L'ÉPREUVE, SCÈNE IX
LUCIDOR.
Si VOUS ne haïssez pas de me parler, je tous le rends bien, ma chère Angélique; quand je ne vous vois pas, vous me manquez, et je vous cherche.
ANGÉLIQUE
Vous ne cherchez pas longtemps; car je reviens bien vite, et ne sors guère.
LUCIDOR.
Quaud vous êtes revenue, je suis conteut.
ANGÉLIQUE
Et moi, je ne suis pas mélancolique.
LUCIDOB.
Il est vrai, je vois avec joie que votre amitié répond à la mienne.
ANGÉLIQUB.
Oui ; mais malheureusement vous n'êtes pas de noire village, et vous retournerez peut-être bientôt à votre Paris, que je n'aime guère. Si j'étais à votre place, il me viendrait plutôt chercher que je n'irais le voir.
LUCIDOR.
Ehl qu'importe que j'y retourne ou non, puisqu'il ne tiendra qu'à vous que nous y soyons tous deux!
ANGÉLIQUE
Tous deux, monsieur LucidorI Ehl mais, contezmoi donc comme quoi.
LUCIDOR.
C'est que je vous destine un mari qui y demeure.
ANGÉLIQUE
Est-il possible? Ah çà, ne me trompez pas, au moins ; tout le cœur me bat : ioge-t-il avec vous?
LUCIDOR.
Oui, Angélique; nous sommes dans la même maison.
ANGÉLIQUE
Ce n'est pas assez ; je n'ose encore être bien aise en toute confiance. Quel homme est-ce?
LUCIDOR.
Un homme très-riche.
Ce n'est pas là le principal. Après?
LUCIDOR.
Il est de mon âge et de ma taille.
ANGÉUQUE.
Bon : c'est ce que je voulais savoir.
LUCIDOR.
Nos caractères se ressemblent; il pense comme moi.
ANGÉLIQUE
Toujours de mieux en mieux. Que je l'aimerai !
LUCIDOR.
C'est un homme tout aussi uni, tout aussi sans façon que je le suis.
ANGÉLIQUE
Je n'en veux point d'autre.
LUCIDOR.
Qui n'a ni ambition, ni gloire ; et qui n*exîgcra de celle qu'il épousera que son cœur.
ANGÉLIQUE, riant.
Il l'aura, monsieur Lucidor, il l'aura ; il l'a déjà ; je l'aime autant que vous, ni plus ni moins.
LUCIDOR.
Vous aurez le sien, Angélique, je vous en assure; je le connais; c'est tout comme s'il vous le disait lui-même.
Eh ! sans doute ; et moi je réponds aussi comme s'il était là.
LUCIDOR.
Ah ! que de l'humeur dont il est vous allez le rendre heureux!
ANGÉLIQUE
Ah! je vous promets bien qu*il ne sera pas heureux tout seul.
LUCIDOR.
Adieu, ma chère Angélique ; il me tarde d'entretenir votre mère et d'avoir son consentement. Le plaisir que me fait ce mariage ne me permet pas de différer davantage; mais avant que je vous quitte, acceptez de moi ce petit présent de noce que j'ai droit de vous offrir, suivant l'usage et en qualité d'ami ; ce sont de petits bijoux que j'ai fait venir de Paris.
ANGÉLIQUE
Et moi je les prends, parce qu'ils y retourneront avec vous, et que nous serons ensemble; mais il ne fallait point de bijoux : c'est votre amitié qui est le véritable.
LUCIDOR.
Adieu, belle Angélique; votre mari ne tardera pas à paraître.
ANGÉLIQUE
Courez donc, afin qu'il vienne plus vite.