Taliguienne! dormez en repos et n'en pardez pas un coup de dent: si aile bronchait, je li revaudrais. Sa bonne femme de mère, aile est défunte, et cette fille-ci qu'aile a eue, aile est par conséquent la fille de monsieur Argante, n'est-ce pas?

DORANTE

Sans doute.

maItre pierre.

Sans doute. Je le veux bian itou, je n'empêche riao, je sis tout bon accord. Si je voulions souffler une petite bredouille dans l'oreille du papa, il varrait que mademoiselle Argante est la fille de sa mère, mais velà tout.

dorante.

0:1a n'aboutit à rien; songe seulement à ce que je te promets.

maItre pierre.

Oai, je songerons toujours à cinquante pîstoles; mais touchez-moi un petit mot de l'expédient qu'où s dites.

dorante.

n est bizarre, je Tavoue; mais c'est Tunique

ressource qui nous reste. Je voudrais donc que, pour dégoûter le futur, elle affectât une sorte de maladie, un dérangement, comme qui dirait des vapeurs.

maItre pierre.

Dites à la franquelte qu'ous voudriais qu'aile fit la folle. Velà bian de quoi ! Ga ne coûte rian aux femmes : par bonheur ailes ont un esprit d'un marveilleux acabit pour ça, et mademoiselle Argante nous fournira de la folie tant que j'en voudrons ; son çarviau la met à même. Mais velà son père : ôtez-vous de par ici ; tantôt je vous rendrons réponse.

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