LES SINCÈRES, SCÈNE XVIII
DOBAKTE.
Ohl voyons. Est-il permis, par exemple, avec une figure aussi dislinguée que la vôtre, et faite au tour, estn'I permis de vous négliger quelquefois autant que vous le faites?
LA MABQUISB.
Que voulez-vous? c'est distraction, c*est souvent pur oubli de moi-même.
DORAKTE.
Tant pis; ce matin encore vous marchiez toute courbée, pliée en. deux comme une femme de quatre-vingts ans, et cela avec la plus belle taille du monde.
LISETTE
Oh! oui; le plus souvent cela va comme cela peut.
LA MARQUISE
Eh bien ! tu vois, Lisette; en bon français, il me dit que je ressemble à une vieille, que je suis contrefaite, que j'ai mauvaise façon ; et je ne m*en fâche pas, je l'en remercie. D'où vient? c'est qu'il a raison et qu'il parle juste.
DORANTE
J'ai eu mille envie de vous dire comme aux enfants : Tenez-vous droite.
LA MARQUISE
Vous ferez fort bien. Je ne vous rendais pas justice, Dorante; et, encore une fois, il faut vous connaître. Je doutais môme que vous m'aimassiez, et je résistais à mon penchant pour vous.
DORANTE
Ahl marquise!
LA MARQUISE
Oui, j'y résistais; mais j'ouvre les yeux, et tout à rheure vous allez ôtre vengé. Écoutez-moi, Lisette ; le notaire d'ici est actuellement dans mon cabinet qui m'arrange des papiers. Allez lui dire qu'il tienne tout prêt un contrat de mariage. (A Dorante.) Voulez-vous bien qu'il le remplisse de votre nom et du mien, Dorante?
DORANTE, lui baisant la main»
Vous me transportez, madame !
LÀ MARQUISE
Il y a longtemps que cela devrait ôtre fait. Allez, Lisette, etapprôchez-moi cette table; y a-t-il dessus tout ce qu'il faut pour écrire?
LISETTE
Oui, madame; voilà la table, et je cours au notaire.
LA MARQUISE
N'est-ce pas Araminte que je vois? que vientelle nous dire?