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LES SINCÈRES, SCÈNE XVI

USBTTE.

Allez, monsieur; il vous apprendra que madame esMaide.

DORAICTE. -

Gomment?

LISETTE

Oui, laide; c*est une nouvelle découverte; à la vérité,cela ne sevoitqu'avec les lunettes d*£rgaslc.

Il n'est pas question de plaisanter; peu m'importe ce que je suis à cet égard ; ce n'est pas l'intérêt que j*y prends qui me fait parler : pourvu que mes amis me croient le cœur bon et l'esprit bien fait, je les quitte du reste. Mais qu'un homme que je voulais estimer, dont je voulais être sûre, m'ait regardée comme une femme dont il croyait que ses flatteries démonteraient la petite cervelle, voilà ce que je lui reproche.

DORANTE, vivement.

Et moi, madame, je vous déclare que ce n'est plus ni vous ni vos grâces que je défends. Vous éles fort libre de penser de vous ce qu'il vous plaira, je ne m'y oppose point ; mais je ne suis ni un adulateur ni un visionnaire, j'ai les yeux bons, j^ai le jugement sain, je sais rendre justice, et je soutiens que vous êtes une des femmes du monde la plus aimable, la plus ^touchante; je soutiens qu'il n'y aura point de contradiction là-dessus; et tout ce qui me fâche en le disant, c'est que je ne saurais le soutenir sans faire l'éloge d'une personne qui m'outrage, et que je n'ai nulle envie de louer.

LISETTE

Je suis de même; on est fâché du bien qu'on dit d'elle.

LA MARQUISE

Mais, comment se peut-il qu'Ergaste me trouve difforme, et vous charmante? Comment cela se peut-il? C'est pour votre honneur que j'insiste ; les sentiments varient-ils jusque-là? Ce n'est jamais que du plus au moins qu'on diffère; mais du blanc au noir, du tout au rien, je m'y perds.

DORANTE, vivement.

Ergaste est un extravagant; la tête lui tourne; cet esprit-là ne fera pas bonne fin.

LISETTE

Lui? je ne lui donne pas six mois sans avoir besoin d'ôlre enfermé.

DORANTE

Parlez, madame; car je suis piqué; c'est votre sincérité que j'interroge. Vous êles-vous jamais présentée nulle part, au spectacle, en compagnie, que vous n'ayez fixé les yeux de tout le monde, qu'on ne vous y ait distinguée?

LA MARQUISE

Mais... qu'on ne m'ait distinguée...

DORANTE

Oui, madame, oui; je m'en fierai à ce que vous

en savez; je ne vous croîs pas capable de me tromper.

LISETTE

Voyons comment madame se tirera de ce pas-ci ; il faut répondre.

LA MARQUISE

Eh bien ! j'avoue que la question m*embarrasse.

DORANTE

Eh! morbleu I madame, pourquoi me condamnez-vous donc ?

LA MARQUISE

Mais cet Ergaste T

Mais cet Ergaste est si hypocondre qu'il a l'extravagance de trouver Araminte mieux que vous.

DORANTE

Et celte Araminte est si dupe qu'elle en est émue, qu'elle se rengorge et s'en estime plus qu'à l'ordinaire.

IJl MARQUISE.

Tout de bon ? cette pauvre petite femme 1 ah ! ah I ah! ah!... Je voudrais bien voir l'air qu'elle a dans sa nouvelle fortune; elle est donc bien gonflée?

DORANTE

Ma foi, je l'excuse; il n'y a point de femme, en pareil cas, qui ne se redressât aussi bien qu'elle.

LA MARQUISE

Taisez- vous, vous êtes un fripon; peu s'en faut que je ne me redresse aussi, moi.

DORANTE

Je parle d'elle, madame, et non pas de vous.

LA MARQUISE

II est vrai que je me sens obligée de dire, pour votre justiflcation, qu'on a toujours mis quelque difTércnce entre elle et moi ; je ne serais pas de bonne foi, si je le niais; ce n'est pas qu'elle ne soit aimable.

DORANTE

Trés-aimable; mais en lait de grâces, il y a bien des degrés.

J'en conviens; j'entends raison quand il faut.

DORANTE

Oui, quand on vous y force.

LA MARQUISE

Eh I pourquoi est-ce que je dispute ; ce n'est pas pour moi, c'est pour vous; je ne demande pas mieux que d'avoir tort pour être satisfaite de votre caractère.

DORANTE

Ce n'est pas que vous n'ayez vos défauts; vous en avez, car je suis sincère aussi, moi, sans me vanter de Têtrc.

LA MARQUISE, étonnée.

Ah! ah! mais vous me charmez, Dorante; je ne vous connaissais pas. Eh bien! ces défauts, je veux que vous me les disiez, au moins; voyons.

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