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SCÈNE VIII

LUQDOR, ANGËLIQUE.

ANGÉLIQUE, en riant,

A quoi songez-vous donc en me considérant si fort ?

Je songe que vous embellissez tous les jours.

ANGÉLIQUE

Ce n'était pas de même, quand vous étiez malade. A propos, je sais que vous aimez les fleurs, et je pensais à vous aussi en cueillant ce petit bouquet; tenez, monsieur, prenez-le.

LUCIDOR.

Je ne le prendrai que pour vous le rendre ; j'aurai plus de plaisir à vous le voir.

ANGÉLIQUE, prenant U bouquet.

Et moi, à celte heure que je l'ai reçu, je l'aime mieux qu'auparavant.

LUaDOR.

Vous ne répondez jamais rien que d'obligeant.

ANGÉLIQUE

Ah I cela est si aisé avec de certaines personnes; mais que voulez-vous donc?

LUCIDOR.

Vous donner des témoignages de l'extrême amitié que j'ai pour vous, à condition qu'avant tout, vous m'instruirez de l'état de votre cœur.

ANGÉLIQUE

Hélas! le compte en sera bientôt fait. Je ne vous en dirai rien de nouveau ; ôtez notre amitié que vous savez bien, il n'y a rien dans mon cœur, que je sache ; je n'y vois qu'elle.

LUCIDOR.

Vos façons de parler me font tant de plaisir, que j'en oublie presque ce que j'ai à vous dire.

ANGÉLIQUE

Gomment faire? Vous oublierez donc toujours, à moins que je né me taise; je ne connais point d'autre secret.

LUCIDOR.

Je n'aime point ce secret-là ; mais poursuivons. Il n'y a encore environ que sept semaines que je suis ici.

ANGÉLIQUE

Y a-t-il tant que cela? Que le temps passe vite! Après?

LUCIDOR.

Et je vois quelquefois bien des jeunes gens du pays qui vous font la cour. Lequel de tous distinguez-vous parmi eux? Confiez-moi ce qui en est, comme au meilleur ami que vous ayez.

ANGÉLIQUE

Je ne sais pas, monsieur, pourquoi vous pensez que j'en distingue. Des jeunes gens qui me font la cour! Est-ce que je les remarque? est-ce que je les vois? Ils perdent donc bien leur temps.

LUCIDOR.

Je vous crois, Angélique.

ANGÉLIQUE

Je ne me souciais d'aucun, quand vous êtes venu ici ; et je ne m'en soucie pas davantage depuis que vous y êtes, assurément.

Étes-vous aussi indifférente pour maître Biaise, ce jeune fermier qui veut vous demander en mariage, à ce qu'il m'a dit?

ANGÉUQUE.

n me demandera en ce qu'il lui plaira; mais, en un mot, tous ces gens-là me déplaisent depuis le premier jusqu'au dernier; principalement lui, qui me reprochait l'autre jour que nous nous parlions trop souvent tous deux, comme s'il n'était pas iien naturel de se plaire plus en votre compagnie qu'en la sienne. Que cela est sotl

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