‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1176 sur 1238 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

ARAMINTE, lA MARQUISE, DORANTE.

ARAMINTE, en riant.

Marquise, je viens rire avec vous d'un discour?

sans jugement, qu'un valet a tenu et dont je sais que vous êtes informée. Je vous dirais bien que je le désavoue; mais je pense qu'il n'en est pas besoin. Vous me faites apparemment la justice de croire que je me connais, et que je sais à quoi m'en tenir sur pareille folie.

LA MARQUISE

De grâce, permettez-moi d'écrire un petit billel qui presse ; il n'interrompra point notre entretiçn.

Que je ne vous gône point.

LA MARQUISE, écrivant.

Ne parlez-vous pas de ce qui s'est passé tantôt devant vous, madame ?

ARAMINTE

De cela même.

LA MARQUISE

Eh bien! il n'y a plus qu'à vous féliciter de votre bonne fortune. Tout ce qu'on y pourrait souhaiter de plus, c'est qu'Ergaste fût un meilleur juge.

ARAMINTE

C'est donc par modestie que vous vous méfiez de son jugement; car il vous a traité plus favorablement que moi ; il a décidé que vous plaisiez davantage, et je changerais bien mon partage contre vous.

LA MARQUISE

Oui-dà ; je sais qu'il vous trouve régulière, mais point touchante; c'est-à-dire, que j'ai des grâces et vous des traits; mais je n'ai pas plus de foi à mon partage qu'au vôtre; je dis le vôtre (elle je lève après avoir plié son billet)^ parce qu'entre nous nous savons que nous ne sommes belles ni l'une ni l'autre.

ARAMINTE

Je croirais assez la moitié de ce que vous dites.

LA MARQUISE, plaisantant.

La moitié I

DORANTE, les interrompant. Madame, vous faut-il quelqu'un pour donn^ votre billet? souhaitez-vous que j'appelle!

LA MARQUISE, à Araminte.

Non ; je vais le donner moi-même ; pardonnez si je vous quitte, madame; j'en agis sans façon.

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